L’assassinat de son mari et son intention de se porter candidat à la présidence… Martine Moïse se confie au New York Times

Publié le 2021-07-30 | lenouvelliste.com

Pour le New York Times, Martine Moïse revient sur l’attaque, l’assassinat de son mari, la mise à sac de sa chambre par les assaillants à la recherche d’un mystérieux document. Elle exprime ses insatisfactions sur l’enquête, indexe des oligarques, les seuls capables de financer l’assassinat du président et indique qu’elle considère sérieusement à briguer le poste de président d’Haïti aux prochaines élections.

«La seule chose que j'ai vue avant qu'ils ne le tuent, ce sont leurs bottes», a déclaré Martine Moïse alors que le sujet, son mari, le président haïtien Jovenel Moïse, a été abattu à côté d'elle. «Puis j'ai fermé les yeux, et je n'ai rien vu d'autre», a-t-elle raconté dans une interview au New York Times (NYT) publiée le vendredi 30 juillet 2021.

Martine Moïse, selon le NYT, indique avoir écouté le bruit des assaillants qui saccageaient la pièce, cherchant méthodiquement quelque chose dans les dossiers de son mari. «Ce n'est pas ça. Ce n'est pas ça», se souvient-elle de l’échange entre ces hommes qui s’exprimaient en espagnol. «C'est ça», a-t-elle entendu, racontant que les tueurs sont sortis après que l’un d’eux lui a marché sur les pieds et projeté la lumière de sa lampe torche dans les yeux pour vérifier si elle était encore vivante. «Quand ils sont partis, ils pensaient que j'étais morte», a dit Martine Moïse, 47 ans, dans sa première interview après l’assassinat de son mari le 7 juillet, interview dans laquelle elle décrit la douleur intense ressentie en regardant le corps sans vie de son mari, fraîchement assassiné, après 25 ans de vie commune. Les coups de feu assourdissants, les murs et les fenêtres qui tremblaient, la certitude terrifiante que ses enfants seraient tués, l'horreur de voir le corps de son mari, ou comment elle a lutté pour se lever après le départ des tueurs. «Tout ce sang», a dit doucement Martine Moïse, selon le New York Times.

Mais elle avait besoin de parler, a-t-elle dit, parce qu'elle croit que l'enquête sur la mort de son mari n'a pas répondu à la question centrale qui la tourmente, elle, et d'innombrables Haïtiens : qui a ordonné et payé l'assassinat de son mari ?, lit-on dans le New York Times.

L’enquête et les insatisfactions

La police haïtienne a arrêté un grand nombre de personnes en relation avec l’assassinat du président Moïse, dont 18 Colombiens et plusieurs Haïtiens et Haïtiens-Américains. La police recherche encore d'autres personnes. Parmi les suspects figurent des Colombiens à la retraite, un ancien juge, un vendeur d'équipements de sécurité, un courtier en hypothèques et en assurances en Floride, et deux commandants de l'équipe de sécurité du président, lit-on dans l’article du New York Times. Selon la police haïtienne, le complot fomenté tourne autour d'un médecin et pasteur de 63 ans, Christian Emmanuel Sanon, qui, selon les autorités, a conspiré pour engager les mercenaires colombiens afin de tuer le président et de prendre le pouvoir politique, selon le New York Times.

Ceux qui critiquent des informations fournies par les autorités à ce stade affirment qu'aucune des personnes citées dans l'enquête n'avait les moyens de financer le complot par leurs propres moyens. Et Mme Moïse, comme de nombreux Haïtiens, pense qu'il y a un cerveau derrière eux qui a donné les ordres et fourni l'argent, lit-on dans le New York Times.

Martine Moïse, selon le New York Times, veut savoir ce qu'il est advenu des 30 à 50 hommes qui étaient habituellement postés devant sa maison lorsque son mari y était. Aucun de ses gardes n'a été tué ou même blessé, dit-elle. «Je ne comprends pas comment personne n'a été abattu», a-t-elle dit au New York Times

Au moment de sa mort, M. Moïse, 53 ans, était confronté à une crise politique. Des manifestants l'accusaient d'avoir dépassé la durée de son mandat, de contrôler les gangs locaux et de gouverner par décret alors que les institutions du pays étaient vidées de leur substance.

M. Moïse était également en conflit avec certains des riches oligarques du pays, notamment la famille qui contrôlait le réseau électrique national. Alors que de nombreuses personnes ont décrit le président comme un dirigeant autocratique, Mme Moïse a déclaré que ses concitoyens devraient se souvenir de lui comme d'un homme qui a tenu tête aux riches et aux puissants, lit-on dans cet article.

Et maintenant elle veut savoir si l'un d'entre eux l'a fait tuer. «Seuls les oligarques et le système pouvaient le tuer», a-t-elle dit, selon le New York Times qui a répondu aux questions du journal New-yorkais quelque part dans le Sud de la Floride, entourée de ses enfants, de gardes du corps, de diplomates haïtiens et de conseillers.

