Québec – Haïti : une coopération porteuse d’espoir

Publié le 2021-07-28 | lenouvelliste.com

Si le Québec garde en mémoire la précieuse contribution d’enseignants haïtiens durant les années de sa Révolution tranquille, Haïti lui porte de son côté une formidable reconnaissance, notamment au chapitre de la solidarité internationale.

La présence intégrée et l’implication visible de la communauté haïtienne depuis les années 1960 au pays des hivers sans fin ont du prix aux yeux du gouvernement québécois. « La communauté haïtienne du Québec, qui compte environ 150 000 personnes, est importante, influente et bien représentée sur le plan associatif», soulignent des représentants du  ministère des Relations internationales et de la Francophonie du gouvernement du Québec (MRIF). C’est une amitié mais aussi une complicité partagée entre les deux peuples. Mis à part d’être une terre d’accueil qui reçoit étudiants, travailleurs, visiteurs et réfugiés en provenance notamment d'Haïti, le Québec manifeste depuis plusieurs années un immense intérêt pour le peuple haïtien. »

Haïti est en effet le premier pays bénéficiaire des programmes de solidarité internationale du MRIF. Entre 2009 et 2020, 71 projets ont ainsi reçu un financement dans ce cadre, pour un investissement total de 12,4 millions de dollars, et cela, sans parler des multiples projets de développement initiés par des organismes associatifs ou religieux privés dans tous les coins et recoins de la Perle ternie des Antilles.

Des projets à portée multisectorielle

Pour l’année financière 2020-2021, une enveloppe de 1,2 millions de dollars a été allouée pour une dizaine d’activités novatrices et structurantes produisant des retombées concrètes dans les secteurs ciblés, tels que l’agriculture, l’économie, la culture, l’environnement, le transport, le développement durable, la santé et les services sociaux.

À cela s’ajoutent plus de 2,3 millions de dollars du Programme de coopération climatique internationale géré par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec, dont 321 618 $ pour l’implémentation du projet « Banane plantain, culture favorisant la transition vers des pratiques d’agroforesterie climato-intelligente dans le Nord-Est d’Haïti ».

Ce programme a débuté en octobre 2020 et court jusqu’à décembre 2023. Il est mené conjointement par l’organisme québécois Carrefour de solidarité internationale et l’Institut de recherche et d'appui technique en aménagement du milieu (IRATAM) en Haïti. Il vise, entre autres, à améliorer la sécurité alimentaire des populations vulnérables du Nord-Est d’Haïti et à permettre à la population rurale de la région de stabiliser ses activités économiques et ses revenus par la culture de la banane plantain, la plus rentable dans le département du Nord.

Une coopération basée sur une approche conjointe

Les programmes de solidarité internationale du Québec en Haïti privilégient une approche inclusive dans la mesure où les projets soutenus et financés valorisent les ressources locales dans leur élaboration, leur implémentation et leur évaluation. « Tous les projets de coopération ou de solidarité internationale soutenus sont réalisés en partenariat avec des organismes locaux haïtiens », lit-on dans un document du MRIF.

C’est le cas du projet conjoint de l’organisme québécois Alternative avec l’Association pour la promotion de la santé intégrale de la famille (Aprosifa), une organisation bénévole haïtienne qui travaille depuis une quinzaine d’années dans les bidonvilles situés au flanc du morne L’Hôpital. Ce projet, qui prend fin en novembre 2021, vise à accroître la viabilité des services de base offerts par l’Aprosifa au moyen de sa clinique et de son espace communautaire, de même qu’à améliorer la résilience des marchandes de Carrefour-Feuilles et leur capacité à se rétablir des restrictions économiques associées à la Covid-19.

Réalisé par l’organisme québécois Humanité & Inclusion (HI) et son partenaire haïtien Réseau associatif national pour l’intégration des personnes handicapées (RANIPH), le projet « Tout moun ladan l » portant sur l’autonomisation et l’émancipation des hommes et femmes handicapés dans les départements du Nord et du Sud-Est d’Haïti illustre aussi bien cette approche.

« Ce projet nous a été très utile dans la mesure où il a permis à des centaines de gens à mobilité réduite dans les communes de Jacmel, de Cayes-Jacmel, de Marigot et de Belle-Anse de bénéficier pendant 8 mois d’un appui financier et sanitaire important pour eux et pour leurs familles en vue de faire face aux impacts de la Covid-19», témoigne Jean Joseph Forgeas,  coordonnateur du RANIPH pour le département du Sud-Est, qui regrette toutefois que cette manne ait été de courte durée. 

Ce modèle de coopération, qui place les populations locales et bénéficiaires au centre du processus décisionnel dans la mise en place et l’exécution des projets, est très propice au développement local, estime Robinson Louigène, un jeune Haïtien établi au Québec, qui a longtemps travaillé dans le secteur des ONG en Haïti. « Nous avons vraiment besoin de ce type d’initiatives capables d’aider Haïti dans l'établissement d'une politique de développement », ajoute-t-il.

Bien que cette aide québécoise qui marie solidarité et bonnes pratiques soit une goutte d’eau dans un immense océan de besoins en Haïti, c’est tout de même une goutte porteuse d’espoir dans ce pays qui vit des situations extrêmement difficiles depuis ces  dernières décennies.

Jean Max St Fleur

stfleurjeanmax@gmail.com

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