Zone franche de Savane-Diane: « L'État n'a pas donné de terres ni d'argent pour le projet », soutiennent les responsables

Les responsables de la société Stévia ont réalisé, vendredi 30 avril, une présentation officielle du projet dénommé « Zone franche agro-industrielle de Savane-Diane », situé à Saint-Michel-de-l’Attalaye (Artibonite) devant un parterre de journalistes, de personnes qui vivent sur les terres de Déjoie et les habitants du village de l'Espoir. À cette occasion, ils ont précisé que l'État haïtien n'a fait que leur accorder l'autorisation de mettre en place la zone franche mais n'a pas octroyé de terres ni n'a contribué financièrement au lancement des activités. 

Publié le 2021-05-05 | lenouvelliste.com

Avant de vendre le rêve d'un projet de zone franche qui va remettre Savane-Diane sur les cartes de la production agricole à grande échelle destinée à l'exportation, le mandataire de la famille Déjoie, son petit-fils, Louis Armand Déjoie, a voulu clarifier la provenance des 8 300 hectares cultivables sur lesquels l'idée de zone franche deviendra réalité. S'excusant de ne pas pouvoir s'exprimer en créole, l'avocat qui vit aux États-Unis affirme avoir fait le déplacement afin de pouvoir dissiper tout malentendu et se porter garant de l'authenticité de titres de propriété concernant cette portion sur les 32 mille hectares dont dispose Savane-Diane et dont son grand-père avait fait l’acquisition.

Louis Armand Déjoie, troisième du nom, a repris presque dans les mêmes termes sa lettre publiée dans les colonnes du Nouvelliste en février dernier. « À partir de 1946, mon grand-père, le sénateur Louis Déjoie, a acheté plus de 8 000 hectares de terre à Savane-Diane sur les 32 mille hectares disponibles, répartis entre St-Michel, St-Raphaël, Pignon et Maïssade. Ces achats proviennent de plus de 15 propriétaires fonciers privés et d'une entreprise américaine (United West Indies Corp.). [...] Cette zone franche est créée sur la propriété privée de ma famille et non sur une propriété appartenant à l’État haïtien, comme le stipulent les titres de propriété », a-t-il indiqué au moment où les copies des titres de propriété et du plan d'arpentage défilaient sur un écran plat. Le reste des 32 mille hectares appartient à l’État et à une autre famille.

« Pas une gourde ne provient de l'État »

À propos de la provenance des fonds utilisés pour lancer le projet de Zone franche agro-industrielle de Savane-Diane, le fils d'André Apaid, Clifford Apaid, a fourni aux journalistes les détails en précisant avant tout que « les rumeurs sur les 18 millions de dollars reçus de l'État sont fausses». Selon l'entrepreneur, les familles Dorcin et Apaid ont versé de leurs fonds propres 2 millions de dollars américains au capital initial de la société. 2,5 millions ont été empruntés au Fonds de développement industriel (FDI), à un taux préférentiel de 6% pour le lancement du centre de conditionnement. Un autre montant de 3,5 millions de dollars vient d'un prêt à la Banque nationale de crédit (BNC) pour démarrer la plantation à Savane-Diane. « Pas une gourde ne provient de l'État », a-t-il asséné. 

Toujours pour injecter du financement privé, l'agronome Fresner Dorcin a fait savoir que le projet s'ouvrira à un système d'actionnariat d'ici juin 2021 en vendant les actions à 5 dollars US. L'objectif est d'investir environ 250 millions dans la zone. Aussi des parcelles de terre seront réservées à de jeunes entrepreneurs du pays notamment de la zone qui veulent lancer des projets d'agriculture industrielle. Ils pourront bénéficier des infrastructures déjà mises en place par le projet, a-t-il expliqué. 

« Aucun traitement de faveur de l'État »

André Michel Apaid, plus tranchant, sur les questions faisant état d'un traitement de faveur né des accointances avec le pouvoir en place, a tout nié en bloc. « Il n'y a eu aucun accord politique avec le pouvoir », a-t-il insisté d'entrée de jeu. Faisant l'historique de la demande d'autorisation de lancer la zone franche agro-industrielle, l'homme d'affaires, la voix enrouée à force d'expliquer, a précisé que l'arrêté publié dans Le Moniteur du 8 février accusait un retard d'au moins cinq mois. 

Même s'il n'est pas en mesure de préciser la raison de ce retard, ce responsable du projet de zone franche à Savane-Diane a avancé que le dossier a été transmis du Conseil national des zones franches (CNZF) et du ministère du Commerce à la Primature qui devait l'acheminer à la Présidence depuis plusieurs mois. M. Apaid a également défendu l'idée que l'État lui a octroyé un quelconque traitement de faveur par la publication de l'arrêté car cet acte administratif qui relève de l'exécutif est fait sur la base de l'examen de son dossier.  

Par ailleurs, les responsables ont annoncé avoir déjà commencé la distribution de certificat de propriété à ceux qui vivaient sur les terres de Déjoie depuis 60 ans qu'elles ont été abandonnées, dans le souci de ne pas les déposséder. Me Gervais Charles, avocat de la société Stévia Agro-industrie, a déclaré que ces certificats leur octroyant au moins un hectare pour habiter et faire de l'agriculture de subsistance seront transformés en titre de propriété approuvé par un notaire. Ce qui prouve que, selon l'avocat, que la famille Déjoie est réellement propriétaire de ces terres. Au moins quatre familles ont reçu leur certificat vendredi 30 avril. 



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