In memoriam, “Tony Denis a tout donné"

Publié le 2021-06-10 | lenouvelliste.com

Coordonnateur départemental de la Direction de la protection civile (DPC), cofondateur et ancien président de l’Association des anciens élèves du lycée Capois-La-Mort de Ouanaminthe (AELCO), fondateur de Génie Préfac, visionnaire, homme énergique et engagé, Tony a tout donné à la communauté ouanaminthaise, dans le département du Nord-Est et au secteur de gestion des risques et des désastres (GRD) du pays. Paradoxalement, il est parti par manque d’accès aux soins de santé. L’association AELCO retient que le cheminement héroïque de Tony est un modèle à suivre pour les nouvelles générations.

Né le 4 janvier 1974 à Ouanaminthe, Tony Denis émanait de la couche populaire pour culminer à la strate résiliente de la classe moyenne haïtienne. Il avait débuté ses études classiques en 1980 au collège Georges Muller, puis au lycée Capois-La-Mort de Ouanaminthe où il avait obtenu son baccalauréat en 1997. Comme plusieurs camarades de cette époque, Tony avait quitté sa ville natale pour faire ses études universitaires à l’École Moyenne d’Agriculture (EMA) de Damien et, ensuite, à la Faculté de droit et des sciences économiques où il avait décroché, en 2005, une licence en économie.

Tony était souvent tiraillé entre quitter son pays et sa passion de servir, sa fougue de vaincre les défis et son leadership à concilier les intérêts aux fins de défendre les desiderata de la classe de sa provenance. Il a connu un parcours héroïque et a tout donné en passant par l’être, comme par l’intellect avant de transiter le 25 mai 2021.

Sa carrière professionnelle avait commencé à Mare-Rouge au rang de technicien agricole. Par ses performances, son assiduité et son professionnalisme, Tony avait été promu au rang de coordonnateur de projets au ministère de l’Environnement (MDE) en 2004. Malgré des difficultés croissantes, il chérissait toujours de vivre en Haïti et travailler au niveau régional. Parce qu’il croyait fermement que la croissance économique de notre pays proviendrait du capital humain formé et du renforcement des chaines de valeur de l’économie rurale. Pour participer plus activement au développement de son pays, il avait accepté en 2008 le poste de coordonnateur départemental de la Direction de la protection civile (DPC) du Nord-Est et l'avait exécuté jusqu'à sa mort.

De là, Tony s’était impliqué à plusieurs plans. Son but était de ramener le département du Nord-Est de son abyssal par sa participation active dans la sensibilisation des élites régionales pour constituer une masse critique de citoyens(ennes) avisés en vue de promouvoir le développement économique et social de son pays. Pour y arriver, il voulait que la DPC soit à l’écoute des communautés urbaines et rurales. Il participait à l’encadrement des jeunes en leur facilitant l’accès au préfac pour combler leurs lacunes, être compétitifs et pour accéder à l’université. Il était l’un des pionniers à la création de AELCO, entité d’agrégation des lycéens dispersés à travers le monde pour supporter les efforts de modernisation que cherchent à réaliser les dirigeants du lycée Capois-La-Mort de Ouanaminthe, son alma mater.

En effet, au niveau de la DPC, Tony planifiait les activités et mobilisait les fonds nécessaires à leur exécution. Il anticipait et gérait les potentiels conflits parce qu’il devait communiquer en tout temps les changements opérés et le nouveau comportement à adopter aux fins de renforcer la résilience des communautés urbaines et rurales. Il devait, en amont, coordonner les différents paliers de gouvernance départementale et assurer l’interface vis-à-vis de celle-ci à l’échelle nationale. C’était à lui et son équipe de concilier les angles et de trouver les ressources qu’il fallait pour apaiser les pressions populaires au niveau du Nord-Est. Il cherchait loyalement la satisfaction de tous, il était collaboratif et respectueux envers tout le monde. Il était empathique et cultivait la passion de servir et d’être utile au développement de son pays. Les différents membres des comités communaux (CCPC) et locaux (CLPC) de protection civile du Nord-Est se souviennent des rapports de confiance qu’il a développés avec eux dans la préparation et la réponse aux catastrophes. Ils ont du mal à croire que ce collaborateur tant apprécié est emporté dans ce contexte de pandémie.

