Insécurité

Des habitants de Martissant se réfugient à Fontamara pour échapper à la fureur des gangs

Publié le 2021-06-04 | lenouvelliste.com

« J’ai vu des gens de mon quartier tomber sous les balles. Les assaillants ont incendié ma maison. J’ai dû m’enfuir avec ma belle-fille et son jumeau d’un an et deux mois… » Le témoignage de Bernadette, une cinquantenaire, est poignant. « Nous avons tout laissé derrière nous. En fuyant la zone de Martissant 4, mercredi soir, j’ai eu tout simplement le temps de prendre dans mes bras l’un des deux jumeaux. Rien de plus. Depuis, nous sommes livrés à nous-mêmes sur cette place », rapporte Bernadette.

Comme elle, ce sont des dizaines de familles qui ont trouvé refuge sur la place de Fontamara fuyant les quartiers de Martissant, théâtre de violents affrontements entre les gangs armés de Grand-Ravine et de Ti Bwa. « Je suis ici depuis mardi soir avec mes deux enfants. J’habitais à Martissant 4. Je fuis la guerre entre les hommes de Krisla et ceux de Tilapli », avance, l’air timide, une jeune mère dans la vingtaine.

Sous un arbre, cette «enfant-mère» de deux enfants, couchée sur un morceau de carton, tente d’allaiter ses jumeaux. En fuyant mardi soir son quartier, elle n’a emporté que le vêtement abîmé qu'elle portait. « J’ai faim, et mes enfants ont encore plus faim que moi, alors je les allaite », soupire-t-elle.

« Je cherche mon fils depuis hier qui était avec nous alors qu'on quittait la zone rapidement. Son téléphone est tombé, on s’est séparé et depuis je n’ai plus de ses nouvelles », indique, l’air inquiet, une autre mère. « Nous étions cinq dans la maison. Je me suis réfugiée ici mercredi soir avec trois de mes enfants. Dans un moment de panique j’ai perdu l’autre de vue, un garçon de 15 ans. J'ignore où il est actuellement », s’affole cette mère dans la quarantaine.

Sur la place de Fontamara, à la sortie sud de Port-au-Prince, limitrophe de la commune de Carrefour, les réfugiés ont la peur au ventre. « Ici, on n’est plus dans la zone des affrontements, mais on entend les tirs nourris d'armes automatiques. Des rumeurs laissent croire que le groupe de Grand-Ravine va venir nous attaquer jusqu'ici », confie un vieil homme, qui a dû lui aussi abandonner en catastrophe son quartier à Martissant.  

« Je suis arrivé sur la place de Fontamara jeudi soir. Ma famille et moi venons de passer notre première nuit ici. Des hommes de Ti Bwa qui contrôlaient jusqu’à jeudi soir la zone de Martissant nous ont demandé de vider les lieux pour notre sécurité. La zone est vide. Tout le monde a dû partir à la hâte. Certains ont pu prendre quelques effets personnels. Mais ma femme et ma fille et moi on n’a rien emporté avec nous », se désole Monode Kénold.

Cet homme dans la quarantaine dit voir des gens de son quartier tomber sous les balles et des maisons incendiées. « A Martissant 2A et à Martissant 4, plusieurs maisons ont été incendiées. C’est la désolation totale », soupire Monode Kénold, qui s’est réfugié sur la place de Fontamara avec sa femme et sa fille de 12 ans.

Ces familles qui ont trouvé refuge sur la place de Fontamara affrontent, seules, la pluie, les courants d’air de la mer, l'obscurité… Pour elles, la notion d’hygiène n’existe pas. Elles n’ont pas d’eau pour se laver, font leurs besoins à même le sol sur un terrain tout près de la mer. Dans leur quartier, ces gens avaient déjà du mal à se nourrir. En laissant tout derrière eux, trouver à manger sur cette place devient un luxe.

Certains d’entre eux sont arrivés sur cette place publique depuis mardi soir. Jusqu'à présent ils n’ont eu la visite d’aucun représentant de la Protection civile, ni de la mairie de Port-au-Prince, ni d’aucune autre organisation de la société civile. Il faut dire que Le Nouvelliste a tenté en vain d’entrer en contact avec des membres du gouvernement pour savoir s’ils étaient au courant de la présence de ces réfugiés sur la place de Fontamara.

D’autres familles ont préféré se réfugier dans la commune de Carrefour et les zones avoisinantes. Pendant toute la journée du vendredi 4 juin, ils étaient des centaines de personnes à fuir les zones de combat de Martissant.

Alors que le pays fait face à une vague meurtrière de la Covid-19, le port de masque, le respect de la distance physique. Bref, des gestes barrières constituent le cadet des soucis de ces familles sur la place de Fontamara, qui ne cherchent qu’à survivre.

Depuis le début des affrontements armés, mardi, entre le groupe de Grand-Ravine, appuyé par les hommes armés de Village-de-Dieu, et celui de TiBwa, la route nationale numéro 2, qui connecte Port-au-Prince avec quatre autres départements, est totalement bloquée. Impossible de quitter la capitale ou d'y entrer. Des bus qui s’aventuraient sur cet axe routier ont été attaqués par les groupes en conflit.



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