Appels de détresse

Selon l’article du New York Times, Martine Moïse et son mari étaient endormis lorsque les coups de feu ont été entendus. Ils se sont réveillés. Martine Moïse a indiqué être accourue pour réveiller ses enfants qui se sont cachés dans la salle de bains avec leur chien.

Son mari a attrapé son téléphone et a appelé à l'aide, lit-on dans l’article du New York Times. «Je lui ai demandé, chéri, qui as-tu appelé ?», dit-elle.

«Il a répondu : J'ai trouvé Dimitri Hérard ; j'ai trouvé Jean Laguel Civil», dit-elle. « Et ils m'ont dit qu'ils allaient arriver », a répondu Jovenel Moïse.

Mais les assassins sont entrés dans la maison rapidement, apparemment sans encombre, a-t-elle dit. M. Moïse a dit à sa femme de s'allonger sur le sol pour qu'elle ne soit pas blessée. «C'est là que je pense que tu seras en sécurité», a-t-il dit, se souvient-elle. C'est la dernière chose qu'il lui a dite.

Des rafales d'armes automatiques ont traversé la pièce, dit-elle, et elle a été touchée en premier. Touchée à la main et au coude, Martine Moïse, selon le NYT, est restée allongée sur le sol, convaincue que tous les autres membres de sa famille avaient été tués.

Aucun des assassins ne parlait créole ou français, dit-elle. Les hommes ne parlaient qu'espagnol et communiquaient avec quelqu'un au téléphone pendant qu'ils fouillaient la pièce. Ils ont semblé trouver ce qu'ils voulaient sur une étagère où son mari conservait ses dossiers. «Ils cherchaient quelque chose dans la pièce, et ils l'ont trouvé», a déclaré Mme Moïse, sans préciser ce que c'était.

«À ce moment-là, j'ai eu l'impression de suffoquer parce qu'il y avait du sang dans ma bouche et  je ne pouvais pas respirer», a-t-elle dit. «Dans mon esprit, tout le monde était mort, car si le président pouvait mourir, tous les autres auraient pu mourir aussi». Les hommes que son mari avait appelés à l'aide, dit-elle - les fonctionnaires chargés de sa sécurité sont maintenant en détention.

Et si elle s'est dit satisfaite qu'un certain nombre des conspirateurs accusés ont été arrêtés, Martine Moïse est loin d'être satisfaite. Mme Moïse souhaite que les organismes internationaux chargés de l'application de la loi, comme le FBI, qui a perquisitionné des maisons en Floride cette semaine dans le cadre de l'enquête, retrouvent la trace de l'argent qui a financé l’assassinat. Les mercenaires colombiens qui ont été arrêtés, dit-elle, ne sont pas venus en Haïti pour "jouer à cache-cache", et elle veut savoir qui a payé pour tout cela.

Mme Moïse s'attend à ce que les enquêteurs suivent les traces de l'argent, remontent jusqu'à de riches oligarques haïtiens perturbés par les actions de son mari contre leurs contrats lucratifs, a-t-elle déclaré.

Mme Moïse a cité un puissant homme d'affaires haïtien, Réginald Boulos, qui pourrait se présenter à la présidence, comme quelqu'un qui avait quelque chose à gagner de la mort de son mari. Martine Moïse n’a cependant pas accusé Réginald Boulos, d'avoir ordonné l'assassinat.

M. Boulos et ses entreprises ont été au centre d'une action en justice intentée par le gouvernement haïtien, qui enquête sur des allégations de prêt préférentiel obtenu auprès du fonds de pension de l'État.

Dans une interview au New York Times, M. Boulos a souligné qu'un juge a ordonné le déblocage de ses comptes bancaires cette semaine, après qu'il a attaqué le gouvernement haïtien en justice. Il a insisté sur le fait que, loin d'être impliqué dans le meurtre, sa carrière politique se porterait mieux si M. Moïse était en vie - parce que la dénonciation du président était un élément central du programme de M. Boulos, selon le New York Times.

«Je n'ai absolument, absolument, absolument rien à voir avec son assassinat, même en rêve», a déclaré M. Boulos. «Je soutiens une enquête internationale forte et indépendante pour trouver qui a eu l'idée, qui l'a financée et qui l'a exécutée».

Martine Moïse n’a pas peur et envisage de briguer la présidence

Mme Moïse, selon le New York Times, a dit qu'elle voulait que les tueurs sachent qu'elle n'a pas peur d'eux. «Je voudrais que les gens qui ont fait ça soient arrêtés, sinon ils tueront tous les présidents qui prendront le pouvoir», a-t-elle déclaré. «Ils l'ont fait une fois. Ils le referont», a-t-elle prédit.

Martine Moïse a déclaré qu'elle envisageait sérieusement de se présenter à la présidence, une fois qu'elle aura subi d'autres opérations au niveau de son bras blessé. Elle a déjà subi deux opérations, et les médecins prévoient maintenant d'implanter des nerfs de ses pieds dans son bras, a-t-elle dit. «Le président Jovenel a eu une vision, dit-elle, et nous, Haïtiens, ne la laisserons pas mourir », a dit Martine Moïse, citée par le New York Times.

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