Un deuxième juge d’instruction pour enquêter sur l’assassinat de Jovenel Moïse

Publié le 2021-08-24 | lenouvelliste.com

En annonçant avoir mis tous les moyens à la disposition du juge d’instruction Garry Orélien, désigné lundi par le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, le ministre de la Justice veut-il prouver sa volonté dans l’avancement de l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse ? Ancien avocat stagiaire dans le procès du massacre de la Scierie, en octobre 2005 à Saint-Marc, Garry Orélien a été désigné quelques années plus tard substitut au parquet du tribunal de première instance de Saint-Marc. Nommé juge d’instruction au tribunal de première instance de Port-au-Prince l’année dernière, le nouveau juge doit prouver qu’il peut conduire une enquête d'une si  grande envergure pour faire jaillir la lumière sur l’assassinat du président Jovenel Moïse. Tous les projecteurs seront braqués sur ce magistrat qui a la latitude de convoquer, d'interroger, de confronter, de mettre en dépôt toute personne jugée nécessaire afin de trouver les indices suffisants dans le cadre de cette enquête.

Succédant au juge Mathieu Chanlatte qui s’était déporté de l’instruction pour absence de moyens mis à sa disposition par le ministère de la Justice, le nouveau juge doit s’étonner d’entendre le ministre Rockfeller Vincent passer des instructions à la Direction centrale de la police judiciaire d’exécuter les mandats émis par le parquet dans le cadre de ce dossier. Le ministre Vincent veut-il brouiller les cartes ? Pourquoi s’est-il empressé d’entreprendre une telle démarche qui ne relève pas de sa compétence ? Une fois nommé, le juge d’instruction décide de conduire l’enquête conformément au Code d’instruction criminelle. Tous les mandats  émis par le parquet après le transfert du dossier au cabinet d’instruction n’engagent pas le juge d’instruction. Le juge Garry Orélien va conduire l’enquête et adoptera les dispositions nécessaires au fur et à mesure qu’il prendra connaissance du dossier. En aucun cas le ministre de la Justice ne peut interférer dans un dossier d’instruction pour quelque motif que ce soit. A-t-il la prétention d’orienter l’enquête du juge Garry Orélien ?

Si certains magistrats au tribunal de première instance de Port-au-Prince soulèvent l’inexpérience du nouveau juge, d’autres, par contre, croient qu’il faut lui donner le temps nécessaire en sa qualité d’ancien substitut. La conduite d’un dossier d’instruction de la dimension de celui relatif à l’assassinat du président Jovenel Moïse n’est pas la mer à boire. L’arrestation de deux responsables de sécurité du président, dont l’un devait assurer la coordination de sa sécurité rapprochée et l’autre était responsable de l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN), montre à quel point le dossier de l’assassinat est compliqué. Mis à part ces agents de sécurité rapprochés et d’autres Haïtiens impliqués dans le dossier, l’arrestation des mercenaires colombiens témoigne de l’ampleur de la planification de cette activité criminelle.

   lbonneau@lenouvelliste.com



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