Le juge Mathieu Chanlatte sera-t-il l'exception de la règle?

Publié le 2021-08-12 | lenouvelliste.com

L’annonce faite par le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, sur le choix du magistrat Mathieu Chanlatte pour instruire le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse, a fait couler beaucoup de salive au palais de justice. Cet épineux dossier provoque des remous dans l’actualité internationale. Si trois organisations de défense des droits humains désapprouvent ce choix, en raison des liens existant entre ledit magistrat et l’ancienne administration, d’autres magistrats s’interrogent sur les 40 000 dollars américains faisant partie du corps du délit qui seront gardés au siège du tribunal qui est situé à quelques pas du Village-de-Dieu. Il n'est un secret pour personne que, depuis ces vingt dernières années, aucun corps du délit, comportant des espèces sonnantes et trébuchantes, des armes à feu, de la drogue et des bijoux précieux dans un dossier traité par un juge d'instruction, n’a pu être trouvé lors d'assises criminelles. Le vol ou la disparition du corps du délit dans les cabinets des juges d’instruction est une pratique courante au tribunal de première instance de Port-au-Prince.

Pour mettre fin à cette pratique au tribunal de première instance de Port-au-Prince, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) a fait don, en 2005, audit tribunal, d’un coffre-fort pour sécuriser les corps du délit qui disparaissaient de façon mystérieuse dans les cabinets des juges. Ayant provoqué le mécontentement de la plupart des membres du personnel du tribunal, ledit coffre-fort a été saboté au vu et au su des juges, des membres du décanat du tribunal et des avocats fréquentant cette juridiction. Après de longues années de sabotage, le coffre-fort a été mis hors d’usage. Récemment certaines pièces faisant partie du corps du délit relatif au dossier de l’assassinat de Me Monferrier Dorval ont disparu dans un classeur au palais de justice. Il n’y avait ni cambriolage ni un quelconque événement majeur. Dans les couloirs du palais de justice, il est rapporté que des juges, des avocats, des membres du parquet et des cadres supérieurs du ministère de la Justice sont souvent de connivence avec des greffiers dans la disparition des pièces à conviction dans des cabinets d’instruction.

 Tous les regards sont dirigés sur la justice haïtienne dans le cadre de la conduite de l’enquête sur l’assassinat odieux du président Jovenel Moïse. Sur le plan international, chaque acte posé par le juge sera suivi par les uns et les autres en raison de l’importance de ce dossier d’une part et de l’implication de mercenaires colombiens d’autre part. Le juge Mathieu Chanlatte a intérêt à bien instruire le dossier pour faire taire les mauvaises langues qui voient en lui un proche du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK) et aussi pour changer la perception que l’on se fait de la justice haïtienne.

S’agissant des pièces composant le corps du délit soumises par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) au parquet, le juge d’instruction ne peut en aucun cas les entreposer dans son cabinet, en raison de l’environnement délétère du palais de justice. En revanche, il peut prendre une ordonnance pour les confier à la DCPJ ou à la Banque de la République d’Haïti (BRH).

Le juge Mathieu Chanlatte pourra-t-il garantir le secret de l’instruction ?

lbonneau@lenouvelliste.com



Réagir à cet article