Les incidences de la Covid-19 sur le commerce des PMA

Publié le 2021-06-07 | lenouvelliste.com

L’organisation mondiale du commerce (OMC), même au pic de la pandémie de la Covid-19, a continué de suivre l’évolution du commerce multilatéral dont elle est la responsable. En ce sens, elle a publié des notes d’information au nombre desquelles une a été consacrée aux flux commerciaux des entités en mal de développement, les pays les moins avancés (PMA). Celle-ci d’une douzaine de pages porte le titre : « la pandémie Covid-19 et les faits nouveaux liés au commerce dans les PMA» paru en juin 2020. Nous nous proposons de mettre sous vos yeux quelques grandes lignes esquissées par les experts de l’institution.

En effet, la pandémie Covid-19 a bouleversé toutes les structures publiques et privées. Aucune économie n’est épargnée, quelle que soit sa taille. Cependant, l’organisation mondiale du commerce a fait le constat, en ce qui concerne les PMA, que le manque de ressources pour soutenir la reprise économique est aggravée par la dépendance de ces derniers  à l’égard d’une gamme limitée de produits  exportés vers quelques marchés dont certains figurent parmi les plus touchés par la flambée de la Covid19. Cette pandémie menace de compromettre les gains en matière de développement durement acquis  dans le PMA.

L’année 2020, dit le document, a débuté sur fond de résultats commerciaux médiocres de 2019. Avant la pandémie, les exportations de marchandises  des PMA ont diminué de 1,6% en 2019 par rapport à l’année 2018, tandis que les exportations mondiales correspondantes ont diminué de 1,2%. En outre, la part des PMA dans les exportations mondiales était de 0,91% en 2019, ce qui représente une légère baisse de 0,92% par rapport à 2018 .Toujours selon la note, leur balance commerciale a encore progressé pour atteindre 113 milliards de dollars en 2019 contre 97 milliards de dollars en 2018. La part des PMA  dans les exportations mondiales de marchandises  était estimée à 0,99% en 2019, tandis que leur part dans les exportations mondiales de services était de 0,68%.

  Au début de la pandémie Covid-19, (nov. /déc. 2019 en Chine et de janvier 2020 à nos jours pour le monde) les PMA, a fait remarquer l’OMC, participaient de façon marginale au commerce mondial, et la chute brutale du commerce mondial aura probablement une incidence colossale sur tous les exportateurs de ces pays.

D’après la note d’information de l’OMC, les PMA qui dépendent des recettes du tourisme ont vu le secteur arriver à une paralysie presque totale. De plus, avec le départ les travailleurs migrants des PMA des pays d’accueil touchés par la pandémie, le flux de transferts de fonds, source essentielle de devises pour de nombreux pays se sont taries. Il est estimé dans le rapport que les envois de fonds vers les PMA représentaient en moyenne 7% du produit intérieur brut en 2019. Et plus loin, il avance que les flux entrant de ces envois de fonds dans les dix (10) PMA qui en reçoivent le plus représentaient 44,84 milliards cette même année 2019.

La plupart de PMA sont des pays en développement importateur net des produits alimentaires et savaient que leur sécurité alimentaire pourrait être menacé au temps de la Covid-19 en particulier lorsque les restrictions à l’exportation sont imposées par leurs principaux fournisseurs. En tant que groupe, les PMA avaient publié un communiqué dans lequel ils demandent  aux pays non PMA (émergents, développés) de s’abstenir d’imposer des prohibitions ou restrictions à l’exportation des produits médicaux et alimentaires et de faciliter les courants d’échanges concernant les produits à usage domestique pour ces derniers, y compris la mise en œuvre effective des dispositions de l’accord de l’OMC sur la facilitation des échanges relatives au transit. L’accord sur la facilitation des échanges, le dernier né du droit de l’OMC est entré en vigueur en  février 2017. Cependant, cet accord ne s’applique qu’aux membres qui l’on accepté.

L’un des plus grands problèmes des PMA, c’est de ne pas pouvoir diversifier leur marché, ce qui les rend encore plus vulnérables face à la baisse de la demande liée à la Covid-19. Ces exportations sont concentrées sur quelques marchés, a révélé l’institution.  (la  Chine, la France, l’Allemagne, l’inde, l’Italie, l’Espagne, le Royaume unis, les États-Unis) Et voici une illustration pour l’année 2018 : l’Angola a exporté environ 57% de ses marchandises vers la Chine, le Bénin environ 41% vers l’Inde, le Burkina Faso 54% vers la Suisse, Haïti 82% vers les États-Unis, et le Rwanda 65 % vers les Émirats arabes unis.

