Cap-Haïtien du  séisme au tsunami, une catastrophe imminente

Publié le 2021-09-03 | lenouvelliste.com

Loin de vouloir reprendre toutes les études et tous les articles qui ont été proposés sur la fragilité du Cap-Haїtien sur le plan environnemental et sismique ces dernières années, nous souhaitons tout simplement pointer du doigt certaines réalités qui peuvent prouver qu’une grande catastrophe est sur le point de se reproduire. C’est une évidence que beaucoup de gens qui vivent aujourd’hui à Cap-Haїtien seront morts. Le risque de mourir lors de ce séisme est très élevé. Nous ferons face à une catastrophe qui sera très dévastatrice, en parler devient même un sacré devoir humanitaire.

1-La faille sismique du grand Nord est prête

En matière de séisme, le risque est permanent, les scientifiques martèlent toujours : là où il y a eu un tremblement de terre, il y en aura toujours un autre après. C’est ce qu’ils appellent : le cycle sismique. En fait, ce risque fait partie du quotidien des zones traversées par des failles sismiques. Tel est bien le cas de la ville du Cap-Haїtien. Il fait déjà plus d’un siècle depuis que cette faille est entrée dans un profond sommeil dans la partie nord du pays. Selon les scientifiques, notamment Claude Prépetit, son réveil dévastateur est imminent et peut nous surprendre à n’importe quel moment. Les prévisions scientifiques parlent d’un tremblement de magnitude 8 sur l’échelle de Richter, donc 30 fois plus puissants que celui du 12 janvier 2010. Prions pour que cela n’arrive ni le jour ni la nuit encore moins pendant la longue période pluvieuse du Nord. Quelque soit le moment, la catastrophe sera énorme.

 1.1-Cap-Haïtien face à la fragilité des constructions anciennes et coloniales

Si  les constructions anciennes et coloniales de la ville du Cap-Haїtien font son point fort et son attrait sur le plan historique et touristique, elles constituent toutefois son talon d’archille en matière de risque environnemental notamment, en cas d’un éventuel tremblement de terre de haute magnitude. Selon les statistiques disponibles lorsque le tremblement de 1842 survenait, la moitié de la ville a été détruite. Aujourd’hui, la ville est entièrememt faite d’anciennes constructions fragiles et de nouvelles constructions en hauteur en dehors des normes  parasismiques. Comme toutes les anciennes villes coloniales, les maisons sont entassées, les unes collées aux autres, donc la fragilité des unes aggrave celle des autres. Les constructions anciennes sont faites de briques et de murs de grandes épaisseurs qui sont plus susceptibles de donner la mort que d’autres constructions.  En peu de mots, ceux qui seront sous les décombres, seront vraiment sous les décombres.  Tout est fait pour qu’en cas de tremblement de terre la ville soit réduite à une ville tombeau.

1.2-Cap-Haïtien, une ville aux rues étroites bondées de commerce de rue

Avec la montée du phénomène de la paupérisation des zones rurales et périphériques, la migration régionale vers le centre-ville et sa périphérie immédiate ont beaucoup augmenté pendant ces dernières années. Le Cap-Haїtien prend la forme d’une macrocéphalie urbaine régionale à l’image de Port-au-Prince à l’échelle nationnale et l’un des symptȏme de ce phénomène géographique est la conurbation entre le centre-ville et les zones environnantes. Aujourd’hui Madeline à l’est  et Haut-du-Cap au sud ne font qu’une seule agglomération avec le centre-ville et ce même phénomène s’aggrandira dans les jours à venir. Nous nous attendons à une grosse tête sans corps du Cap-Haïtien à Limonade à l’est, du Cap-Haïtien à Limbé au sud. Etant donné que dans nos politiques publiques nous n’avons créé aucune fonctionnalité entre urbanisation et industrialisation, entre urbanisation et création d’emplois de façon plus globale, comme tous les pays pauvres, nous avons de grandes villes sans grande capacité d’insertion socio-économique face aux différentes vagues de migration interne. Les gens, en arrivant dans les villes, n’ont que le commerce informel des rues comme principal système d’acceuil. Ce qui donne logiquement le problème des marchés des rues. Aujourd’hui, Cap-Haїtien est une ville saturée de marchés de rue, de Cité Lescot qui est une zone populaire au  carrénage qui est une zone huppée entre guillemets. La circulation routière est quasiment impossible dans certaines rues. Le marché en Fer communément appelé marché Cluny et celui de la rue 3 poussent des tentacules qui se croisent et qui continuent de s’accroitre à un rythme inquiétant. Si cette marrée humaine qui se masse dans les rues chaque jour révèle être en soi une crise urbaine et démographique grave, elle court un risque énorme en cas de tremblement de terre. Considérant l’éffondrement des bâtiments et la panique généralisée que ce séisme est capable de créér, il est clair que nous allons compter beaucoup de morts si cela arrivera pendant qu’il fait jour.

