Le Village de l'Espoir attend de Taïwan sa résurrection 

Publié le 2021-04-28 | lenouvelliste.com

 A l'initiative de la société Stevia agro-industrie S.A, l'ambassadeur de la République de Chine (Taïwan) en Haïti a visité, mercredi 28 avril 2021, le « Village de l'Espoir » à Savane Diane, dans la commune de St-Michel de l'Attalaye. Destiné aux escapés du tremblement de terre du 12 janvier 2010, le village a perdu de son lustre mais continue d'abriter plusieurs centaines de familles. Attentifs à toute aide, ces gens entrevoient une lueur d'espoir dans le nouveau projet de la société Stevia. 

 À Savane Diane, le pays du soleil, la chaleur est accablante en milieu de journée en dépit d’épaisses nuages dans le ciel. Une fois la délégation venue de Port-au-Prince met pied à terre, employés et bénéficiaires du projet s'avancent et se retirent comme dans un jeu de chaise musicale pour saluer l'ambassadeur Wen-jiann Ku et les représentants de Stevia agro-industrie S.A. De l'enthousiasme se lit sur des visages à cause d'une visite ravive l'espoir de plus d'un. 

Donner un toit et une parcelle d'un hectare et demi à chacune des 230 familles qui habitent le « Village de l'Espoir » a été le pari de Taïwan de concert avec l'État pour permettre à certains rescapés du séisme du 12 janvier 2010 et autres habitants de Savane Diane de vivre mieux. Environ une décennie après, les infrastructures tiennent encore debout. Le lac artificiel est rempli d'eau. Il alimente le réservoir d'eau potable qui dessert le village après que l'eau ait été filtrée. Les canaux d'irrigation principaux sont restés intacts. Et, les maisons, pour la plupart, ne nécessitent pas de grandes réparations. Mais on voit bien qu’il manque quelque chose. 

Le diplomate Wen-jiann Ku nommé ambassadeur de la République de Chine (Taiwan) en Haïti en juin 2020, n'était pas présent au moment de la construction et de la gestion du village aux frais du gouvernement taïwanais. Alors sa réaction a été guidée par la curiosité. Il a tout vu. En voiture ou à pied, il a jetté un regard sur tout ce qui existe et qui se fait dans le village. Il était disposé à écouter tout le monde. À la fin, Wen-jiann Ku, s'est dit « plus ou moins satisfait de ce qu'il a vu au village » environ cinq ans après que sa gestion a été confiée à l'État haïtien. 

Mais l'âge d'or du village est passé disent certaines personnes. Ces agriculteurs racontent que durant les trois années de gestion des Taïwanais comment ils ont enchaîné les récoltes de maïs, de petit-mil, de pois congo et de pistaches. Les terres étaient labourées, les semences livrées à temps. Ils n’avaient pas trop de soucis à se faire. Mais depuis 2016, c'est la déchéance à la petite cuillère qui leur est servie chaque jour. « Taïwan a tant fait pour nous, on espère qu'il va relancer le projet et nous donner de quoi nous remettre au travail », a lancé le pasteur Jean Gespère, de retour du lac artificiel alimenté par la rivière de Saint-Michel, présenté comme l'un des responsables au village. Si rien n’est fait, les villageois peuvent boire le calice jusqu'à la lie, prétendent certains autres. 

Quand les villageois présentent certaines doléances, ils font état du parc d'équipements qui est transformé en un cimetière de tracteurs et de semoirs. Le centre de santé est à l'arrêt depuis des années ; la génératrice ne peut envoyer de courant faute de câbles. L'eau ne peut arriver dans les parcelles par manque de canaux d'irrigation secondaires ce qui force à laisser les champs en friche alors que le lac se trouve à moins d'un kilomètre des terres cultivables. Des maisons du village méritent un coup de neuf. L'ambassadeur répond qu'il n'a pas encore reçu de demande formelle de la part des autorités. Mais « ma porte est toujours ouverte », dit-il. « Si on reçoit une demande de l'État Haïtien par rapport à ce projet on va en discuter », a-t-il promis par ailleurs. 

L'agronome Ronald Torchon, chef de service à la direction départementale de l'agriculture de l'Artibonite (DDAA) et ancien responsable du bureau agricole communale de St Michel de l'Attalaye, présent lors de la visite, à fait savoir qu'il va acheminer une demande auprès de l'ambassade, après les déclarations de l'ambassadeur et sur insistance de certains villageois. Sa requête prendra en compte des besoins d'outils agricoles comme des tracteurs, des implements tels que des charrues. 

Les responsables de la société Stevia agro-industrie S.A, qui viennent de lancer un projet de production à grande échelle de stevia, une plante à base de stéviose, et d’avocats dans la zone, jugent qu'il était utile d’amener l'ambassadeur du Taïwan dans la région pour jauger de la pérennité de son projet à 60 millions de dollars américains en terme d'infrastructures pour les habitants. Avec les débouchés que les activités de la société Stevia offrent aux jeunes qui, autrefois, migraient constamment vers l'étranger, l'investissement de la République de Chine Taïwan peut devenir pérenne et plus bénéfique pour la région de Savane Diane.  



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