Cependant, les importations des économies en développement et celles de l’Asie jouent un rôle plus important en tant que fournisseurs des PMA. La note a révélé que les chaines d’approvisionnement de ces économies ont été perturbées, ce qui a eu une incidence sur les exportations des PMA en provenance de ces pays.

LOMC  a prévu que la pandémie touchera gravement les PMA qui dépendent des services de voyage et ce secteur représentait près de la moitié, soit 48,3% des exportations totales des services  commerciaux des PMA en 2019 contre seulement 24% pour ce qui est des exportations mondiales. L’exemple en chiffres des exportations de services de quelques PMA est patent suivant la note : Népal (93%), Tanzanie (93%), Haïti (91%), Angola (87%), Cambodge (82%), République démocratique populaire du Laos (81%), Vanuatu (81%), Zambie (81%), Timor-Leste (80%). L’organisation mondiale du tourisme a estimé que les arrivées de touristes internationaux  auraient diminué de 20 à 30% en 2020, ce qui se traduirait par des pertes  de 300 à 450 milliards de dollars en termes de recettes touristiques.

 Pour se relancer, écrit dans le document, un grand nombre de PMA ont adopté des procédures d’importation et certains ont établi des exemptions pour les droits de douanes, ou ont réduit ces droits visant les importations de produits essentiels y compris les matériels médicaux. Une autre dimension des mesures adoptées est l’aide sociale et les programmes de transfert en faveur des couches les plus vulnérables par des indemnités de subsistance, de distribution de produits alimentaires et la réduction des factures de l’eau et de l’électricité.

Les institutions internationales de leur côté ont tenté d’apporter des réponses appropriées pour faire face à la Covid19. Ainsi, en avril 2020, les ministres des finances du G20 avaient publié un communiqué qui inclut une « initiative de suspension du service de la dette pour les pays les plus pauvres» visant à aider les PMA et les autres pays admissibles au soutien de l’association internationale de développement (IDA), un groupe la banque mondiale.Les remboursements de la principale dette et les paiements des intérêts ont été suspendus temporairement du 1er mai 2020 à décembre de la même année. Cependant, cela nécessite certains engagements des pays bénéficiaires. Ne sont-ils pas toujours présents, le principe de l’engagement, lorsqu’il s’agit d’argent? Au mois de mai 2020, souligne dans le document, 60% des PMA avaient bénéficié au moins de l’une des quatre catégories de ces programmes. Le montant total de soutien d’urgence par le FMI aux PMA a dépassé les 5 milliards de dollars sous la forme des droits de tirages spéciaux, lit-on dans la note.

La banque mondiale, quant à elle, s’était  engagée à verser 160 milliards de dollars pour lutter contre la pandémie, près d’un tiers étant destinés à des pays admissibles au bénéfice de l’IDA. Près de 700 millions de dollars ont été alloués aux PMA pour des projets de préparation et de réponse à la Covid-19 dans le cadre du mécanisme de financement accéléré pour la lutte contre cette pandémie. Dans la même lignée, 200 millions de dollars étaient prévus dans le cadre du mécanisme d’urgence en cas de pandémie aux pays admissibles à bénéficier de l’IDA. La société financière internationale (SFI) avait annoncé l’allocation de 14 milliards pour soutenir les systèmes de santé, 6 milliards pour les entreprises et les moyens de subsistances des pays en développement (8 milliards) dont 40 % du montant est dédié aux entreprises des PMA et d’autres pays admissibles à bénéficier de l’IDA. Selon les rapporteurs, l’objectif central de ce soutien était de fournir un accès aux fonds de roulement et au financement du commerce.

Depuis une année, à cause de  la Covid-19, le commerce mondial a pris un grand coup. Particulièrement celui des PMA. Les échanges étaient presque au point mort. Aujourd’hui, les choses vont mieux. Les circuits recommencent à fonctionner.  Cependant, cette pandémie a révélé les limites, la fragilité de l’économie de marché mondialisé et un système de santé publique en panne, malade. Elle a basculé l’économie dans une récession. Bien heureusement, les institutions internationales faisaient bonne garde pour empêcher toute tentative ou velléité au retour du protectionnisme  pendant que tout le monde avait besoin du concours de l’autre.                                                                                                    

Smith Nicolas Kreyol5@yahoo.f
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