Le 100e anniversaire de Louis Maurice Léonce célébré en grande pompe à Jérémie

Né en 1921 à Jérémie, fils d’un Français et d’une Haïtienne, le poète, auteur, professeur, entraîneur de football et ancienne gloire du football jérémien Maurice Léonce vient de fêter ses 100 ans d’existence le 10 septembre dernier. Un siècle de vie remplie de bons souvenirs et d’anecdotes.

Publié le 2021-09-13 | lenouvelliste.com

À travers une pléiade d’activités, la ville de Jérémie a rendu un hommage bien mérité à son fils centenaire, un homme choyé dans la cité des poètes. Le Nouvelliste a suivi de près la cérémonie et en a profité pour s'entretenir avec le centenaire, durant plus d’une trentaine de minutes.

Nous sommes à  « l’Auberge Inn », sur la route de Bordes à Jérémie, là où M. Léonce décide de nous recevoir, la veille de son anniversaire. D’une voix ferme et avec l’élégance d’un jeune homme de 25 ans, ce qu’il prétend être d’ailleurs, il nous conte sa vie, ses moments forts, sa plus grande déception, la vie politique du pays, la jeunesse et le football haïtien.

Un centenaire encore sous l’influence d’une femme

L’homme qui souffle ses 100 bougies se souvient encore de sa mère, couturière et directrice d’école à l’époque, et de l’éducation reçue de cette dernière. Le fils unique d’Angèle Etienne la décrit comme un cadeau et la plus grande satisfaction de toute sa vie. Les derniers mots de sa maman, mourante sur son lit, à l'âge de 88 ans, prononcés à l'attention du jeune Maurice « Je regrette de ne pas pouvoir t’embrasser une dernière fois; reste toujours toi-même! » resteront ancrés à jamais depuis ce jour dans la tête de M. Léonce.

Cet encadrement reçu de sa mère justifie sans doute ce sentiment. « Ma plus grande déception c'est de voir la jeunesse abandonnée à son sort. La jeunesse, c’est l’image même d’un pays. Comment construire un pays sans prendre en compte la jeunesse ? C’est impossible », déplore celui qui demeure encore un coach pour les jeunes amants du football. «  À mon âge je continue de croire aux jeunes, et ils m’écoutent toujours comme c’est pareil pour moi. Ils ont juste besoin de la discipline, de l’instruction et de l’éducation qu’il faut pour remonter la pente et redorer le blason du pays », ajoute le centenaire, étonnamment optimiste, comparé à la perception que cette catégorie d’âge a de la jeune génération.

Né sous l’occupation américaine et témoin de 13 années de cette tranche dramatique de notre d’histoire, Maurice Léonce, a aussi vécu la dictature des Duvalier, les présidences de Dumarsais Estimé, de Jean-Bertrand Aristide, René Préval, Michel Joseph Martelly et l’assassinat du président Jovenel Moïse. Ces événements ont achevé de forger son opinion de la vie politique du pays. Pour lui,  « le principal problème, c’est que nous n’avons pas, pour reprendre le fameux principe de l’Américain Charles Fillmore, the right man in the right place ». « Voilà pourquoi, estime notre interlocuteur, très alerte pour ses cent ans, nous sommes humiliés de plus en plus sur la scène internationale ». « J’ai l’impression qu’aujourd’hui nous n'avons plus d’élite intellectuelle, car ils refusent simplement de s’engager sur la scène politique et laissent la place à des incompétents », confie l’homme à plusieurs facettes au Nouvelliste.

Une vie sobre et disciplinée, Maurice Léonce, un modèle pour les jeunes

Excellent motivateur, Maurice Léonce ne rate pas une occasion pour inspirer les jeunes. « La discipline, c’est la clé de la réussite. À mon âge je ne fume pas, je ne bois pas d’alcool, je suis en parfaite santé; j’entraine encore des jeunes footballeurs. Tout cela, explique le centenaire demeuré jeune, c’est le résultat de ma discipline. Un sportif, un footballeur qui ne comprend pas cela n’est pas prêt à connaître le succès dans sa discipline.» C’est pourquoi le football haïtien, nous confie l’homme devenu mélancolique, n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été dans les années 70. En effet, pour l’entraineur Léonce, les jeunes footballeurs refusent désormais de se conformer aux règles strictes de ce sport ». « Comme je dis souvent aux jeunes, a conclu le centenaire, si tu ne peux pas être une lumière, sois une étoile. Si tu ne peux pas être un chemin, sois une sortie ». 

Il est à signaler que pour les 100 ans du Jérémien Maurice Léonce, une messe d’action de grâces a été célébrée en son honneur, en présence de membres de sa famille, d'amis et d'autorités policières, des plus hautes autorités de l’Église catholique de la ville, à savoir Mgr Joseph Gontrand Décoste, évêque de Jérémie, et Mgr Marc Arthur Émile. Le 9 septembre, la veille de son anniversaire, Maurice Léonce a donné le coup d’envoi d’un match de football joué pour lui rendre hommage. Il a eu l’occasion de tirer un penalty. C’est dans la soirée du vendredi 10 septembre, à « l’Auberge Inn », au milieu de ses parents, amis et dignitaires de la ville, qu'une réception a été organisée en l'honneur du champion. Au fait, pour reprendre le propos d’Anaïse Chavenet: « Chaque département du pays devrait avoir un Maurice Léonce ». 

Flavien Janvier jflavien50@gmail.com
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