Tony croyait fermement que la masse critique du capital humain bien formé est le fondement de tout développement. Ainsi, il mettait sur pied, avec ses contemporains, Génie Préfac pour encadrer des postulants,  notamment ceux venus du Nord-Est en vue de leur permettre d'accéder aux universités de Port-au-Prince. Il avait donc fait montre de son engagement social et de son attachement à son pays. D’ailleurs, il a été lui-même et sa famille victimes d’une attaque d'un gang armé sur la route nationale numéro 1, non loin de Pont-Sondé. Son fils et lui-même avaient reçu des projectiles. Malgré cela, Tony avait refusé de quitter Haïti pour aller vivre ailleurs. « Il disait souvent que l’homme doit vivre là où il est utile à ses semblables qui avaient contribué à son ascension sociale ». Tout le monde aime le côtoyer, témoigne toujours son altruisme et son désintérêt à venir en aide aux camarades, collègues et aux jeunes désireux de poursuivre leurs études. Il nouait donc un attachement soutenu aux communautés du Nord-Est.

En 2016, Tony était parmi les 10 premiers initiateurs de AELCO à proposer des objectifs et des orientations. Il y avait occupé diverses fonctions: conseiller en 2020, président en 2018 et vice-président en 2017. On l’appelait souvent l’homme énergique, l’homme à tout faire, l’homme en tout lieu et c’était également l’homme qui avait tout donné : sa maison, ses véhicules, son matériel personnel, son argent, son temps, sa présence, etc. Tout ce qu’il possédait était au service de AELCO aux fins de servir le bien commun et d’être utile à la communauté. Ainsi, Tony avait tout donné à sa famille, à AELCO, à la DPC, aux jeunes du Nord-Est et au pays en général à travers sa contribution dans la gestion des risques et des désastres naturel.

Tony parlait toujours aux jeunes de ses origines, ses manquements et ses succès. Il était le symbole d’un homme modeste, loyal, assidu, altruiste, infatigable, plaisant, bienveillant, compétent, intègre, désintéressé, dynamique et respectueux des autres et de son environnement. Il était un rude travailleur, un leader et un « potomitan » qui avait le sens du devoir et des responsabilités tant envers sa famille que son pays. Il était animé d’un esprit d’équipe, d'un héroïsme exceptionnel, d'une force de caractère particulière, d’un sens de partage et d'humour extraordinaire. Il était passionné, et ceci, sans faille, du bien commun.

Néanmoins, malgré sa contribution au développement de son pays, il était victime de la défaillance des infrastructures sanitaires ne pouvant pas lui offrir des soins que nécessitait son cas. Hélas ! Il a tout donné mais n’a pas pu recevoir le minimum qu'il méritait.

En définitive, la valeur d’un homme réside non pas dans sa capacité de se mesurer à un autre, mais dans sa capacité à reconnaître, qu’en dépit de toutes les différences, les liens humains qui nous unissent sont les plus forts et surpassent tout ! Tony était à l’aune des hommes, qui, en présence de son capital social, avait un enchantement inouï pour célébrer la vie à la rencontre de ses semblables et renouer ses liens d’amitié.

Les grands hommes ne nous quittent pas. Ils ne partent jamais. Leurs âmes immortelles transcendent le temps. Leurs œuvres éclairent longtemps le chemin des générations futures et leur servent de guide.

Tony restera dans notre mémoire à travers ses œuvres!

Qu’il traverse en paix!

Edex TIDE

Ingènieur-agronome, économiste, MBA- Finance

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