Petrochallengers et jistis pou Jomo

Publié le 2021-09-13 | lenouvelliste.com

Voilà le décor tumultueux qui se dessine pour les prochaines élections dont personne ne peut prévoir la date ! Même les  Blancs. On est vraiment dans la plus angoissante incertitude sismique ! On va assister, selon toute évidence, à l'affrontement ou au télescopage de deux grands mouvements revendicatifs et mobilisateurs capables de tout saccager. Il s'agit en somme de deux projets à court terme, de deux stratégies de lutte aux résultats improbables. 

D'un côté,  les petrochallengers qui réclament ardemment la poursuite judiciaire contre tous les présumés dilapidateurs du fonds constitué à partir de la vente des carburants provenant du Venezuela; de l'autre, les agissements en tous genres des partisans et proches du président assassiné Jovenel Moïse pour obtenir justice. Il y a des deux côtés matière à organiser des procès. Mais quand ? Comment ? On est en face de deux  dossiers explosifs, aux ramifications transnationales inimaginables, difficilement « appréhendables », par un appareil judiciaire aussi déficient et manipulable. Le hic est là, en tout premier lieu. Tout est possible dans ce pays déchiré profondément, corrompu, allergique à la justice et au respect du droit. Que de victimes cumulées depuis 1986 ! Ce qui caractérise cette longue transition chaotique, c'est avant tout l'impunité. Une sempiternelle liste d'assassinats spectaculaires sous le regard indifférent d'une justice silencieuse, sans crédibilité aucune. 

Ce qui est, par contre, certain, c'est que la problématique incontournable de la corruption à  travers le détournement ou le gaspillage des ressources financières issues de  la coopération vénézuélienne va dominer les débats électoraux, médiatiques et politiques de l'après-Jovenel Moïse ainsi que la quête de justice pour ce dernier dont la présidence a violemment été contestée et en permanence par une opposition intransigeante. On a  là des enjeux extrêmement passionnels qui risquent de fracturer davantage Haïti, pays à souveraineté limitée hanté et pris en otage par des diablotins de tout acabit. Est-ce que l'un de ces deux enjeux, utilisé savamment comme une arme électorale pour (re) conquérir le pouvoir, peut arriver en fin de compte à occulter l'autre ? Rien n'est sûr. 

Pierre Raymond Dumas 
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