Les Nations unies, d'après leur charte, reconnaissent et définissent les droits de l’homme et c’est ainsi que dans son premier article nous lisons: «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité»...C'était en 1948. Cependant près d’un siècle et demi plus tôt, les pères de l'Indépendance avaient identifié ces droits et les avaient défendus ; c’est ce qui nous vaut notre indépendance qui est scellée dans le sang et immortalisée dans un acte...C'était le 1er janvier 1804.
Les aïeux dont nous chantons la gloire - sans toutefois mettre en pratique leurs conseils - avaient bien parlé ; dotés de l'esprit grâce de discernement, ils avaient bien cerné les droits humains et les éléments de maintien de la paix, de notre indépendance et de notre souveraineté.
Il y a plus de deux siècles que nos ancêtres ont prononcé des paroles sages après avoir, eux-mêmes, vécu plus de deux siècles d’infortune. En effet, dans leur sagesse, ils nous rappellent qu’il ne faut jamais garder l’ennemi dans notre sein et qu’il est impérieux de nous ceindre de courage pour le chasser. Ils nous expliquent que ceux qui ne sont pas avec la majorité qui souffre sont contre nous. Ils nous conseillent de nous dissocier d’eux, de les remercier et leur faire comprendre que leur présence dans le pays et leurs intrigues ont, sur chaque Haïtien, le même effet que le genou du policier sur le cou de George Floyd. En témoignent ces mots : «Ce n'est pas assez d'avoir expulsé de votre pays les barbares qui l'ont ensanglanté depuis deux siècles»...«Le nom français lugubre encore nos contrées».« S'ils trouvent un asile parmi nous, ils seront encore les machinateurs de nos troubles et de nos divisions»
Les héros de notre indépendance ont travaillé fort pour que nous soyons libres, et qu’avons-nous fait ? Ils ont «veillé, combattu, quelquefois seuls...ont donné leur sang» pour que, nous nous enorgueillissions de notre liberté, laquelle aujourd’hui est compromise à cause de notre permissivité vis -à - vis de ceux qui nous snobent, nous oppriment, et qui essayent de passer sous silence le«1er Janvier 1804». Notre liberté est exposée compte tenu de nos bassesses, nos bas instincts, notre égoïsme, notre goût du lucre etc. N'est- ce pas de notre devoir de protéger notre souveraineté et de perpétuer ce bonheur qu'ils ont éprouvé en nous remettant un pays libre ? Aucun doute qu’ ils étaient heureux et leur déclaration- «assez heureux pour remettre en vos mains le dépôt sacré que vous m'avez confié, songez que c'est à vous maintenant de le conserver»- confirme leur état d'âme. Actuellement, le peuple haïtien est malheureux et que faisons-nous ? Sommes-nous vraiment sans états d'âme ?
Nos pères attirent notre attention sur les plus faibles et souhaitent que nous les protégions: «Portez les regards sur toutes les parties de cette île ; cherchez-y, vous vos épouses, vous vos maris, vous vos frères, vous vos sœurs ;... cherchez-y vos enfants, vos enfants à la mamelle ! Que sont-ils devenus... la proie de ces vautours». Qui sont-ils aujourd'hui ces vautours auxquels nous accordons toujours beaucoup d’importance ? Pas difficile de les identifier! « Nos lois, nos mœurs, nos villes, tout porte encore leur empreinte »; «Qu'avons-nous de commun» …? Nous nous laissons prendre «par la piteuse éloquence des proclamations de leurs agents» et nous nous «croyons libres !»
Nous avons pour devoir de réclamer réparation pour toutes nos sœurs et tous nos frères qui meurent de faim, ou qui sont victimes de l'insécurité et surtout du soutien que les étrangers apportent aux dirigeants malfrats. Nos ancêtres attendent encore une réponse à la question posée en 1804 “descendrons-nous dans leurs tombes sans les avoir vengés ? Hâtons-nous d’agir sinon , selon nos pères, « leurs ossements repousseraient les nôtres».
Sachons qu’en croisant les bras, nous laissons à la communauté internationale l’impression que nous ne sommes pas de vraies filles, de vrais fils de nos aïeux, c’est- à-dire « un peuple fier d'avoir recouvré sa liberté, et jaloux de la maintenir».
C’est à se demander si nous appréhendons la valeur de cette expression «Indépendance ou la mort» ? Ont- ils un sens «ces mots sacrés qui devaient nous rallier» ?
Haïtiennes et Haïtiens, aidons nos ancêtres à profiter de leur repos éternel. Satisfaisons-les en nous tenant droit devant ceux et celles qui pensent nous faire mordre la poussière et nous réduire à un esclavage moderne. ”Quelle déshonorante absurdité que de vaincre pour être esclaves! ”. “Effrayons tous ceux qui oseraient tenter de nous ravir “ notre liberté. Apprenons à développer nos propres ressources et à ne compter que sur nous-mêmes. “Nous avons osé être libres, osons l'être par nous-mêmes et pour nous-mêmes ; imitons l'enfant qui grandit : son propre poids brise la lisière qui lui devient inutile et l'entrave dans sa marche”.
Quel peuple a combattu pour nous ? Quel peuple voudrait recueillir les fruits de nos travaux ?
Défendre notre liberté, ou appliquer les conseils de nos aïeux est louable et légitime. Néanmoins, défendre nos droits n'est pas synonyme de xénophobie ou d’isolement. Défendre notre souveraineté, c’est négocier habilement avec l’étranger dans l'intérêt général et se montrer responsable, c’est faire triompher les intérêts de la nation et ne pas chercher à tirer des bénéfices personnels.
Ceux qui ont rédigé la Déclaration universelle des droits de l’homme aux Nations unies n'étaient pas des idéalistes, et nos aïeux avant-gardistes, anticipant cette déclaration, ont fait preuve de clairvoyance en écrivant l’Acte de l'Indépendance. Si pour le moment les Nations unies souffrent d'amnésie, nous les Haïtiens résistons à leur «anesthésie» et réveillons-nous !
Haïtiennes et Haïtiens, redressons-nous et marchons sur les traces de nos ancêtres; rectifions le tir, redéfinissons nos politiques car «le jour est arrivé, ce jour qui doit éterniser notre gloire, notre indépendance». Il est temps de restaurer cette fierté des jours anciens. Il est vrai que nous ne sommes pas de ceux qui avaient «prêté le serment de vivre libres et indépendants, et de préférer la mort à tout ce qui tendrait à nous remettre sous le joug». Pourtant, il n’est pas trop tard: «Jurons enfin de poursuivre à jamais les traîtres et les ennemis de notre indépendance».
Et si on prenait le temps de réfléchir sur l’Acte de l'Indépendance dans nos écoles ? Et si les médias en parlaient ? Quel changement, ça ferait !
Si aujourd’hui nous entendons la voix des aïeux, ne fermons pas nos cœurs comme nous l'avons fait jusqu’ici.
À bon entendeur, salut!
Dr Winie E. Robin