La première mission de Daniel Foote en Haïti a-t-elle été fructueuse ?

Publié le 2021-07-29 | lenouvelliste.com

Après avoir assisté aux funérailles de Jovenel Moïse au Cap-Haïtien vendredi dernier, en compagnie d’autres diplomates américains, l’envoyé spécial pour Haïti, Daniel Foote, a rencontré à Port-au-Prince, pendant le week-end, le Premier ministre Ariel Henry, des officiels du gouvernement ainsi que des personnalités de la société civile. Ancien chef de mission adjoint à Port-au-Prince, Daniel Foote connait très bien le pays et a profité de son passage pour discuter avec différentes personnalités avant de clore sa première mission. L’épineuse question de l’exécutif monocéphale a été au centre des discussions entretenues par l’envoyé spécial que ce soit avec le président du Sénat Joseph Lambert ou avec la délégation de la société civile, avons nous appris.

Qui convoquera le peuple dans ses comices à l’occasion des prochaines élections ? C’est la question adressée à Daniel Foote sur l’absence d’un président de la République. La nomination des directeurs généraux de l’administration publique, les difficultés de fonctionnement du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, l’insécurité et les élections ont également fait l’objet de débat lors des discussions.

 Conscient de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve le pays à la suite de l’assassinat de Jovenel Moïse, l’envoyé spécial s’est montré flexible, selon ses interlocuteurs haïtiens. En fin diplomate, Daniel Foote n’a ni rejeté ni appuyé la plupart des observations produites par ses interlocuteurs concernant le respect de la loi mère. Comment peut-on  évoquer l’application de la Constitution pour convoquer le peuple dans ses comices et pour nommer les directeurs généraux, alors que la formule par laquelle on va procéder  pour faire le choix du président de la République n’a aucun fondement constitutionnel ? Lorsque Marc Louis Bazin a été ratifié par les deux chambres du Parlement en juin 1992 comme Premier ministre en l’absence d’un président de la République, il avait nommé les directeurs généraux de l’administration publique et avait convoqué le peuple dans ses comices aux sénatoriales du 18 janvier 1993. La Constitution est d’application stricte quand on est dans un régime de droit.

 Le communiqué du 17 juillet du Core Group sur la conjoncture et le choix de l’administration Biden d’un envoyé spécial pour Haïti constituent deux actes qui justifient le poids de la communauté internationale dans la crise et la faiblesse des institutions haïtiennes sur l’échiquier politique. Les partis politiques et les organisations de la société civile vont-ils tirer les leçons de cette conjoncture pour mieux se préparer dans le futur ?

Après Lawrence Pezzulo en 1993, William Gray en 1994, Daniel Foote est le troisième envoyé spécial  d’un gouvernement américain en Haïti à la suite d’une crise politique qui menace l’effondrement total de l’Etat. Afin d’éviter de fragiliser l’ambassadeur américain en poste en Haïti, le gouvernement américain délègue un envoyé spécial avec des missions spécifiques. En qualité d'envoyé spécial de Bill Clinton dans la crise haïtienne en 1993, Lawrence Pezzulo n'avait pas digéré le volteface du bateau Allan County dans la rade de Port-au-Prince qui transportait des Marines le 11 octobre 1993 face à une démonstration de tirs d'armes automatiques des membres du Front pour l'avancement et le progrès d'Haïti (FRAPH). Les divergences profondes entre la CIA et le Département d'Etat sur ce dossier avaient poussé Pezzulo à la démission. Daniel Foote a-t-il bien compris les fondamentaux de la crise haïtienne avant et après l’assassinat de Jovenel Moïse ?

Saura-t-il rester dans les limites de l’ingérence américaine dans la crise haïtienne ?

Ne va-t-il pas mélanger son rôle d’envoyé spécial à celui d’acteur dans la crise haïtienne ?

lbonneau @lenouvelliste.com



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