Réponse post-séisme

Faire différemment qu’au lendemain de 2010

Publié le 2021-08-24 | lenouvelliste.com

La mobilisation nationale et internationale pour venir en aide aux victimes du séisme meurtrier du 14 août 2021 s’active. L’aide arrive au fur et à mesure dans le Sud d'Haïti et c’est une bonne chose. Si l'on pouvait éviter la cacophonie de 2010 dans l’organisation de la réponse ce serait encore mieux.

Witchner Orméus, ancien cadre du ministère de la Jeunesse et des Sports se rappelle encore sa douloureuse expérience lors du séisme du 12 janvier 2010. Ce jour-là, il avait échappé de justesse à la mort dans le bâtiment où il travaillait à Port-au-Prince. Ce souvenir funeste qui commençait à être enfoui dans sa mémoire a brusquement refait surface la semaine dernière. « Quand j’ai appris la nouvelle du nouveau tremblement de terre, c’est comme si les mêmes visages ensanglantés gisant sous des décombres revenaient me hanter », témoigne-t-il, encore sous le choc.

Comme beaucoup de ses compatriotes qui ont quitté le pays, Wicthner souffre à distance. Il sait que bien avant ce nouveau séisme dévastateur, le pays croupissait déjà sous le poids de ses multiples fardeaux : crise alimentaire, Covid-19, banditisme et instabilité politique. Au moins en 2010, étant sur place, il avait pu retrousser ses manches afin de prêter main-forte volontairement à ses frères et sœurs enfouis sous les gravats.

Ce qui le préoccupe le plus, alors qu'il vit maintenant au Québec, c’est l’acheminement d’une aide rapide aux sinistrés, de même que l’organisation et l’efficacité de cette réponse d’urgence. Il propose d'ailleurs une stratégie qui, selon lui, pourrait aider à une meilleure gestion et coordination de l’aide sur le terrain. « Chacune des communes des trois départements les plus touchés devrait rapidement mettre en place un comité de crise tripartite composé d'un membre de la Protection civile, d'un membre de chaque cartel de Conseil d'administration de la section communautaire (CASEC) et d'un membre de chaque cartel de mairie ainsi que de trois membres de différentes organisations de la société civile dans la commune », recommande-t-il.

Cet agent de développement très connu pour son implication dans la vie associative de la diaspora haïtienne à Montréal suggère aussi que « le comité de crise de chacune de ces communes mette en place une commission d’urgence chargée de réaliser, dans les 48 heures, un bilan humain et matériel, pour établir les besoins urgents des citoyens et des communautés en question ». Les représentants de chacun des comités de crise communaux seraient ensuite délégués auprès du comité de crise départemental en s’assurant de l’équilibre des trois entités (Protection civile, CASEC et organisations de la société civile).

Ce comité départemental, subdivisé également en commission départementale d’urgence et commission départementale de reconstruction, produirait des documents de synthèse sur les besoins d’urgence mais aussi sur la reconstruction de chaque département. Pour lui, seuls les comités de crise départementaux devraient être habilités à recevoir l'aide ou à orienter les interventions des institutions publiques et autres organismes humanitaires.

Ce que fait la protection civile haïtienne n’est pas différent de ce que propose ce jeune professionnel très dévoué pour la cause d’Haïti. Depuis plus de 20 ans, l’institution, devenue récemment la Direction générale de la protection civile (DGPC), remue ciel et terre pour renforcer les capacités de préparation et d’intervention de ses structures en cas de catastrophe.

Presque chaque année, des campagnes de sensibilisation sont menées des formations et des exercices de simulation (SIMEX) sur les risques hydrologiques, météorologiques et sismiques sont réalisées dans les départements les plus à risque. Question de mieux préparer les structures décentralisées à coordonner en temps réel les différentes interventions dans le domaine du sauvetage et de la première réponse. « On avait un grand exercice de simulation sismique prévu dans le nord du pays pour le mois de juillet dernier. Tout était prêt. Nous l’avons dû reporter au dernier moment en raison des restrictions liées à la Covid-19 », précise un cadre d’appui opérationnel de la Protection civile, qui a préféré garder l’anonymat.

Depuis belle lurette, la Protection civile haïtienne est confrontée à des défis opérationnels, particulièrement en ce qui a trait aux ressources matérielles qui limitent ses capacités dans la prévention, la préparation et la réponse aux crises. Mais au cours de ces cinq dernières années, l’institution a un autre défi, aussi crucial. Bon nombre de ses cadres formés et expérimentés en matière de préparation et de réponse aux urgences ne répondent plus à l’appel. Certains ont laissé le pays. D’autres ont été emportés par la Covid-19, et d’autres encore sont partis à la retraite.

Joint par téléphone, le coordonnateur technique départemental des Nippes, Fidèle Nicolas, souligne que depuis le séisme il n’a plus une minute pour lui. Avec sa petite équipe, il tente l’impossible pour atteindre les communautés les plus difficiles d’accès. « Nous faisons de notre mieux avec les maigres moyens dont nous disposons, confie-t-il. Nos frères et sœurs ont besoin de nous. Nous redoublons d’efforts. Nous restons debout pour les supporter. »

On sent que la volonté est là. Le courage aussi. Ce qui fait défaut, c’est le manque de ressources, bien sûr. Alors que le besoin en termes de bras opérationnels est crucial pour faciliter une bonne organisation et une coordination efficace et diligente de la réponse. Ce qui aiderait à éviter que le mauvais scénario de l’après 2010 se reproduise dans la distribution de l’aide.

Jean-Max St Fleur

stfleurjeanmax@gmail.com

Jean-Max St-Fleur
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