Il y a un discours empreint de fatalisme dans l’air. Têtu comme un âne. Pire il est contagieux. Envahissant. Si l’on n’y prend pas garde il risque de devenir dominant si ce n’est pas déjà le cas. Il y a là beaucoup plus qu’un doute que Haïti puisse se prendre en charge un jour, il y a tellement de difficultés à surmonter et des défis de taille à relever.
Il faut dire que ce pessimisme fait écho de nos trop nombreux rendez-vous manqués dans le difficile cheminement de ce peuple héroïque qui a traversé l’histoire en résistant aux assauts tous azimuts venant à la fois tant de l’intérieur que de l’extérieur. D’où un discours d’une très grande facilité qui réduit tout à ces éternelles crises préfabriquées, taillées sur mesure pour Haïti. Dans ce beau décor, il y a aussi la gesticulation d’opérateurs politiques qui n’arrivent plus à convaincre personneni de leur capacité encore moins de leur volonté à vendre un projet sinon un rêve à ce pays. Cette Haïti prend corps à travers le prisme de nos préjugés construits depuis toujours sur le mépris du peuple haïtien et de la culture nationale et des initiatives qui peuvent surgir dans la/ une matricehaïtienne et dans la mode d’organisation du peuple à faire face à cette société qui lui a toujours été hostile.
Pourtant il y a une autre Haïti, celle dont on n’en parle pas suffisamment. L’Haïti réelle, celle qui ne désarme pas. Elle s’exprime et se cristallise dans les mille initiatives qui se prennent chaque jour dans les communautés de l’intérieur du pays pour rendre la vie plus humainement vécue. Elle est présente dans les mouvements associatifs de jeunes, de femmes, de paysans, d’artisans et d’ouvriers qui croient dur comme fer qu’il est possible de changer quelque chose dans ce pays et qui s’y mettent avec rage et acharnement.
Dans un contexte de grande rareté de ressources on ne compte plus aujourd’hui les cercles de jeunes qui se réunissent autour d’une idée, d’un projet se rapportant à l’agriculture, la transformation, l’élevage, le petit commerce, le Start up, etc. Il faut aussi compter ceux dans le domaine de la culture (projet d’écriture, troupe de théâtre et folklorique, groupes musicaux et d’autres trucs du genre... Toutes ces initiatives secrètent l’Haïti vraie résolument tournée vers un avenir prometteur.Nos jeunes aussi qui excellent à l’Université et dans toutes sortes de disciplines sportives en Haïti et à l’étranger, en donnant le meilleur d’eux-mêmes se reconnaissent dans cette Haïti-là et inscrivent leur effort dans une dynamique de faire vivre leur pays surtout de la faire rayonner
Les stratégies développées par les petits commerçantspour accéder aux fonds et développer ainsi leur propre business à travers le « sabotage » en plus d’exprimer une forme de solidarité dans les milieux populaires témoignent de l’ingéniosité des gens dans une démarche de trouver des réponses concrètes qui se posent à eux dans leur quotidien. C’est aussi ça Haïti
Nos professionnels, artisans, ouvriers enseignants, cadres de l’administration publique qui ont mis tout leur enthousiasme, toute leur compétence, toute leur foi, tout leur cœur dans leur champs d’intervention respective qui bossent dur dans le souci d’être utile à ce coin de terrequ’ils portent jalousement dans leur cœur participent eux aussi à la construction d’un pays neuf pour nos enfants et nos petits enfants à naitre
Haïti, ce sont nos valeureux journalistes, intellectuels, écrivains, artistes, militants de droits de l’homme, militants politiques ceuxparmi les plus crédibles, professionnels de toutes disciplines qui, en dépit de la morosité ambiante, s’accrochent encore à ce pays et trouvant une raison d’y rester mais œuvrant aussi pour des jours nouveaux.Tous ceux et celles qui ne baissent pas les bras face au ridicule à la médiocrité ambiante et a ce discours anhistoriqueempreint de fatalité dont on nous rabat les oreilles sont citoyens de cette majestueuse Haïti d’aujourd’hui et de demain
Et pourtant il existe bien des défis qui dans l’apparence paraissent être au-delà de nos capacités et de nos forces. Mais quelles générations qui n’en ont pas eus à un moment ou à un autre de leur histoire Dans toutes les civilisations, sous toutes les latitudes il a toujours été ainsi. De toute façon nous, nous de cette génération outillée technologiquement, nous devons trouver exaltant d’en avoir. C’était le cas pour la génération d’avant 1804, de celle de 1804, de celle de 1915 et celle de la dictature des Duvalier
Il existe de tout temps unriche et énorme potentiel en Haïti chez les différents secteurs de la société cependant elle n’est pas suffisamment explorée ni exploité. Et tant que l’inventaire n’aura pas été fait on risque de faire encore du sur place. Le chantier qui s’offre à nous aujourd’hui c’est de travailler à créer les conditions en vue de fédérer toutes ces énergies, toutes ces compétences, tout ce savoir-faire, toute cette bonne volonté toute cette passion du pays pour les transformer en un impressionnant dispositif capable de servir de force de pression et de proposition et faire ainsi infléchir l’Etat dans sa posture historiquement anti nationale.
Jean-François Saint Félix