Pourquoi l’inclusion financière est-elle importante?

La chronique d’aujourd’hui s’inspire de celle de Jesús Geraldo Martínez publié le 25 mars 2021 sur www.acento.com.do. L’auteur soutient que l'accès aux services financiers détient le potentiel d'améliorer la qualité de vie des gens et qu’ils pourraient être considérés comme une condition essentielle pour réduire la pauvreté et la vulnérabilité de larges secteurs de la population.

Publié le 2021-06-07 | lenouvelliste.com

L'inclusion financière peut être définie comme «l'accès à divers produits et services financiers de qualité» pour tous les segments de la population. Cela implique un accès formel aux produits de crédit, aux assurances, aux comptes d'épargne, au système de retraite et de paiement, ainsi qu'à l'éducation financière et à la protection des utilisateurs ou des consommateurs. Cette définition suggère que les particuliers et les entreprises aient accès à une gamme de produits et services financiers offerts à un prix raisonnable et de manière responsable et qui sont utilisés efficacement. L’utilisation efficace de ces produits et services suppose un niveau relativement élevé de littératie financière. Or, même dans les pays occidentaux avec un taux de scolarisation très élevé, le niveau de littératie financière demeure assez faible. 

Selon les statistiques de la Banque mondiale, la moitié de la population adulte mondiale n'a pas accès aux services financiers formels. Environ 2,5 milliards de personnes n'utilisent pas les services financiers formels et 75% des pauvres n'ont pas de compte bancaire. Ce qui fait dire à certains observateurs que l'inclusion financière s’avère alors essentielle pour réduire la pauvreté et stimuler la prospérité. Il ne faut pas cependant limiter l’inclusion à l’ouverture d’un compte en banque. Même si en dehors de ce compte, il est quasiment impossible de parler d’inclusion financière, il faudrait que le secteur bancaire donne l’accès à des services et produits financiers susceptibles de créer de la richesse. Cela ne concerne pas uniquement les banques mais toute une politique publique de la ^part de l’État.

L'inclusion des pauvres dans le secteur formel des services financiers ne contribuerait pas seulement à améliorer leur qualité de vie, elle contribuerait également à la solidité des systèmes financiers eux-mêmes. Les crises financières ont reflété la fragilité de ces systèmes et les liens importants entre l'inclusion financière, la stabilité, l'intégrité et la protection des consommateurs financiers.

Jesús Geraldo Martínez mentionne à juste titre que « les nouvelles approches de l'inclusion financière donnent la priorité au développement de la capacité d'épargne comme point de départ pour interagir avec les services financiers, car elle constitue également une stratégie pour augmenter les niveaux de bancarisation dans n'importe quel pays. En ce sens, précise-t-il, la Banque mondiale souligne que «avoir accès à un compte d'épargne ou de transaction est un premier pas vers une inclusion financière plus large, car il permet aux gens d'économiser de l'argent, d'envoyer et de recevoir des paiements. » L’ouverture de ce compte est souvent révélatrice d’une activité rentable : un emploi ou une petite entreprise. Et c’est surtout à ce niveau qu’il faut penser l’inclusion financière.

Un compte d'épargne ou de transaction peut également servir de passerelle vers d'autres services financiers. C’est pourquoi le Groupe de la Banque mondiale, à travers l'objectif de l'Initiative pour l'accès universel aux services financiers 2020, encourage les gouvernements à œuvrer afin de garantir que les gens du monde entier puissent avoir accès à un compte de transaction. La pandémie mondiale de Covid-19 a certainement rebattu les cartes.

 L'inclusion financière passe nécessairement par une meilleure éducation financière qui conduira à une augmentation du niveau de littératie financière. Si l’éducation financière permet l'acquisition et le renforcement des connaissances et des capacités financières, la littératie financière va plus loin en promouvant une utilisation et une gestion optimale des produits et services financiers.

