Haïti : ce pays qui n’est ni gouverné ni administré

Publié le 2021-06-10 | lenouvelliste.com

Par

Jean Fils-Aimé, Ph.D.

À sa face même, le titre de l’article est un hommage à feu l’illustre bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Monferrier Dorval, lâchement abattu chez lui, à quelques encablures de la résidence présidentielle, le 28 août 2020 dernier.

Au matin du 28 août 2020, à quelques heures de son assassinat, il posa un cru diagnostic sur l’état du pays et fit montre d’un indomptable courage en laissant tomber la phrase, dès lors passée à la légende: « Ce pays n’est ni gouverné ni administré. »  Les dix mois qui se sont écoulés depuis son décès ont prouvé qu’il avait des yeux de lynx.

Or, depuis le 7 février 2021 dernier, la situation du pays s’est aggravée en ce que la population haïtienne est prise en otage par un président de facto qui s’accroche au pouvoir, contrairement aux voeux de la Constitution, et qui terrorise son propre peuple en s’alliant à des bandits armés qui ceinturent le pays en perpétrant des actes de viol, de kidnapping et de vol. 

 Non content de son statut de président anticonstitutionnel, Jovenel Moïse a lancé la nation dans  la folle aventure d’un référendum visant à amender la Constitution du pays. Entre-temps, le Parlement, par la faute du président de facto, ne fonctionne pas.  Il en a constaté la caducité en janvier 2020. 

Tout le monde condamne.  Les oppositions politiques manifestent quasi quotidiennement dans les rues pour réclamer son départ.  Jovenel Moïse s’enhardit: il nous fonce dessus à vive allure et nous enfonce dans la gorge sa nouvelle loi mère.

Le temps des choix

À l’approche du 27 juin prochain, deux choix s’imposent à la population haïtienne: 

 Continuer à manifester pacifiquement —ce qui n’a rien donné jusqu’à présent—; cette option laissera le champ libre à Jovenel Moïse pour transformer le pays en un patrimoine familial ou partisan, et d’organiser des élections-sélections en faveur de Michel Martelly et des kleptomanes  du PHTK ;

s’organiser de manière à déloger Jovenel Moïse du Palais national par la force.  Oui oui, vous avez bien lu: par la force.

La realpoltik et l’histoire politique haïtiennes nous apprennent qu’à l’exception notable de l’élection de Jean-Bertrand Aristide en 1990, il existe deux modes d’accession au pouvoir en Haïti: 

1- la passation de pouvoir (grâce à sa proximité de l’ambassade américaine ou de la défunte armée);

2-  ou par la force.  

Ayons le mâle courage de le reconnaître, par son entêtement, Jovenel Moïse nous précipite dans la phase insurrectionnelle et armée de la lutte en vue du relèvement d’Haïti. Entrons en lice comme des combattants.  Organisons une force armée pour le déloger du pouvoir, puis mettons sur pied un gouvernement transitoire de technocrates patriotes pendant cinq ans, le temps de réaliser les chantiers fondateurs de la nation.  Alea jacta est !

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