Mgr Guy A. Sansaricq, premier Haïtien d’origine promu évêque aux États-Unis d’Amérique, n’est plus

Publié le 2021-09-02 | lenouvelliste.com

Les funérailles de monseigneur Guy A. Sansaricq, évêque de l’archidiocèse de Brooklyn, à New York ont eu lieu le jeudi 2 septembre dans la cathédrale Saint-Joseph à Brooklyn. Monseigneur Sansaricq, décédé le 21 août 2021, à l’âge de 86 ans, a donc rejoint sa dernière demeure quinze ans après son ministère comme évêque auxiliaire de Brooklyn. Les témoignages pleuvent sur le prélat originaire de Jérémie qui a voué toute sa vie au service de Dieu et de l'Église.

« Il est jérémien comme moi, je le connais depuis l’école des frères. Tout jeune, il aimait Dieu, il aimait mais aussi la prière […] Il a grandi, été élevé dans l’amour de Dieu », a confié à Le Nouvelliste Mgr Alix Verrier, coreligionnaire et homologue du défunt, de deux ans son aîné.

« Guy était proche de tout le monde. On n'avait rien à lui reprocher. Il cultivait une sensibilité pour les petites gens […] Partout où il était, il prenait toujours la défense des Haïtiens. On l’aimait bien, et il méritait d’être aimé aussi […] C’était vraiment une belle âme », s'est souvenu l’évêque émérite des Cayes qui, malgré son âge, n’a pas eu trop de mal à se remémorer les traits de caractère de son ami parti pour l’au-delà.

Selon un communiqué de presse publié en date du 23 août 2021 sur le site web du diocèse de Brooklyn, l’évêque auxiliaire à la retraite, Mgr Guy A. Sansaricq, a rendu l’âme au presbytère à l'église Saint-Grégoire le Grand à Crown Heights, Brooklyn, le samedi 21 août 2021, après avoir exercé son ministère dans le diocèse de Brooklyn depuis 1977.

Sur le chemin du retour des funérailles, le père Joseph Larose, prêtre faisant partie d’une communauté appelée les Montfortains, en route vers Brockton, a pris le temps de confier combien le choc, qu’il a ressenti en apprenant la nouvelle du décès, était grand. Pour lui, la nouvelle du décès de Mgr Sansaricq s’apparente à un second tremblement de terre, après celui du 14 août dernier survenu dans le grand Sud du pays.

« On vient de rendre un très bel hommage au Monseigneur [Sansaricq] », a révélé le père Joseph Larose. « Je lui dois tellement […] Le peu de temps que je l’ai côtoyé, il m’a beaucoup impressionné par sa façon d’être, son attention », a témoigné le père Larose, vantant les qualités d’homme de « grande ouverture » du défunt. « Il aimait beaucoup le clergé et a toujours souhaité l’unité au sein du clergé », a souligné le prêtre, qui a dit retenir du défunt ses côtés d’homme de proximité, d’accueil et de prière.

« L'évêque Sansaricq a été le premier évêque américain d'origine haïtienne aux États-Unis. Il était un symbole du progrès du peuple haïtien ici et, en tant que personne qui a servi comme évêque, a donné à la communauté haïtienne une certaine reconnaissance et une stature en tant qu'immigrant, un ministère qu'il a très bien professé », a déclaré Mgr Nicholas DiMarzio, évêque de Brooklyn, dans des propos relayés par le communiqué susmentionné.

Après avoir occupé de nombreux postes curiaux dans le diocèse de Brooklyn, Mgr Sansaricq fut nommé évêque auxiliaire de Brooklyn par le pape Benoît, avant d’être ordonné le 22 août 2006. Deux décennies plus tôt, soit en 1987, il avait été choisi par les évêques américains pour diriger l'Apostolat national haïtien, et a été nommé prélat d'honneur par le pape Jean-Paul II en 1999. Il demeure à ce jour le premier Haïtien d’origine promu évêque aux États-Unis d’Amérique.

Mgr Sansaricq est resté à son poste jusqu’à l’âge de démission canonique prévu par le code de droit canon, soit 75 ans. Sa démission ayant été acceptée par le pape, le 6 octobre 2010, il est devenu à compter de ce jour évêque émérite.

Le défunt était connu pour être un fervent défenseur du droit des immigrants haïtiens aux États-Unis d’Amérique. Cette passion lui a été inoculée durant les sept ans passés à travailler en tant qu’aumônier des immigrants haïtiens aux Bahamas. C’est en exerçant son ministère depuis le prieuré bénédictin de Saint-François à Nassau dans les années 60 qu’il aurait pris conscience du sort des immigrés, et en particulier des immigrés sans papiers.

« Né à Jérémie, Haïti, le 6 octobre 1934, dans une famille catholique fervente, l'évêque auxiliaire Guy A. Sansaricq a révélé à l'âge de 13 ans qu'il voulait devenir prêtre. Il a fréquenté le séminaire du diocèse de Jérémie pendant cinq ans, après quoi il a reçu une bourse au Séminaire pontifical Saint-Paul à Ottawa, au Canada, où il a étudié la philosophie et la théologie pendant sept ans. En 1960, il a été ordonné prêtre dans la cathédrale de Port-au-Prince, en Haïti », peut-on lire sur le site Web du diocèse de Brooklyn où le portrait du feu homme d’Église peut être consulté.

Jusqu’à l’annonce de son décès, Mgr Sansaricq a été très actif au sein de la communauté haïtienne, prenant en charge la publication d'un bulletin trimestriel sur les questions haïtiennes concernant l'Église, la direction d'un institut pastoral en créole qui attire 90 étudiants chaque année et l'organisation d'une Convention annuelle de l'apostolat haïtien, ainsi que la coordination d'une retraite annuelle pour les prêtres et d'un congrès annuel des jeunes. Il est également cofondateur de Haitian-Americans United for Progress, une agence de services.

Ce natif de la ville de Jérémie est l’un des rares rescapés du massacre communément appelé « Les Vêpres jérémiennes » perpétré sous le régime dictatorial de François Duvalier en 1964. 

« Guy avait un frère aîné, Carl, qui était prêtre aussi, et une sœur qui est encore religieuse chez les sœurs de la Sagesse. Au risque de me tromper, il est peut-être le benjamin de sa famille », a révélé Mgr Verrier qui, malgré le poids des ans, la distance et leurs lourdes charges respectives au sein du clergé, a su maintenir le contact avec son ami. « On se parlait de temps en temps », nous a-t-il confié.



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