Le président Jovenel Moïse assassiné en sa résidence privée

Le président Jovenel Moïse a été assassiné en sa résidence privée à Pèlerin 5 (dans les hauteurs de Pétion-Ville), tôt mercredi 7 juillet, par un commando, selon les déclarations des officiels de son gouvernement. La première dame Martine Moïse a été blessée par balle au cours de l’attaque. Elle a été transportée dans un hôpital à Port-au-Prince puis transférée dans un hôpital à Miami, en Floride (USA). Si le président Moïse a été criblé de balles, la première dame a été blessée par balle au bras, à la main et à l’abdomen.

Publié le 2021-07-09 | lenouvelliste.com

Le Premier ministre Claude Joseph a été le premier à confirmer l’assassinat du président. « Vers une (1) heure du matin, dans la nuit du mardi 6 au mercredi 7 juillet 2021, un groupe d’individus non identifiés, dont certains parlaient l'espagnol, ont attaqué la résidence privée du président de la République et blessé mortellement le chef de l’Etat. Blessée par balle, la première dame prend les soins que nécessite son cas », lit-on dans un communiqué tôt mercredi matin.

« Condamnant cet acte odieux, inhumain et barbare, le Premier ministre a.i, le Dr Claude Joseph, et le CSPN appellent la population au calme. La situation sécuritaire du pays est sous le contrôle de la Police nationale d’Haïti et des Forces Armées d’Haïti. Toutes les mesures sont prises afin de garantir la continuité de l’Etat et protéger la Nation. La démocratie et la République vaincront », a ajouté le communiqué.

Selon le constat légal, Jovenel Moïse a été criblé de balles. « Nous avons constaté douze orifices sur le corps du président », a confié au Nouvelliste le juge de paix suppléant de Pétion-Ville, Carl Henry Destin, en fin d’après-midi du mercredi 7 juillet. « Le bureau et la chambre du président ont été saccagés. Nous l’avons trouvé allongé sur le dos, pantalon bleu, chemise blanche maculée de sang, la bouche ouverte, l’œil gauche crevé. Nous avons vu un impact de balle au niveau de son front, un dans chaque mamelon, trois à la hanche, un à l’abdomen », a détaillé le magistrat, soulignant « avoir observé 12 orifices faits à l’arme de gros calibre et avec des projectiles 9 mm ».

Le juge de paix a confirmé que personne de la résidence présidentielle n’a été touché par balle, à l’exception de la première dame. Jormalie Moïse, la fille du couple présidentiel, qui était présente au cours de l’attaque, s’était cachée dans la chambre de son frère. La servante et le garçon de service ont été ligotés par les membres du commando qui ont crié « DEA operation » au moment de pénétrer dans la propriété, a poursuivi le juge, citant des témoins. « Beaucoup de douilles de 5,56 et de 7,62 millimètres ont été retrouvées entre la guérite et l’intérieur de la résidence », a souligné le juge Carl Henri Destin.

Un commando de 28 assaillants a tué le président, selon la police

Selon le directeur général de la Police nationale d’Haïti, Léon Charles, un commando de 28 assaillants, 26 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne, a mené l’attaque contre la résidence privée du président. « Nous avons intercepté 15 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne. Trois Colombiens ont été tués alors que huit autres sont en cavale. Les armes et le matériel utilisé par les malfrats ont été récupérés. Nous allons renforcer nos techniques d’enquête et de recherche afin d’intercepter les huit autres mercenaires », a indiqué Léon Charles lors d’un point de presse, jeudi 8 juillet.

11 des 17 mercenaires arrêtés par les forces de l’ordre s'étaient réfugiés à l'ambassade de Taïwan à Pétion-Ville où se trouvait la « planque » des membres du commando. « L’ambassade de la République de Chine (Taïwan) en Haïti a appris le jeudi 8 juillet 2021 au matin que la police haïtienne entend entrer dans l’ambassade pour poursuivre les suspects », lit-on dans un communiqué de l'ambassade de Taïwan.

« L’assassinat cruel et barbare de SEM président Jovenel Moïse est un événement international majeur et a choqué complètement le monde entier. Taïwan, en tant qu’un membre responsable de la communauté internationale, un ami fidèle de longue date et un partenaire crédible de la République d'Haïti, son ambassade donne l’accord sans désemparer à la police haïtienne et l'autorise à mener une opération de perquisition afin de faire preuve de justice et de dévoiler la vérité sur l'incident au plus vite », poursuit le communiqué.

Selon l’ambassade de Taïwan, qui salue « la réaction rapide des autorités haïtiennes et promet de continuer à travailler au côté du peuple haïtien », « la police a lancé une opération vers 16 heures et a arrêté avec succès 11 suspects. Le processus s'est déroulé sans heurts. La police haïtienne (PNH) les a emmenés pour interrogatoire ».

Sept présumés mercenaires tués

L’opération policière s’est soldée par la mort de sept mercenaires, selon les autorités. Aucun policier haïtien n’a été en revanche tué ni blessé. La PNH indique avoir récupéré des armes, des munitions et d’autres objets, dont le serveur de la caméra de surveillance de la résidence du président et son chéquier personnel.

