Diplomatie académique et scientifique

Coopération : les universités espagnoles s’ouvrent aux universités haïtiennes appelées à mieux s’organiser

Les universités du royaume d’Espagne manifestent leur volonté de collaborer et d'offrir leur expertise aux universités haïtiennes dans plusieurs domaines de formation et de recherche. Elles sont prêtes à octroyer différents types de bourses aux étudiants haïtiens, participer aux côtés des dirigeants d’universités pour implémenter des programmes académiques et scientifiques adaptés aux besoins et aux réalités du pays, former des cadres de certains organes de l’administration publique, mettre sur pied une école nationale doctorale, entre autres. Il faut que les universités haïtiennes se renforcent, s’organisent mieux pour profiter de ces opportunités qui vont dynamiser l’enseignement supérieur du pays. Telle est l'attente de l’ambassadeur haïtien Louis Marie Monfort Saintil, qui fait de la coopération académique et scientifique l’une de ses priorités à la diplomatie.

Publié le 2021-04-28 | lenouvelliste.com

La semaine dernière, plusieurs rencontres se sont tenues à Madrid entre la Conférence des recteurs et dirigeants des institutions universitaires haïtiennes (Corpuha) et son homologue en Espagne, la CRUE (Conférence des recteurs des universités espagnoles), l’Agence de coopération espagnole, notamment pour l’Amérique latine, ainsi que d’autres acteurs intéressés par cette dynamique d’échanges, de partage de connaissance entre les deux pays qui ont paraphé, le 21 avril dernier, une convention de collaboration.

Le diplomate haïtien, qui a décroché sa maîtrise et son doctorat dans le système universitaire espagnol, croit qu’il faut que les institutions universitaires haïtiennes, tant sur le plan de l’administration que sur le plan de la production, améliorent leur structure et s’adaptent à un ensemble de normes internationales. Dr Saintil évoque un « déficit » de dynamisme et d’organisation de la part des universités haïtiennes qui, dans certains cas, ne répondent pas souvent, dans les délais requis, aux différentes offres qui leurs sont formulées par des institutions étrangères. En effet, l’ambassadeur souligne l’existence de plus d’une demi-douzaine d’accords qui n’ont pas été poursuivis, voire implémentés, en raison de cette faiblesse organisationnelle des institutions d’enseignement supérieur dans le pays. 

« Actuellement, on a plus de vingt-quatre programmes inter-échanges disponibles avec leur financement qu’on va éparpiller à toute la chaîne des universités membres de la Corpuha. L’UEH a désigné quelques-uns, mais, jusqu’à présent, il y a des noms qui se font attendre. On n’aura pas d’autres choix qu’envoyer ces offres aux autres institutions membres de la Corpuha qui devront, sur le plan interne, s’organiser et en profiter... », souhaite l’ambassadeur, qui croit que ces protocoles d’accord pourraient permettre, dans un premier temps, de renforcer la capacité et la qualité de l’enseignement supérieur en Haïti, tout en le rendant plus dynamique.

Dans le cadre des nouvelles collaborations avec les universités espagnoles, il ne s’agira pas « de répliquer des programmes européens. Il faudra profiter de leurs expertises pour adapter des programmes selon les réalités de la région dans laquelle nous évoluons». « On a tendance à aller vers l’extérieur pour reproduire tout ce qui se fait dans une réalité qui n’est pas la nôtre. Cela ne va pas se faire de cette manière », soutient l’universitaire qui invite, précisément, les dirigeants de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), devant faire certains suivis sur des dossiers qui restent stagnants, à répondre aux demandes qui sont en attente.

Dans peu de temps, une vingtaine de jeunes étudiants boursiers haïtiens seront accueillis en Espagne, dans le cadre du programme « Erasmus KA107 », pour participer à des modules de formation dans le cadre d’une mobilité internationale de crédit.  

Pour l’instant, les universités espagnoles accordent la priorité aux domaines de « l’eau et assainissement, la santé publique, l’éducation, l’ingénierie, la restauration du patrimoine culturel, et autre », rappelle un communiqué de l’ambassade, soulignant la volonté des institutions universitaires d'Espagne à travailler sur d’autres domaines d’intérêts communs avec Haïti.

Afin de mieux préparer des étudiants à un meilleur apprentissage dans des programmes universitaires, les partenaires envisagent de placer en Haïti l'’Institut Cervantes, la première institution mondiale consacrée à l’enseignement de l’espagnol.  L’institut est réparti dans plus d’une quarantaine de pays des cinq continents.

« C’est une opportunité que le pays ne doit pas manquer », croit l’ambassadeur, ajoutant que l’accord signé entre les deux institutions va permettre tant à l’Espagne qu’aux autres pays de l’Union européenne de reconnaitre et valoriser davantage les diplômes issus du milieu universitaire haïtien. 



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