Haïti dans la presse internationale : le président colombien assure que les mercenaires savaient qu'ils allaient tuer le président Moise

Publié le 2021-07-15 | lenouvelliste.com

La presse internationale continue de poursuivre la chasse aux informations pertinentes entourant le complot funeste ayant ôté la vie au président Jovenel Moïse une semaine plus tôt. Quant aux autorités colombiennes, elles s'activent à faire la lumière sur ce crime odieux. 

Un petit groupe de commandos colombiens était au courant du complot visant à assassiner le président d'Haïti, a déclaré jeudi le président colombien Iván Duque sur les ondes de la radio La FM en Colombie. Des propos que rapportent le Miami Herald précisant que le président Duque assure que son administration fournit de bonnes pistes dans l'enquête sur l'assassinat de son homologue haïtien, Jovenel Moïse.

« Tout porte à croire qu'un groupe important de personnes est arrivé en Haïti « à l'aveuglette », pris dans une mission de protection supposée et … un groupe plus petit avait apparemment des informations détaillées sur l'opération criminelle et l'intention de tuer le président d'Haïti », a mentionné Duque avant de révéler qu'un soldat – qui était présent en Haïti et est retourné en Colombie – a témoigné dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat.

Les révélations du président Duque sont arrivées le matin même où le chef de la police nationale colombienne, le général Jorge Luis Vargas Valencia, a tenu une conférence de presse tout aussi explosive. Les faits saillants de sa présentation ont été tweetés à partir de son compte Twitter.

Dans la matinée du jeudi 15 juillet, le directeur de la police colombienne, le général Jorge Vargas, lors d’une conférence de presse, a reconnu que deux ressortissants colombiens, Germán Rivera et Duberney Capador, ont participé à la planification de l'attaque contre le président Jovenel Moïse.

« Nous savons que les citoyens colombiens Germán Rivera et Duberney Capador ont participé à la planification et à l'organisation de ce qui était initialement une opération présumée visant à arrêter le président d'Haïti et pour cela, ils ont contacté plus de personnes dans notre pays », a déclaré le général Jorge Vargas, dans des propos relayés par le média colombien El Espectador.

Les deux Colombiens susmentionnés auraient contacté 21 compatriotes

« Nous n'avons aucune information sur des réunions ou des communications de politiciens haïtiens avec d'anciens militaires colombiens », a poursuivi le directeur de la police colombienne.

Le général Vargas a communiqué d’autres détails importants résultant de l’enquête menée conjointement par les autorités policières d’Haïti et de la Colombie. Rivera, selon l'enquête, avait reçu environ $ 50 000 US des États-Unis, avant le meurtre, et avec Duberney Capador, ils sont entrés en Haïti le 10 mai de l'année en cours depuis un poste frontalier en République dominicaine. Le montant aurait été destiné à l'organisation du voyage et les billets pour les Colombiens ont été achetés à Miami.

La police colombienne travaille actuellement pour identifier les personnes qui les auraient aidés à obtenir le visa.

Des rencontres de Sanon et James Solages (les deux Haïtiens impliqués dans le crime) avec Capador et Rivera ont été enregistrées, a expliqué Vargas.

Parallèlement, une information du New York Times, parue en date du 13 juillet dernier à la fois dans les sections anglaise et espagnole du site web du média américain, révèle un peu plus de détails sur le recrutement des militaires colombiens.

À en croire le New York Times, ces messieurs ont été recrutés via un SMS disant ceci : « La proposition est la suivante : il y a une entreprise américaine qui a besoin de personnel des forces spéciales, de commandos expérimentés, pour effectuer un travail en Amérique centrale. »

« Nous allons aider au redressement de ce pays en termes de sécurité et de démocratie, a poursuivi le recruteur, exhortant les hommes à se mettre en forme « Nous allons être des pionniers », a-t-il ajouté.

La plupart de ces ex-militaires, selon le New York Times qui a examiné les SMS de l'opération de recrutement et interrogé une douzaine d'hommes, ont été contactés dans les mois qui ont précédé la mort de Jovenel Moïse par un groupe d'hommes d'affaires, certains basés aux États-Unis. Certaines recrues ont été induites en erreur sur le projet dans lequel elles s'embarquaient et les promesses de verser des milliers de dollars n'ont pas été tenues.

À travers des messages WhatsApp qu'ils ont ensuite partagés avec le Times, des vétérans colombiens ont expliqué que les recruteurs leur avaient dit qu'ils allaient combattre des gangs afin d'améliorer la sécurité, de protéger les dignitaires et la démocratie et d'aider à reconstruire Haïti.

En lieu et place de la mission noble promise par le recruteur contre un salaire compris entre 2 500 et 3 500 dollars par mois, 18 membres de cette troupe sont détenus par les autorités haïtiennes, soupçonnés d'être liés à un complot visant à assassiner le président Jovenel Moïse. Trois des hommes sélectionnés par le recruteur ont été tués.

Pour le New York Times, il semble que Capador, l'un des Colombiens tués après l'attaque contre le président, n'était qu'un pion dans un complot plus vaste. Au centre de l'enquête des autorités colombiennes, Rivera a eu des contacts avec Intriago, le propriétaire de CTU, la société de sécurité basée en Floride, et James Solages, un Haïtiano-Américain détenu en lien avec la mort du président. Intriago n'a pas répondu aux multiples demandes de commentaires du Times. Contrairement au gouvernement américain qui a nié toute implication dans le complot.

Plus loin, le Times ne s’explique pas les fréquentes escales du chef de la sécurité du Palais national, Dimitri Hérard, effectuées à Bogotá au cours des mois qui ont précédé l'assassinat. Dimitri Hérard a traversé Bogota six fois cette année en direction d'autres pays d'Amérique latine, passant au moins deux jours dans la capitale colombienne, a déclaré le ministre colombien de la Défense lors d'une conférence de presse tenue lundi dernier.

 Dimitri Hérard a récemment été placé en garde à vue. Selon Carl Martin, l’associé de Hérard, qui coordonne son équipe de défense juridique, le chef de l'Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN) a été interrogé mercredi au bureau de l'inspecteur général, puis transféré dans un commissariat de Port-au-Prince.

Après s’être entretenu avec Hérard mercredi soir, Carl Martin a déclaré à CNN que la police a fait savoir à Hérard que la décision de sa détention « venait d'en haut » précisant que la police a emporté les armes à feu et le téléphone portable de Hérard et qu'il a pu lui parler via le téléphone d'un autre policier.

La Police nationale d'Haïti n'a pas répondu à la demande de commentaires de CNN.

Dimitri Hérard espère « qu'il y aura une enquête équitable » maintenant que des instances internationales, dont Interpol et le FBI, sont impliquées, a déclaré Martin, ajoutant que: «Son travail est politique, qu'il a beaucoup d'opposants politiques ».

 Sources combinées 



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