Le juge de paix suppléant de Pétion-Ville, Clément Noël, interrogé par Le Nouvelliste, a confié avoir verbalisé, jeudi 8 juillet, les corps sans vie de deux présumés mercenaires, deux Colombiens, Mauricio Javier Romeo Medina et Duberney Capador Giraldo, à la rue Pinchinat, à Pétion-Ville. 5 armes à feu, dont 2 pistolets 9 millimètres, des cartouches de calibre 5,56 millimètres, le serveur de la caméra de surveillance de chez le président Jovenel Moïse, un chéquier de la Banque nationale de crédit (BNC) au nom de Monsieur et Madame Jovenel Moïse, une vingtaine de sacs, des haches, des pinces coupantes, des vêtements, de la nourriture et de l’argent, 109 billets de 20 dollars US, un lot de 100 billets de 100 dollars US, un lot de 99 billets de 100 dollars US et un lot de 100 billets de 100 US, 100 billets de 50 dollars US, 32 billets de 100 dollars dans un gilet pare-balles, deux plaques de véhicule de location et le contrat de location de véhicule fait avec Avis le 6 juillet, des téléphones cellulaires entre autres, a confié le magistrat Clément Noël, qui a auditionné et ordonné la garde-à-vue de James Solages et de Joseph Vincent.

Concernant ces deux derniers cités, « ils ont dit qu’ils étaient des traducteurs. La mission était d’arrêter le président Jovenel Moïse, dans le cadre de l’exécution d’un mandat d’un juge d’instruction et non de le tuer », a indiqué le juge de paix, citant les déclarations de James Solages et de Joseph Vincent. Interrogé sur le commanditaire de cette mission, James Solages a indiqué avoir « trouvé ce job sur Internet », a rapporté le juge Clément Noël. James Solages a indiqué qu’il était en Haïti depuis un mois. Il vivait à Pétion-Ville. Quant à Vincent Joseph, il est en Haïti depuis six mois. Ce dernier a indiqué qu’il habitait à Frères. « Les mercenaires étaient en Haïti depuis environ trois mois », a révélé James Solages, cité par le juge de paix Clément Noël.

Le corps d’un autre présumé mercenaire a été constaté, le même jeudi, à la rue Sténio Vincent, à Pétion-Ville par le juge Fidélito Dieudonné. « Blessé, il est entré dans une maison et a grimpé sur le toit. Il s’est vidé de son sang et est mort. J’ai constaté que sa dépouille était raide », a confié le juge Fidélito Dieudonné au journal. Le juge Dieudonné a indiqué qu’au nombre des mercenaires, figuraient quatre Colombiens. Ils sont arrivés en Haïti le 6 juin 2021 en passant par la République dominicaine. « Ils ont tous les mêmes bottes », a observé le juge de paix Fidélito Dieudonné.

Les responsables de sécurité du président sous enquête

Le commissaire du gouvernement a.i. du tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Bed-Ford Claude, a indiqué avoir « donné à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) délégation de pouvoir afin d'auditionner tous les agents de sécurité rapprochés du président Jovenel Moïse. « J'ai aussi lancé deux invitations les mardi 13 et mercredi 14 juillet afin d'auditionner le commissaire divisionnaire Jean Laguel Civil, coordinateur de la sécurité du président Jovenel Moïse, et Dimitri Hérard, responsable de l'Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN) », a confié jeudi au Nouvelliste Me Bed-Ford Claude. « Ils sont les responsables de la sécurité du président. Avec le juge de paix, j'ai passé une journée dans la résidence du président. Je n'ai constaté aucun policier victime, sinon le président et son épouse. Si vous êtes responsables de la sécurité du président, où étiez-vous? Qu'avez-vous fait pour éviter ce sort au président ? », s’est demandé le chef du parquet.

« Depuis hier (NDLR: mercredi 7 juillet 2021), j'ai demandé au commissaire Jean Laguel Civil la liste de tous les agents de sécurité présents dans la résidence du président. Jusqu'à présent, il ne me l'a pas encore envoyé. Je dois l'avoir. Ils doivent me dire où ils étaient », exige le chef du parquet de Port-au-Prince.

Le commissaire du gouvernement a aussi demandé à l'Inspection générale de la police de mettre à la disposition de la justice, le mardi 13 juillet, l'inspecteur Paul Eddy Amazan, responsable du Cat Team, et le commissaire Léandre Pierre Osman, responsable de l'Unité de sécurité du palais (USP).

Dauphin de l’ex-président Michel Martelly, Jovenel Moïse était devenu le 58 e président de la République, le 7 février 2017, après une campagne électorale d’environ 22 mois, au cours d'élections contestées par une frange de la classe politique. Depuis sa prise de pouvoir, le pays vit au rythme de crises politiques. Le défunt, originaire de Trou-du-Nord (Nord-Est d’Haïti), père de trois enfants, est décédé tragiquement à 53 ans.

Valéry Daudier

Roberson Alphonse

Robenson Geffrard

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