L’Office de la protection du citoyen (OPC), institution nationale indépendante de promotion et de protection des droits humains, note avec attention des rebondissements axés sur des informations concernant le dossier de l’assassinat crapuleux et révoltant du président Jovenel Moïse..
Selon des données fournies par la porte-parole de la Police nationale d’Haïti (PNH), l’inspectrice Marie Michèle Verrier, pas moins de 44 personnes, dont 12 policiers, ont été arrêtées par la police et des avis de recherche sont lancés à l’encontre de plusieurs individus pour leur implication présumée dans l’assassinat du chef de l'État.
L’OPC salue les efforts de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et du parquet de Port-au-Prince dans le traitement de ce dossier. Cependant, il est important de noter que durant les deux dernières décennies, aucun procès criminel d’assassinat spectaculaire n’a eu lieu dans le pays. Les présumés assassins identifiés ne sont jamais poursuivis par la justice. Certains, arrêtés par la police, ont été libérés par des juges sans aucune forme de procès avec soupçon de corruption.
De 1995 à aujourd'hui, la population haïtienne n’a jamais suivi un grand procès criminel avec condamnation des accusés coupables à de lourdes peines qui pourrait servir d’action dissuasive pour les individus voulant commettre des actes répréhensibles au sein de la société.
Le système judiciaire est pris en otage par des secteurs et affaibli par un organe disciplinaire (le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire) qui protège les juges malhonnêtes et corrompus mais persécute, à travers de fausses ONG de droits humains, ceux qui sont honnêtes et qui veulent rester indépendants, fidèles à leur mission.
La liste des cas d’assassinat spectaculaire en Haïti pour les trois dernières décennies est longue. Citons par exemple :
Félix Lamy (directeur de radio Galaxie) : 10 décembre 1991
Robenson Louis (directeur de radio Lumière) : 6 août 1992
Me Guy Malary (avocat et ministre de la Justice) : 14 octobre 1993
Me Mireille Durocher Bertin (avocate) : 28 mars 1995
Député Jean-Hubert Feuillé (ancien garde du corps du président Jean-Bertrand Aristide) : 7 novembre 1995
Yvon Toussaint (sénateur et médecin) : 1er mars 1999
Jean Léopold Dominique (directeur de radio Haïti Inter) et son gardien Jean Claude Louissaint : 3 avril 2000
Brignol Lindor (journaliste) : 3 décembre 2001
Pasteur Jean Molès Lovinsky Berthomieux (animateur d’une émission religieuse) : 13 septembre 2004
Jacques Roche (journaliste et écrivain) : 15 juillet 2005
François Latour (acteur et homme de théâtre) : 23 mai 2007
Guiteau Toussaint (président du conseil d’administration de la Banque nationale de crédit) : 12 juin 2011
Daniel Dorsainvil (ingénieur civil et professeur) et son épouse Girldy Larêche : 8 février 2014
Oriel Jean : (ancien chef de sécurité du président Jean-Bertrand Aristide) : 2 mars 2015
Me Fritz Pierre (avocat de l’État haïtien) : 10 mars 2015
Me Jean René Misère (avocat) : 12 mai 2016
Me Willems Edouard (ancien directeur général des Presses nationales d'Haïti) : 8 juillet 2016
Patrick Narah (entrepreneur) : 8 janvier 2019
Rospide Pétion (journaliste) : 10 juin 2019
Néhémie Joseph (journaliste) : 10 octobre 2019.
Michaël Lysius (inspecteur général de la Police nationale d'Haïti, ancien responsable de la DCPJ) : 1er décembre 2019
Farah Martine Lhérisson (écrivaine et éducatrice) et son mari l'ingénieur Lamothe Lavoisier : 15 juin 2020
Mamoune Régis (enfant des rues) : 18 juin 2020
Me Fritz Gérald Cerisier (substitut/commissaire du gouvernement) : 19 juin 2020
Norvella Bellany (fonctionnaire à la BRH) : 27 juin 2020
Michel Saieh (entrepreneur et propriétaire de Piyay Market) : 27 août 2020
Me Monferrier Dorval (bâtonnier de l’ordre des avocats) : 28 août 2020
Zaphir Kadhafi (inspecteur et instructeur de police) : 3 septembre 2020
Grégory St Hilaire (étudiant) : 2 octobre 2020
Evelyne Sincère (écolière) : 1er novembre 2020
Diego Charles (journaliste) : 29 juin 2021
Marie Antoinette Duclaire (militante féministe et activiste politique) : 29 juin 2021
L’OPC rappelle que l’assassinat du président Jovenel Moïse ne doit pas rester impuni. Faire la lumière sur ce crime ignoble, poursuivre et sanctionner les commanditaires, les auteurs intellectuels et matériels est une obligation de l’heure car au-delà de la disparition du président Moïse, c’est le pays qui a subi un affront où des mercenaires étrangers sont entrés sur le sol national, en toute quiétude, et ont exécuté un chef d’État en sa résidence. Aucun pays de la planète ne peut cautionner un tel acte. Aucune organisation internationale, régionale ou nationale ne peut accepter une telle atteinte à la dignité du peuple haïtien. Aucun citoyen lucide ne peut applaudir une telle gifle.
L’OPC recommande au parquet de Port-au-Prince, particulièrement le commissaire du gouvernement, de ne pas se laisser intimider par les pressions ou les manœuvres déloyales des individus de tout acabit qui veulent à tout prix saboter l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse dans le but de renforcer le phénomène de l’impunité en Haïti à des fins inavouées et inavouables.
L’OPC demande au Premier ministre en fonction, le Dr Ariel Henry, de traduire « ses beaux discours » en des actes concrets consistant à faire avancer le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse conformément à la procédure pénale.
Fait à Port-au-Prince, le 1er août 2021
Renan Hédouville
Protecteur du citoyen