Saint-Marc, mystère autour du décès du jeune médecin Dulenscy Durandisse

Publié le 2021-05-12 | lenouvelliste.com

Plus d’un mois après le décès de l’étudiant en médecine de l’Université Quisqueya Dulenscy Durandisse, dans la piscine d’un hôtel de la ville, le doute persiste partout. Pour son père, Prospère Durandisse, intervenant sur une station locale, le constat du juge de paix Fanels Michel Filius « tente de brouiller les pistes lorsqu’il fait remonter l’incident au vendredi 2 avril 2021 tandis que Dulenscy est mort dans la soirée du mercredi 31 mars ». Les premières explications fournies par les responsables de la piscine, comme par plusieurs employés, ne concordent pas avec celles des autorités judiciaires. Jean Robert Pierre, le PDG de l’entreprise, reconnaissait que « tout s’est passé entre 7 heures p.m. et 11 heures p.m. le 31 mars », en réponse à nos questions, peu de temps après l’événement.

Selon les renseignements dont disposait le propriétaire dudit hôtel, Monsieur Pierre, « la victime était accompagnée de six de ses condisciples pour un moment de détente récréative entre camarades. Les médecins, une fois rentrés au lieu de leur séjour, s’étant rendu compte de son absence, retournèrent à la piscine et découvrirent le pire ». Dans une séquence vidéo disponible, sortie de l’hôtel et attribuée à Dulenscy, on peut remarquer quelqu’un effectuant une dernière plongée, sans difficulté, après quelques exercices aquatiques. Le chef du parquet de Saint-Marc, le commissaire Hugues Sylvain, lors d’une rencontre avec la presse, le lundi 3 mai 2021, a déclaré, que « des médecins tentaient de réanimer le jeune Dulenscy, à l’hôpital Saint-Nicolas de la ville, avant de se rendre compte qu’il est mort ».                                                    

Depuis l’incident, la tension monte entre le parquet et la presse locale qui ne cesse d’interroger les points d’ombre autour du décès et le comportement du commissaire du gouvernement qui n’a pris aucune mesure restrictive ni par rapport à la scène du drame ni concernant les personnes présentes à ce moment. Tout fonctionne normalement durant les jours. Jusqu'à ce début du mois de mai, « les six autres médecins stagiaires n’ont pas été entendus », avons-nous appris d’une source fiable du parquet. L’avocat de la partie civile, membre de la famille Durandisse, a, lui-même, jeté l’éponge « à cause de la tournure de l’affaire », déplore le père du défunt sur les ondes d’un média de la capitale.   

 Entre-temps, suite à une requête des propriétaires de l’entreprise, le journaliste Séïde Dorcé, correspondant de Scoop FM, a été invité à se présenter, muni de la bande sonore d’une émission qu’il animait sur la radio Star-Vision, une dizaine de jours avant, au carré du commissaire le lundi 3 mai 2021. Le secrétaire général a. i. de l’Union des journalistes du bas Artibonite, Tholem Saint-Vil, dans une note de protestation en date du vendredi 30 avril dernier, s’est interrogé sur la véritable motivation du commissaire : « Comment expliquer qu’aucun des six camarades qui accompagnaient la victime ce soir-là ne soit point questionné par le parquet ? Pourquoi le commissaire du gouvernement accorde-t-il plus d’importance aux analyses journalistiques qu’au drame du 31 mars ? » L’avocat du journaliste interpellé déposait au greffe du parquet une demande de report à la huitaine pour faire acte de présence.

Le lundi 3 mai 2021, marquant la trentième Journée mondiale de la liberté de la presse, des employés du parquet  clamaient : « Les journalistes doivent payer leur insolence », avant que le commissaire du gouvernement lui-même, dans un point de presse, fustige ceux qui traitent ce dossier dans les médias ou qui apportent leur solidarité au journaliste invité. Pour le chef de la poursuite : « Les individus qui se cachent derrière ce mouvement sont identifiables et identifiés. Ce sont des escrocs terriens et le frère d’une autorité de la ville, arrêté pour le vol de 7 millions de gourdes. » Au sujet de la mort du jeune médecin, le commissaire du gouvernement, tout en retraçant les faits, révèle au public que « l’autopsie du corps a été ordonnée aux responsables de la morgue de l’hôpital général pour les suites nécessaires ». Ce qui n'a pas été fait, selon les proches du défunt. Les funérailles de Dulenscy Durandisse ont été chantées le samedi 1er mai 2021, où ses dépouilles sont inhumées à Jacmel.  

Louis Chadrac
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