Martissant : des personnes passent par le morne l’Hôpital pour se rendre au centre-ville

Face à l’insécurité qui sévit à Martissant, de nombreuses personnes empruntent d’autres voies pour se rendre en ville afin de vaquer à leurs occupations. Quand certains passent par la mer, d’autres se trouvent un passage dans les hauteurs.

Publié le 2021-08-09 | lenouvelliste.com

Il était environ 10 heures du matin quand nous avons pris un moto-taxi à Fontamara 43 pour nous rendre au centre-ville de Port-au-Prince. La route principale qui passe par Martissant étant devenue trop dangereuse, nous prenons les hauteurs pour passer par Saint-Jude, une zone située sur le flanc du morne l’Hôpital. Entre 3 et 5 chauffeurs de moto-taxi entament ce voyage qui va durer entre 30 et 45 minutes avant d’atteindre la rue Monseigneur Guilloux.

Celui qui  nous transporte, Gethro (nom d’emprunt), va faire la route pour la première fois. En ce sens, il doit suivre un autre chauffeur qui lui-même fait la route régulièrement depuis que la situation a empiré à Martissant. « Pas question pour moi de passer par Martissant. C’est inadmissible que je mette ma vie en danger », s'écrie l’homme d’environ 35 ans en démarrant sa moto qu’il vient de chercher chez le mécanicien à cause d’un problème de « clutch ». « Tu ne peux pas faire cette route si ton clutch n’est pas à point », conseille-t-il à Gethro qui lui-même n’a pas tari d’éloges sur son véhicule.

Fuir le danger, mais en prenant des risques

C’est un chemin rocailleux et parfois sinueux tracé sur le flanc du morne l’Hôpital dont le seul mérite est d’offrir un passage loin de la route de la mort (Martissant). Si la moto n’est pas en bon état, elle risque de caler en montant le morne. Notre guide a dû s’arrêter plusieurs fois faisant descendre la femme qu’il transportait en vue de diminuer le poids sur sa moto afin qu’il puisse réussir à gravir la pente. Celle-ci nous a confié avoir déjà fait cette route à plusieurs reprises.

« Je passe ici à chaque fois que mon petit doigt me dit d’éviter Martissant. C’est le cas ce matin. Je repasserai par ici pour rentrer chez moi ce soir », a-t-elle lancé au moment où son chauffeur tentait de faire redémarrer son véhicule dont le moteur a été coupé. Elle connaît bien la zone, nous confie-t-elle, habituée à venir à l’église Saint-Jude, située dans cette zone qui porte le même nom.

Par endroits, l’on se retrouve seul avec la route. Pas de maisons, ni même de passants. Rien que le morne à monter et la route graveleuse et poussiéreuse à affronter. À cette hauteur, Port-au-Prince est livrée au regard dans sa véritable nature. C’est une ville fatiguée et désemparée par le pullulement des constructions anarchiques qui trempe ses pieds dans une baie à peine capable d’émerveiller par sa beauté.

« Pensez-vous que l’État connaît l’existence de cette zone ? » En posant cette question, le chauffeur de moto-taxi semble effrayé par l’aspect archirustique de cette zone située dans les hauteurs de la première ville du pays. À ce moment, l’on peut se demander s’il n’est pas tout aussi dangereux de passer par ce chemin pour se rendre au centre-ville. Qui va nous porter secours si jamais on nous attaque ici ?, se demande-t-on. À notre prochain arrêt, notre guide nous met au parfum. « Sur cette route, il n'y a aucun danger. Tout est calme ici. Vous dominez Grand-Ravine et les autres quartiers de Martissant. Nous sommes très loin », raconte l’homme, qui nous montre néanmoins certains endroits au bord de la route où l’on avait l’habitude d’exécuter des gens. Gethro, notre chauffeur, pense que l’homme fait des exagérations juste pour la jouer fin connaisseur.

Entre-temps, un autre homme qui transporte des pièces automobiles sur sa moto a ralenti près de nous pour échanger quelques mots. Il se rend à Delmas. « C’est vrai, il n'y a pas de trop grands risques ici », nous répond-il. « Mais si vous prenez la route, vous ne remarquerez pas d’autres chauffeurs de moto, il faut rebrousser chemin », conseille-t-il. Nous nous approchons de Savane-Pistache. Notre guide nous demande d’être plus discrets, surtout avec nos téléphones. Dans cette zone, l’on n’a pas besoin de faire de grands efforts pour remarquer des hommes armés jusqu’aux dents faire les cent pas devant certaines maisons. À cet endroit de la route, il y a beaucoup de gens et un dense trafic de motocyclettes.

Le prix du trajet

Quelques mètres plus loin, nous sommes à la rue Monseigneur Guilloux. Le pire est derrière nous, se dit-on. Gethro a fait la course pour 500 gourdes. Selon notre guide, le prix de ce trajet n’est pas défini à l’avance. Tout dépend du moment de la journée et de la situation à Martissant. « Au crépuscule, tu peux payer 750 gourdes. S’il y a des tensions à Martissant, on peut te demander de payer jusqu’à 1 250 gourdes », précise-t-il.

Cette route passant par Fontamara et Saint-Jude qui conduit à la rue Monseigneur Guilloux n’est pas la seule empruntée par les gens qui fuient l’insécurité à Martissant. Selon notre guide, si nous avions voulu nous rendre directement à Pétion-Ville, il aurait pu nous y conduire. Il ajoute également que des gens passent par Diquini et St-Roc, pour se rendre dans la commune de Pétion-Ville. Selon ses dires, beaucoup de gens et même des camions empruntent régulièrement cette dernière route. 



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