Robert Mundell, prix Nobel d’économie en 1999 et père de l’euro, est mort à 88 ans

Publié le 2021-04-26 | lenouvelliste.com

Robert Alexander Mundell, économiste canadien, prix Nobel d’économie en 1999, père de la macroéconomie internationale et de l’euro, est décédé le 4 dimanche 2021 à Toscane en Italie à l’âge de 88 ans. Très jeune, il s’est fait connaitre en appliquant le cadre keynésien d’analyse macroéconomique à un environnement d’économie ouverte. John Maynard Keynes avait réalisé ses travaux dans un contexte d’économie fermée. Mundell va étendre la théorie keynésienne aux marchés monétaires, aux taux de change et aux marchés des capitaux dans les économies ouvertes.

John Marcus Fleming (1911-1976), un autre économiste britannique qui a été directeur adjoint du département de recherche au Fonds monétaire international (FMI) durant plusieurs années, avait également travaillé sur la même problématique durant la même période. Les résultats des travaux de ces deux chercheurs sont enseignés dans les universités sous le thème « modèle Mundell-Fleming ». Ils ont donné naissance à la macroéconomie internationale ou encore la finance internationale.

Entre 1960 et 1962, Robert Mundell et Marcus Fleming avaient publié des articles, chacun de son côté, sur les effets à court terme de la politique monétaire et fiscale en économie ouverte. Mais c’est en 1963 que Robert Mundell apporte les preuves théoriques des effets du commerce international et des mouvements de capitaux sur le modèle keynésien. Ce nouveau cadre d’analyse permet d’étudier l’importance de l'équilibre entre les importations et les exportations et les flux de capitaux entrants et sortants. C’est à ce niveau que le système de taux de change entre en jeu comme un facteur crucial.

Selon les conclusions du modèle Mundell-Fleming, dans un système de taux de change flexible, la politique monétaire demeure un outil de politique économique efficace, à l’inverse de la politique fiscale qui est plutôt efficace dans un régime de taux de change fixe. Les travaux de Robert Mundell, publié en 1963, servaient de référence aux autorités monétaires dans les années 1970 avec la fin du régime de taux de change fixe lié au système de Bretton Woods. À partir de cette date, le système de change flexible avait connu un essor fulgurant. C’est pour l’ensemble de ces travaux théoriques et de leurs applications que Robert Mundel a été récompensé en 1999 du prix Nobel d'économie.

Robert Mundell a démontré que les échanges commerciaux peuvent avoir des impacts considérables sur les politiques macroéconomiques nationales, particulièrement sur le taux de change.  Justement, c’est pour faire face à la volatilité des taux de change qu’il avait suggéré de construire des zones monétaires optimales avec une monnaie unique. Le prix Nobel canadien a été un grand défenseur de l’unification monétaire européenne. Voilà pourquoi il est considéré comme le père de l’euro. Il avait aidé à sa création avec ses travaux sur la théorie de l'optimalité de l'union monétaire en 1961. Il avait d’ailleurs reçu le prix Nobel d’économie l’année de la création de l’euro : 1999.

Mundell était aussi un grand praticien pour avoir été conseiller de plusieurs organismes nationaux et internationaux. Parmi ces organismes, on peut citer les Nations unies, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), la Commission européenne, la Réserve fédérale américaine et le Trésor américain. Il était l’un des plus grands spécialistes des relations monétaires internationales de son temps.

L’académie Nobel, lors de la remise du prix avait reconnu la pertinence et la justesse des travaux de Robert Mundell qui, selon le communiqué publié à l’époque, « a choisi ses problèmes avec une acuité inhabituelle - quasi prophétique - en termes de prédiction du développement futur des accords monétaires internationaux et des marchés de capitaux» (1).

Dans sa théorie des zones monétaires optimales, il a établi les conditions dans lesquelles des pays ont intérêt à adopter une monnaie commune. Il faut, précisait-il, que ces pays acceptent une parfaite mobilité des facteurs de production, à savoir le capital et le travail. Les pays membres de la zone monétaire ne peuvent pas recourir à la politique de la dévaluation comme stratégie d’exportations. Comme le taux de change ne peut plus servir de facteur d’ajustement dans ces zones, le déplacement des capitaux ou des travailleurs demeure les principaux amortisseurs de chocs économiques.

Évidemment, il existe des inconvénients à la mobilité des travailleurs. On peut citer les différences culturelles, linguistiques et administratives entre les pays d’une zone. Quant à la mobilité des capitaux, la différence de taxation et des systèmes comptables peut représenter des barrières à la mobilité. Toutefois cela n’invalide pas pour autant la théorie des zones monétaires optimales. Ces inconvénients traduisent la nécessité pour les pays de satisfaire à un certain nombre de prérequis avant d’intégrer une zone monétaire optimale. Autrement dit, il faudra une certaine homogénéité des membres à bien des égards.

On doit également à Robert Mundell le concept de « triangle des incompatibilités » ou « trilemme ». Celui-ci traduit l’impossibilité d’avoir simultanément un taux de change fixe, des mouvements fluides de capitaux et une politique monétaire indépendante. On ne peut poursuivre que deux de ces objectifs. Pour preuve, la France et l’Allemagne avaient essayé en 1990 d’avoir la liberté des mouvements de capitaux et un taux de change fixe. Finalement, les autorités monétaires françaises étaient obligées d’abandonner leur politique monétaire en s’alignant sur le taux d’intérêt de la Bundesbank, la banque centrale allemande.

Certains des travaux de Robert Mundell ont servi de fondements aux politiques économiques du président américain Ronald Reagan, la fameuse Reaganomics. Ces politiques visaient à réduire, voire abolir les politiques redistributives d’inspiration keynésienne. Elles visaient également à stimuler l’économie américaine par des baisses significatives d’impôt aux entreprises et aux nantis. Les conseillers du président Reagan désignaient toutes ces politiques sous le thème : « L’économie de l’offre ».  

Pour Mundell, les taux d’imposition progressifs qui taxent plus fortement les plus riches diminuaient la taille du gâteau à distribuer, ou encore la création de richesses. Ils croyaient que «les pauvres seraient mieux lotis avec une plus petite part d’un plus gros gâteau qu’avec une plus grande part d’un petit gâteau». C’est pourquoi il proposait un taux d’imposition effectif inférieur à 25 % en vue d’inciter les entrepreneurs à investir. Les gouvernements de droite, y compris celui de Donald Trump  très récemment, se raffolent de cette idée d’allègement fiscal des plus riches. On n’a cependant aucune certitude que l’augmentation de richesse des plus riches, due à la baisse de taxe, sera réinvestie dans l’économie dans le but de créer de la richesse nationale au profit de la collectivité. Résultat : on aboutit souvent à un accroissement des inégalités de richesse, préjudiciable à la cohésion sociale et à la croissance économique.   

Les idées de Robert Mundell ont déplacé les frontières des sciences économiques avec notamment la création de la macroéconomie internationale et même de l’euro. Ces idées ont déjà marqué le monde à tout jamais. Elles ne disparaitront pas avec leur géniteur.

Thomas Lalime

thomaslalime@yahoo.fr

https://www.nouvelobs.com/economie/20210406.OBS42335/mort-de-robert-mundell-parrain-de-l-euro-et-pere-de-la-macroeconomie-internationale.html

Thomas Lalime
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