L’IMR, la seule école de Régnier, détruite par le séisme

L’année scolaire des 350 élèves de l’Institution mixte de Régnier (IMR), commune de Ducis dans le Sud, est de plus en plus incertaine après l’effondrement du bâtiment de trois niveaux avec 19 salles, lors du séisme du 14 août dernier. Fondée en 1995 par l’ACR (Association for The Children of Régnier), l’IMR, qui a sauvé de nombreux enfants orphelins de la délinquance, appelle à l’aide pour se relever.

Publié le 2021-08-27 | lenouvelliste.com

Tout a commencé en 1995 dans une petite pièce avec des enfants nécessiteux et orphelins. L’idée est venue de Maryse Cadet dont la mère est originaire de cette localité, jadis de Solon, troisième section communale de Torbeck. Il dépend aujourd’hui de Ducis, élevé au rang de commune récemment. La rencontre de Maryse Cadet avec un jeune homme amputé d’une jambe l’a marquée à jamais. Le jeune homme, orphelin, s'est cassé une jambe dans un accident de vélo, alors qu’il aurait dû être dans une salle de classe à cette heure-là. D’où l’idée de doter le quartier d’un orphelinat pour sauver les enfants orphelins et nécessiteux. Ces derniers bénéficient du pain de l’instruction, de la nourriture, de soins de santé, de vêtements, entre autres.

Toute la communauté a embrassé le projet. Dilia Dorilas, compagne de Nathan Cadet, notable de la zone et oncle de Maryse Cadet, a offert une pièce de sa maison pour accueillir les 24 premiers enfants. L’année d’après, l’ACR accueille 16 nouveaux enfants. Dilia Dorilas offre une deuxième pièce de sa maison. Pour la troisième année, l’orphelinat-école compte 60 enfants. Les deux pièces ne pouvant pas tous les accueillir, une salle de classe est aménagée sur la galerie de la maison. Avec 100 enfants en quatre ans, toute la galerie est récupérée. « Après, il a fallu construire un hangar. Mais, c’était difficile de travailler quand il pleuvait », se rappelle Maryse Cadet.  Elle est née et a grandi à Port-au-Prince, mais c’est à Régnier (Renyen en créole) que son cœur est attaché.

Nathan Cadet a offert un terrain pour construire l’école. La construction de l’immeuble a débuté en 2003. « 90 à 95 % du fonds proviennent de ma poche. Le reste provient de levées de fonds », confie Maryse Cadet, qui vit aux Etats-Unis depuis près de 50 ans.

La construction a pris plusieurs années. Tout s’est effondré en moins d’une minute le 14 août. « Nous avons perdu un bâtiment qui desservait toute une communauté, se désole Maryse Cadet. Heureusement ce n’était pas un jour de classe. Du fait que des classes travaillent six jours sur sept, cela aurait été un désastre. Dieu nous a sauvés. Seul le réfectoire de l’école n’est pas détruit. »

Difficultés de déblayer…

Malgré les pertes énormes, Maryse Cadet et les membres de l’ACR entendent aller de l’avant. Appelant à l’aide pour déblayer le bâtiment, elle ne souhaite pas abandonner les 350 élèves. « Nous avons besoin de tentes, de bâches, de mobilier, de fournitures classiques pour les élèves, indique Madame Cadet. Nous avons besoin de manuels scolaires subventionnés. Nous aimerions aussi continuer à distribuer les plats chauds que nous offrions aux élèves. Nos sanitaires ont été détruits, il va falloir au moins construire des latrines, entre autres.»

Pour aider à payer les enseignants, les élèves payent un frais « dérisoires ». « ACR est une association à but non lucratif. On réclame des frais des élèves juste pour aider à payer les enseignants », affirme Victor Barthelémy, originaire de la localité. Il a contribué, lui aussi, à sa façon, à mettre sur pied cet établissement qui dessert des enfants dont certains marchaient des heures pour venir à l’école. « La destruction de l’école représente une perte énorme pour la communauté », dit-il.

Wigens Jeudi fait partie des premières promotions de l’école. A neuf ans, il n’était pas encore scolarisé. Aujourd’hui, il travaille comme ingénieur civil et ne cache pas sa fierté et sa reconnaissance envers l’ACR qui a changé sa vie. «  J’aurais pu être un délinquant aujourd’hui, dit-il. A neuf ans, je n’étais toujours pas scolarisé. Grâce à ACR, je suis un ingénieur aujourd’hui. Des anciens camarades sont avocats, entre autres. J’enseigne dans des établissements que je ne pouvais même pas fréquenter. Tout ça, c’est grâce à ACR. »

Depuis ce 14 août fatidique, l’IMR recommence à zéro. Comme en 1995. Autrement.

Pour faire un don: https://gofund.me/49d2d5c9 ou http://www.acrhaiti.net.

Valéry Daudier



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