1.3-Une population peu formée et informée

Après le séisme du 12 janvier 2010, l’Etat de concert avec les autorités locales, sans grande conviction, ont lancé un ensemble d’initiatives qui vont dans le sens d’une préparation à l’éventualité d’une catastrophe naturelle dans le nord. Plusieurs colloques et conférences par des spécialistes ont été tenus, des panneaux indiquant des zones à risque et comportements à afficher, ont été installés dans plusieurs points de la ville. Aujourd’hui les questions qui doivent être posées : est-ce que la ville détient un système d’alerte au tsunami ? Quel est le plan d’évacuation de la ville ? Est-ce que la ville possède un système de prise en charge d’urgence ? Est-ce que des ressources financières, humaines et matérielles sont disponibles et prévues ? Quelles sont les stratégies gouvernementales pour réduire l’impact de cet éventuel cataclysme ? Revenons un peu sur terre. Nous sommes en train de parler d’Haїti. Un pays miné par la pauvreté où la science est persona non grata, où le bon sens est en vacances depuis toujours et où les politiques publiques sont essentiellement tournées vers la gestion des crises politiques. Rien qu’à titre illustratif, ceux et celles qui savent nager dans la population haitienne sont estimé (es) à seulement 1% pourtant, nous sommes des insulaires (Alain Bergeron, 2016). Des gens vont certainement mourir parce que tout simplement, ils ne savent pas comment nager. D’autres vont mourir parce qu’ils ne savent pas tout bonnement, en cas de tremblement terre, quelles sont les attitudes spontanées à adopter. Certains vont mourir ou être handicapés comme d’habitude parce que les gens qui seront sur place lors de leur évacuation ignoreront tout en matière de secourisme et de prise en charge. Le profil de désorganisation totale dont nous faisons montre depuis notre existence en tant qu'Etat, est l’expression la plus éloquente  de la dimension anthropique de ce futur cataclysme.

1.4-Cap-Haïtien face à la politique attentiste des dirigeants d'aide humanitaire 

La métropole du Nord sera victime de la politique attentiste des dirigeants d’aide humanitaire. Pour bien comprendre la notion de dirigeants attentistes d’aide humanitaire, il faut tout simplement rappeler que les Américains ont construit l’hȏpital général pendant la période d’occupation de 1915 et que ce sont eux en 1994 qui en ont refait la troiture. Nous passons tout notre temps à nous battre entre nous en restant dans l’expectative des aides humanitaires du blanc que nous qualifions toujours de diable.

2-UNE CATASTROPHE AU COȖT IMMENSE

Il est plus qu’évident que ce cataclysme aura un coȗt immense, que ce soit sur le plan démographique ou économique. Les prévisions scientifiques vont au-delà de 100 mille morts, rien que dans la ville du Cap-Haїtien selon le géographe-aménageur Ludwill Emile Roll. C’est vrai que nous n’avons pas de statistiques réelles sur les éventuelles pertes économiques. Toutefois, il faut surtout faire de grands soucis pour nos monuments touristiques et historiquesnotamment, la citadelle laferrière.Le risque de perte des monuments historiques et touristiques comme la Citadelle Laferrière est bien réel.

La citadelle n’est pas dans la ville du Cap-Haїtien. Elle est située à Milot, une petite ville gravitant dans l’orbitre du Cap-Haїtien. Ce monument touristique et historique construit au début du XIXe qui fait la fierté des gens du Nord et des Haїtiens en général, a subi de gros dommages à cause du séisme de 1842. Le palais Sans-Souci qui est un autre monument important de la région a connu  aussi de sévères dommages dus à ce même tremblement. Il est certain qu’avec un autre tremblement de magnitude 8, nous risquerons d’assister à un effondrement spectaculaire de ce patrimoine touristique et historique hors prix.

Notre conclusion est simple et courte, beaucoup de nos compatriotes en mourront. La ville sera méconnaissable. La fierté christophienne sera sous les décombres pour être après emportée par des vagues d'une tsunami. l’espoir de voir que cela ne devient une réalité est très mince. Une fois de plus nous serons entre aide humanitaire et maladresse de gouvernance de nos dirigeants. In fine, il nous manquera de la science, encore pire, de la conscience. C’est bien dommage !

Roosevelt DUCTAN

Statisticien-démographe/

Professeur et consultant en planification Stratégique

Avocat au barreau de Port-au-Prince

ductan2007@yahoo.fr

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