L'accès aux services financiers a tendance à être plus difficile pour les populations les plus vulnérables et les moins nantis. Les ménages des zones rurales, à faible niveau d'éducation et de revenu sont les moins susceptibles d'utiliser des produits et services financiers formels, ils sont donc plus enclins à l'exclusion financière. Dans les zones les plus reculées, les services financiers de base ne sont tout simplement pas disponibles. Il existe encore beaucoup de communes en Haïti où il n’existe même pas de succursales de banques. Quant aux sections communales, n’en parlons pas.

En ce qui a trait à l’importance de l'inclusion financière, le chroniqueur financier de www.acento.com.do rappelle que les systèmes financiers inclusifs contribuent à réduire les inégalités de revenus et à soutenir la croissance économique. Ce qui sous-entend que le rôle des différents intermédiaires financiers est essentiel pour que les ressources de l'économie soient transférées efficacement vers les projets les plus rentables.

De son côté, la Banque mondiale note que l'inclusion financière devient une priorité pour les décideurs politiques, les régulateurs et les agences de développement du monde entier. Elle peut être un facteur favorable pour 7 des 17 objectifs de développement durable. La Banque mondiale considère également que «les pays qui ont le plus progressé vers l'inclusion financière sont ceux qui ont créé un environnement réglementaire propice et qui ont favorisé la concurrence permettant aux institutions bancaires et non bancaires d'innover et d'élargir l'accès aux services financiers.» Le G-20 s'est aussi engagé à promouvoir l'inclusion financière dans le monde entier et a réaffirmé son engagement à appliquer des politiques visant à promouvoir l'inclusion financière numérique.

Depuis 2010, plus de 55 pays se sont engagés à mettre en œuvre l'inclusion financière et plus de 30 ont lancé ou préparent une stratégie nationale à cet égard. Jesús Geraldo Martínez loue le travail et la vision extraordinaires du gouverneur de la Banque centrale dominicaine et président du Conseil monétaire, M. Héctor Manuel Valdez Albizu, qui a annoncé au pays le développement d'une stratégie nationale pour l'inclusion financière, pour favoriser l'accès aux produits et services financiers formels à la population dominicaine qui reste encore exclue du système financier formel.

La stratégie nationale de l'inclusion financière dominicaine, selon M. Martinez, permettra aux segments de la population aux revenus les plus faibles et les plus vulnérables d'avoir de meilleures conditions de vie, en leur offrant un accès aux services financiers de base dans des conditions adéquates en utilisant des instruments efficaces, fiables, innovants et moins coûteux, permettant de consolider à long terme un système financier plus équitable, transparent, moderne et compétitif.

En Haïti, l’inclusion financière occupe une place importante dans les priorités de la BRH depuis qu’elle a rendu publique en 2014 une stratégie nationale d’inclusion financière. Cette politique vise à garantir un plus grand accès de la population aux services financiers à travers l’ensemble du pays. Malheureusement, il reste encore aujourd’hui beaucoup de communes dans les 10 départements du pays à ne pas disposer de services bancaires. Ce n’est qu’un simple indice puisque la présence d’un service bancaire ne suffit pas à garantir l’inclusion financière.

La stratégie haïtienne d’inclusion financière vise à assurer l’accès au crédit, à l’épargne, et à d’autres produits et services financiers aux consommateurs haïtiens. Cet accès favorisera une société économiquement et financièrement plus inclusive tout en aidant à réduire l’inégalité des revenus et la pauvreté. L’inclusion financière passe par la promotion de l’éducation financière. Jean Baden Dubois confirme que la banque centrale rendra très bientôt publique la stratégie nationale d’éducation financière.

Mais quand on regarde la situation sociopolitique actuelle, on peut élaborer d’excellents plans de toutes sortes, tant que l’ordre et la sécurité ne seront pas rétablis, ils resteront des vœux pieux. 

Thomas Lalime

thomaslalime@yahoo.fr

Thomas Lalime
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