L’Afrique peut repartir du bon pied

Publié le 2021-06-14 | lenouvelliste.com

Samedi 27mars 2021, à « Éco d’ici, éco d’ailleurs », magazine hebdomadaire animé par Jean-Pierre Boris sur Radio France Internationale, Carlos Lopes était son invité. Il vient de publier un ouvrage intéressant « L’Afrique est l’avenir du monde », sous-titre : Repenser le développement, éditions du Seuil. Paru initialement en anglais et maintenant traduit en français par Cyril Le Roy. L’auteur fait le constat de l’échec des politiques économiques imposées aux pays africains par les institutions financières internationales. D’une remarquable lucidité, il analyse les raisons pour lesquelles l’Afrique ne parvient pas à sortir du carcan du sous-développement. Prenons la RDC, République démocratique du Congo, gorgée de ressources minières. Les multinationales exploitent ces ressources avec avidité, mais les populations locales baignent dans le dénuement. La richesse du sous-sol n’est d’aucun effet positif sur les conditions de vie de la grande majorité des Congolais et Congolaises.

Un reportage sur l’ambition d’industrialisation de l’Éthiopie a ponctué le déroulement du magazine. Les perspectives seraient encourageantes, les investisseurs y placent leurs capitaux. Sous quelle forme ? L’implantation d’usines de la sous-traitance. Ils y accourent avec empressement d’autant que la main-d’œuvre est bon marché. Très bon marché : 26 euros par mois. Ils bénéficient d’avantages fiscaux considérables sous forme d’exemptions, d’exonérations s’étendant sur dix ans.

Mais, fait remarquer Carlos Lopes, au bout de dix ans ces industriels étrangers plient bagages et vont s’installer ailleurs, pour encore jouir d’avantages fiscaux et de main-d’œuvre au salaire dérisoire. Raison pour laquelle l’ancien secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies croit plutôt dans l’agriculture, le développement des filières : cacao en Côte d’Ivoire…, de meilleurs prix pour les matières premières. Il préconise la prise en charge de l’investissement industriel et agricole par les Africains eux-mêmes. Sans quoi, les retombées seront toujours nulles.

Il ne cache pas sa déception, son amertume pour la façon dont le FMI s’est lourdement trompé avec l’imposition du capitalisme néo-libéral aux pays en développement. Il identifie le manque de transformation structurelle, partant le manque de transformation industrielle. Davantage qu’un jeu de mots. Puisque l’orientation industrielle prise a abouti à des résultats peu encourageants. Ce n’est pas anodin que le sous-titre « Repenser le développement ». Dans le temps, un publiciste avait fait sensation avec l’essai « L’Afrique a besoin d’un ajustement culturel ». Le Hongrois Timor Mende publia « De l’aide à la recolonisation », ouvrage saisissant. D’autres auteurs sur l’échec de l’ajustement structurel, en réalité sur le suivisme que devaient emprunter les pays insuffisamment développés avec la vulgate néo-libérale. On croyait que tout avait été dit sur le sujet, on s’aperçoit plutôt qu’il reste brûlant. À preuve : la publication dans une édition londonienne du livre de Carlos Lopes « L’Afrique est l’avenir du monde » dont la traduction française sort aux Editions du Seuil. L’optimisme de l’auteur est clairement affiché puisqu’il croit en la virginité du continent africain. Que les Africains pensent à leur développement et savent ce qui est bon pour eux. Jean Ferrat chantait « La femme est l’avenir du monde », Carlos Lopes vient de s’inspirer de ce titre pour réaffirmer sa profession de foi dans le destin africain. Avec à-propos, Jean-Pierre Boris amène l’auteur à un tour d’horizon sur l’Afrique sévèrement frappée par la récession depuis 25 ans, à livrer son sentiment sur bien des points à la lumière de la crise de la COVID-19.

Énumération partielle de ces sujets d’actualité :

L’industrialisation sans bénéfices pour les locaux en Éthiopie. La trop grande dépendance énergétique de l’économie malienne. L’aplatissement de l’activité des petites et moyennes entreprises en RDC depuis la pandémie. De meilleures rentes pour les matières premières : cacao en Côte d’Ivoire et filière hévéa, toujours en Côte d’Ivoire (….) La pauvreté extrême en RDC malgré que le sous-sol regorge de cobalt et de coltane. L’Éthiopie avec son café …

Avec fébrilité, on attend à Port-au-Prince l’arrivée, par une voie ou un autre, de ce percutant essai pour s’en imprégner et se l’approprier. Et partager les idées fortes et pertinentes y contenues. Au micro de Radio France Internationale, Carlos Lopes donne au lecteur, à la lectrice un avant-goût et aiguise déjà son appétit.

                                                                                                                                Jean-Claude Boyer

                                                                                                                                Dimanche 28 mars 2021

Jean-Claude Boyer
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