Etude de restauration et de mise en valeur du fort des Platons

Publié le 2021-05-04 | lenouvelliste.com

La mise en valeur et la restauration du fort des Platons, un monument historique construit aux Cayes, en 1805, relève de ces chantiers qui participent du Plan stratégique de développement pour Haïti (PSDH), Programme « Tourisme côtier durable » (TCD), financé par la Banque interaméricaine de développement (BID) dans le cadre de l’amélioration du produit touristique. La firme d’architecture Moun Studio et la firme catalane (espagnole) WE Architects avaient remporté l’appel d’offres pour accomplir des travaux d’études sur ce monument conçu d’après les plans de l’ingénieur Morancy sous la supervision de Nicolas Geffrard, général de division, commandant du département du Sud.

Rappelons au passage que le maître d’ouvrage est le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) par le biais de l'Unité technique d’exécution (UTE) avec l’appui technique du ministère du Tourisme et de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN).

Pour faire un cadrage sur le fort des Platons, l’architecte de patrimoine de la firme d’architecture Moun Studio, Daniel Élie, le samedi 25 avril, à la Galerie Trois-Visages, Pèlerin, a fait un exposé sur cette citadelle du sud devant un public.

Description des études sur le fort des Platons

« L’étude de la phase 1 de la restauration de la citadelle des Platons a fait l’objet d’un appel à manifestation d’intérêt pour son exécution au mois d’avril 2021 », a précisé l’architecte. Dans le cadre de cette étude de restauration et de mise en valeur de ce patrimoine historique, Daniel Élie et Philippe Châtelain, tous deux architectes de patrimoine de la firme d’architecture Moun Studio ont été responsables de la conception et de l'étude technique de la restauration, en collaboration avec la firme catalane (espagnole) WE Architects.

« Le fort des Platons – dénommé également Forteresse des Platons - couvre une superficie d’environ  7.000 mètres carrés. Ce qui le place en seconde position en termes d’emprise au sol après la Citadelle Henry, qui, elle, fait environ 10.000 mètres carrés », a décrit l’architecte Daniel Élie, à partir de diapositives.

Le public découvre à partir des images projetées un polygone irrégulier à quatre faces, étiré sur une crête parsemée de rochers ruiniformes, avec une porte d’accès au nord. Ce polygone fait de fortes murailles porte en ses angles quatre bastions.  Les descriptions des études réalisées in situ se précisent sur la diapo :

« Le bastion ouest possède une forme particulière – en queue d’aronde – et renferme une redoute inachevée dont des traces de poutres en bois permettent de supposer qu’il devait recevoir un étage.

Le bastion nord abrite une casemate à l’abri des bombes en son sous-sol (il a servi d’abri durant plus de 15 jours aux résidents de la zone à la suite du passage du cyclone Matthew). 

La fortification possède en outre deux citernes et deux salles voûtées ayant servi de magasin ou de dortoir. 

Il est précédé sur son front  nord  — s’abaissant en pente  douce avant de remonter  vers le mont Macaya pour former un vaste cirque  propice à la culture — d’une série  d’habitations isolées associées à des cultures en terrasse suivant les courbes de niveau. À proximité immédiate du fort, son flanc nord-ouest, il existait autrefois une pinède, aménagée par l’Institut de sauvegarde du patrimoine national [ISPAN], qui a été complètement fauchée par l’ouragan Matthew. »

L’œil saisit un site en ruine en plusieurs endroits. L’étude en fait état : « La porte, simple brèche entre murs d’attente ; la place d’armes non nivelée, encombrée de rochers ; le bastion sud dont seules les fondations ont été réalisées ; et surtout l’élévation au tiers de la hauteur prévue des escarpes du bastion est. Seuls les fronts nord et ouest, les plus exposés à un bombardement et à un assaut, ont été réalisés jusqu’au parapet, mis en défense et vraisemblablement armés. En dehors de la redoute et plus tard du tombeau de Geffrard, aucun bâtiment n’a été érigé en élévation sur la plateforme. »

Que vise ce projet ?

Des images de ce fort construit contre un retour éventuel des colons français défilent à l’écran. L’architecte parle des aménagements pour les visiteurs qui consisteront en un espace comportant un belvédère au bastion nord donnant vue sur les Platons, la vallée de leprêtre et la plaine des Cayes-du-Fond et l’île-à-Vache. Il souligne qu’un « mémorial dédié à Nicolas Geffrard remplacera la tombe vétuste. Il sera orné d’un obélisque gravé au portrait de Geffrard ». De même qu’un «système de signalisation fait de panneaux et de table de lecture facilitera le touriste dans sa découverte du monument historique, de la vie et l’œuvre de Geffrard et de la région de Platons dont l’histoire est particulièrement liée à celle des esclaves marrons fuyant les ateliers et les champs des habitations sucrières de la plaine des Cayes, durant la colonie de Saint-Domingue ».

