Maximiser son souvenir dans le temps

Publié le 2021-06-01 | lenouvelliste.com

Il y a de ceux-là qui cumulent des avoirs et qui minimisent le savoir. Le pire, c’est qu’il y en a qui thésaurisent, tout en ayant le monopole de la connaissance. Les uns et les autres ne sèment point dans le champ du souvenir. Beaucoup d’entre eux qui œuvrent en politique oublient que cet art est celui de l’entretien de la cité, ne faisant pas d’eux des assistés publics et des fossoyeurs d’âme.

En quittant le Sénat de la République, Maxime Roumer, qui se savait esclave de l’art et de l’éducation, s’était mis à créer des formes et à former des cadres, en s’adonnant quotidiennement à la peinture et en créant l’Université de la nouvelle Grand'Anse dite UNOGA. En apprenant la nouvelle de la mort de cet humaniste, «  oh, misère! », s’est écrié l’écrivain franco-canadien Jean-Guy Rens, qui séjourna chez lui avec moi, dans les hauteurs de Pétion-Ville, au cours de son voyage au pays, en 2016, à la découverte de la Guinaudée, lieu de naissance de Thomas Rétoré Alexandre Dumas.

Dans mon obstination à contacter les responsables du Musée des Dumas, à Villers-Cotterêts, en France, dans l’objectif d’une réplique de cette noble institution à Jérémie - ne serait-ce qu’avec les moyens du bord - , Maxime fut celui qui m’offrait l’ancienne résidence du poète Émile Roumer, à la rue Sténio Vincent, pour accueillir ce projet, malheureusement tué dans l’œuf, par le bureau de l’Unesco à Port-au-Prince, en dépit d’une recommandation de l’ancienne Gouverneure Générale du Canada, l’honorable Michaëlle Jean.  Maxime Roumer n’en revenait pas, et il est resté longtemps outré de cette inconséquence nationale.

La Grand'Anse perd donc en lui non seulement un fils entièrement dévoué à sa cause, mais aussi un humaniste, doublé d’un intellectuel de belle eau, dont le passage au Sénat de la République n’est pas entaché de corruption. Contrairement à cette maxime de La Rochefoucauld voulant que « les justes éloges sont des parfums qu’on réserve pour embaumer les morts », les révélations que j’ai faites de Maxime Roumer relèvent de la pure vérité, sans superfétation aucune.

Peu avant la diffusion de la nouvelle de sa mort sur les réseaux sociaux, il s’était établi un pont de communication entre le poète Serge Baguidy Gilbert et moi, lui qui voulait en être sûr pour la rendre publique. J’en ai eu confirmation d’un autre poète vivant à Jérémie, M. Caldwell Appolon. Ainsi, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Rejoint quelques minutes plus tard sur Facebook, son jeune frère Léopold m’a conseillé beaucoup de prudence, car l’heure est grave en Grand-Anse.

Par son double engagement politique et éducatif, Maxime Roumer a maximisé son souvenir dans le temps et l’espace grand-anselais, car il a laissé une œuvre qui l’honore, en dépit de toutes les faiblesses humaines qui pourraient caractériser son passage sur Terre. Que son âme repose en paix, et que la terre lui soit légère !

Mérès Weche
Auteur


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