Fête de l'Europe

L’Union européenne n’accordera ni financement au gouvernement ni appui aux processus référendaire et électoral

L’Union européenne n’accordera aucun soutien direct au budget haïtien dans les fonds prévus à cet effet, a déclaré, jeudi 6 mai, à des journalistes, Sylvie Tabesse, ambassadeur en poste à Port-au-Prince.

Publié le 2021-05-06 | lenouvelliste.com

Alors que le Dr Claude Joseph, ministre des Affaires étrangères et premier ministre a.i. a fait part de son souhait d’une révision des conditionnalités de l’aide de l’UE, surtout des règles relatives au décaissement des fonds lors de son allocution à l’occasion de la fête de l’Europe, l’ambassadeur Tabesse, qui le recevait en sa résidence, a tablé plutôt pour plus d’exigences.

« Nous sommes préoccupés par le peu de résultats obtenus de notre coopération […] Nous avons décidé pour les tranches de décaissements futur de revoir les indicateurs afin de mesurer de façon beaucoup plus concrète l’atteinte de résultats », a tranché Sylvie Tabesse, appelant chaque partie à faire sa part dans le cadre de ce partenariat.

« Nous appuyons, contribuons, facilitons et accompagnons en échange d’un certain nombre de réformes structurelles incontournables pour le développement d’Haïti », a-t-elle poursuivi. « On ne va pas dans le sens de moins d’exigences, bien au contraire. On va dans le sens de plus d’exigences. »

« Le dernier déboursement a eu lieu l’année dernière au mois d’août. Nous avons toujours un programme d’appui budgétaire en cours de validité avec de possibles déboursements si les conditions sont remplies probablement par avant l’année prochaine […] À chaque déboursement, on doit apprécier si les conditions générales sont remplies, si un ensemble d’indicateurs ont été atteints », a fait savoir la représentante de la délégation de l’UE en Haïti, Sylvie Tabesse. 

D’un autre côté, l’ambassadeur a déclaré, « les conditions pour un appui financier et technique à l’organisation des élections ne sont absolument pas remplies à ce stade. Nous avons refusé de contribuer à ce processus en l’état », a dit tout de go la représentante de la délégation de l’Union européenne en Haïti, Sylvie Tabesse, qui révèle également qu’aucune mission d’observation de l’UE ni pour le référendum ni pour les élections n’est envisagée du côté de Bruxelles.

« Nous n’envisageons pas de répondre positivement à une demande du gouvernement pour une mission d’observation », a poursuivi la responsable de la diplomatie européenne en Haïti lors d’une causerie le 6 mai 2021 avec des journalistes à l’occasion de la cérémonie officielle du 9 mai marquant la célébration de la Fête de l'Europe.

« L’Union européenne ne participe pas à l’organisation ni au financement ni des élections ni du référendum. Ce sont les Nations unies qui apportent un appui logistique au référendum et aux élections », a renchéri l’ambassadeur de la République française en Haïti, Jose Gomez.

L’ambassadeur Sylvie Tabesse a par ailleurs fait part de sa préoccupation quant au processus du référendum qui, selon elle, « ne semble pas remplir les conditions de transparence et de démocratie que l’on serait en droit d’attendre pour ce type de loi mère ».

Tout en reconnaissant que vouloir changer de constitution constitue une décision souveraine de l’État haïtien, l’ambassadeur Tabesse ne pense pas moins que ce processus devrait être mené avec une participation beaucoup plus large. Ce processus devrait donner, selon elle, le temps nécessaire pour que chacun puisse s’approprier le nouveau texte qui sera soumis au référendum et voté en toute connaissance de cause.

« Concernant le référendum en Haïti, nous sommes préoccupés par le processus. Nous ne nous sommes pas prononcés sur le contenu du projet en tant que tel mais plutôt sur son processus qui ne correspond pas aux normes européennes que l’on attendrait de ce type de changement qui est un changement radical pour la société haïtienne », a précisé Sylvie Tabesse, arguant que ce processus devrait être mené avec une participation la plus large possible donnant la place à la confrontation des idées, aux débats, avec des campagnes de restitution pour que la population puisse s’approprier le texte, le comprendre et décider lors du vote.

Un peu plus tôt, le Premier ministre a.i. et aussi ministre a.i. des Affaires étrangères et des Cultes, le Dr Claude Joseph, participant à la cérémonie officielle du 6 mai, dans ses propos de circonstance, avait sollicité la compréhension et l’appui solidaire de la communauté internationale pour la pleine réussite du référendum constitutionnel prévu le 27 juin prochain et l’organisation des élections à tous les niveaux pour renouveler le personnel politique et assurer la passation régulière et démocratique du pouvoir à l’échéance constitutionnelle du 7 février 2022.

« Le dialogue politique auquel le président Jovenel Moïse appelle de ses vœux et travaille ardemment à la réalisation vise à faciliter l’appropriation nationale de ces deux chantiers et la participation la plus large possible aux deux scrutins programmés au cours de l’année 2021 », a déclaré le Dr Claude Joseph, affirmant être très attentif aux préoccupations de nos amis de la communauté internationale.

« Nous avons appelé en tant que famille européenne à plusieurs reprises les Haïtiens à ce dialogue le plus inclusif possible pour essayer de trouver entre eux les meilleures solutions possibles à une sortie de crise », a soutenu l’ambassadeur Tabesse, exprimant sa très grande préoccupation face à la situation sécuritaire d’une manière générale dans le pays.

Son collègue, l’ambassadeur français, a exprimé sa préoccupation de la situation dans laquelle se trouve la police haïtienne. « C’est un des piliers de l’État et aujourd’hui elle est extrêmement fragilisée avec des troupes qui sont démoralisées et qui ne sont pas assez armées et qui doivent subir les attaques des bandits en pleine forme », a souligné Jose Gomez, notant que les gangs ont bénéficié de beaucoup de connivences de divers côtés. Tandis que la police ne recevait pas les armes nécessaires, a relevé le diplomate français, les gangs eux trouvaient les moyens pour se surarmer.



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