Selon la notice publiée dans le Dictionnaire géographique et administratif universel d’Haïti, de Sémexant Rouzier (1890), le fort des Platons fut construit en 1804 d’après les plans de l’ingénieur Morancy sous la supervision de Nicolas Geffrard, général de division, commandant du département du Sud. Sa construction est inachevé comme le montre l’état actuel du bastion sud-est et l’absence de parapet au bastion nord. Il subit néanmoins une attaque alors en chantier. En effet, nous rapporte Rouzier, en 1805, Germain Picot ancien officier de la 18e demi-brigade, se souleva contre Dessalines et s’empara de la citadelle des Platons avec quelques cultivateurs qu’il avait entraînés dans sa révolte. Le général Moreau marcha des Cayes contre les rebelles. Geffrard se mit à la tête de la cavalerie qui gravit audacieusement les mornes des Platons. Germain Picot n’eut que le temps de tirer un coup de canon à mitraille : il se jeta dans les bois avec sa bande. Quelque temps après la tête de Germain fut  apportée aux Cayes le 9 mars 1806. »

Sur les photos, de vieilles murailles envahies de floralies de plantes, des anfractuosités d’où sortent des touffes d’herbes. Des canons traînent depuis les premiers temps de la construction du fort sur le sol. Quelle place occuperont-elles dans le site restauré et mis en valeur ? « Les cinq canons en fer retrouvés sur place seront mis en valeur par leur installation sur des affûts – présentoirs et tous réunis au bastion ouest. » Et la place d’armes ? « La place d’armes, elle, sera aménagée en jardin écologique ».

Daniel Élie a promené le public à travers l’histoire pour parler du fort des Platons, classé Patrimoine national par l’arrêté présidentiel du 23 août 1995. Il a fait appel à une description évocatrice du site par le chroniqueur Moreau de Saint-Méry : « Parvenu aux Platons, en jetant les yeux vers le Sud, la perspective est superbe. On domine toute la plaine de Cayes,  et la vue se promène  depuis le  morne des Orangers entre Saint-Louis et Cavaillon, jusqu’à la pointe de l’Abacou. Au nord-est la plaine de Cavaillon se montre comme une longue gorge entre le morne du Fond-des-Frères, celui de la Cavailière, la chaîne de Cavaillon, et les mornes élevés de Saint-Louis. Dans le lointain la perspective s’élargit, et l’on découvre vers l’est-sud-est les montagnes de Jacmel, et avec un ciel pur, celle de la Selle montre aussi sa cime ardue. Au nord, on considère la prolongation des chaînes qui séparent les deux faces de la parties du sud ».

Attentif aux explications de cet ancien ministre de la Cuture sous la présidence de René Préval, l’assistance remontera au temps des marrons de la liberté : « À la fois vigie et poste-avancé, commandant l’accès au maquis du Macaya, la région des Platons fut très tôt occupée par des esclaves marrons, fuyant les ateliers des sucreries de la plaine des Cayes, puis le théâtre de conflits durant  les troubles qui agitèrent  la colonie de Saint Domingue dès 1790, entre nouveaux libres et colons et, enfin, l’emplacement d’une fortification construite  au  lendemain  de  l’indépendance  d’Haïti  afin de  parer  à  un éventuel retour des Français : le fort des Platons. »

Comment accéder à ce fort ?

L’architecte répond : « On accède au fort des Platons après avoir longé la rivière de L’Acul, via Ducis, Dubreuil et Leprêtre, par la piste qui mène au parc Macaya. Le fort, situé sur une hauteur dominante, surplombe la piste et offre son front Est à la vue. L’enveloppe du fort est aujourd’hui en partie couverte de végétation poussant dans le liant  de  la maçonnerie.  Un ensemble de terrasses  en pierres sèches peu élevées marque clairement le relief. Des roches à ravets affleurent le terrain situé en la partie Sud. »

Pourquoi a-t-on arrêté la construction de ce fort ? 

« L’arrêt des chantiers des fortifications dans les départements de l’Ouest et du Sud après la mort de Dessalines dénoterait une divergence de stratégie entre la République dirigée par Alexandre Pétion et l’État du Nord dirigé par Henry Christophe. L’un optant pour une solution négociée avec l’ancienne métropole (stratégie qui aboutira à la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti par la France, moyennant le paiement d’une indemnité), tandis que l’autre poursuit le programme dessalinien jusqu’en 1820, date de son suicide. Le fort des Platons, par son état d’inachèvement (à l’instar du fort Alexandre à Fermathe, Port-au-Prince) témoigne concrètement de cette divergence de stratégie. Son état inachevé sera considéré comme un état intégral historique, état dans lequel il sera restauré. »

Ces chantiers mis en œuvre par l’Unité technique d’exécution du ministère de l’Économie et des Finances, l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN), le ministère du Tourisme des industries créatives (MTIC) participent du Plan stratégique de développement d'Haïti (PSDH) qui établit clairement le tourisme comme un des piliers pour le redressement économique du pays, ciblant le secteur comme moyen de générer de la richesse et de créer des emplois.  Ce programme comprend deux composantes dont l’une : « Amélioration du produit touristique » est mise en œuvre par l’UTE. Elle concerne des interventions sur des sites patrimoniaux. »

Claude Bernard Sérant

Claude Bernard Sérantserantclaudebernard@yahoo.fr
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