Création d’opportunités d’investissement dans le secteur textile haïtien

Les crises sociopolitiques successives ayant touché le pays depuis 2018 ont paralysé les activités économiques, notamment le secteur textile et celui de l’habillement qui a connu des pertes assez considérables. Des pertes se traduisant par une baisse importante des exportations vers les Etats-Unis, la fermeture d’au moins trois entreprises et une réduction des emplois du secteur. Pour le revitaliser, la Banque mondiale, à travers la Société financière internationale (IFC), a proposé un plan visant à créer des opportunités d’investissement dans le secteur de l’habillement. Un plan dont les grandes lignes ont été exposées à la 11e édition du Sommet international de la finance.

Publié le 2021-04-22 | lenouvelliste.com

Pedro Andres Amo, spécialiste du secteur privé pour la Société financière internationale (IFC), filiale de la Banque mondiale, a été sélectionné pour être l’intervenant devant présenter le projet intitulé : « Créer des opportunités d’investissement en Haïti, Secteur de l’habillement ». Ce projet est le fruit d’un partenariat entre l’ISC, le ministère de l’Economie et des Finances (MEF) et l’Association de l’industrie d’Haïti, affirme l’intervenant qui précise que ledit partenariat a bénéficié du soutien du gouvernement de la Corée du Sud et du programme Service de conseil sur la facilité du climat d’investissement (FIAS en en anglais).  

Ce plan formulé et proposé par l’IFC vise plusieurs objectifs dont :

-maintenir les emplois face à la pandémie de Covid-19 en aidant le secteur textile à se remettre de la baisse des activités ;

- générer de l’investissement en faisant la promotion d’Haïti, en identifiant les possibilités d’investissement, en relevant les défis qui empêchent l’investissement en mobilisant les intérêts des investisseurs existants et des nouveaux ;

- créer des emplois à travers l’offre de nouvelles possibilités d’emplois aux Haïtiens en sécurisant de nouveaux investissements.

L’importance du secteur de l’habillement pour Haïti n’est plus à présenter, à en croire le représentant de l’IFC. C’est le plus grand employeur du secteur privé formel haïtien avec un total de 55 500 travailleurs. En 2018, le montant des exportations du textile haïtien était évalué à un milliard de dollars américains. Soit 90% du total des exportations du pays. En plus, ce secteur bénéficie d’un accès en franchise de droits et d’une proximité avec les États-Unis, sans oublier le fort soutien du Congrès américain pour le renouvellement de programme de préférence commerciale.

En outre, ce secteur a un potentiel de croissance inestimable à en juger par son quota de franchise des droits sous-utilisé (moins de 40% des exportations autorisées) et aussi par les espaces industriels disponibles (zones économiques spéciales prêtes et extensions en cours des parcs publics et des zones privées).

À côté des atouts précités, le spécialiste du secteur privé de l’IFC a ajouté le Plan de relance économique post-Covid (PREPOC2020-2023) comme autre catalyseur pour la relance du secteur textile. En effet, argue Pedro Andres-Amo, la manufacture de l’habillement est l’un des 5 secteurs prioritaires du Pilier Diversification et Accélération de la croissance contenu dans le PREPOC. Les objectifs fixés par ce plan de relance sont en parfaite adéquation avec le renforcement du secteur de l’habillement.

Le PREPOC envisage une croissance moyenne de 3% au cours des trois exercices qu’il couvre et aussi la création de 69 mille emplois dont 58 mille dans le secteur de l’habillement. Ce plan de relance économique post-Covid prévoit aussi 3 milliards de gourdes pour accompagner l’amélioration de la sécurité sociale des 60 mille ouvriers de la sous-traitance. Ce qui, selon l’intervenant M. Pedro Andres-Amo, est une avance très importante pour le secteur surtout par rapport au thème du Sommet cette année qui tourne autour du renforcement du capital humain.

Le cadre de l’IFC pense également que cet apport de 3 milliards de gourdes alloués à l’amélioration de la sécurité sociale rejoint les exigences du Congrès américain qui encourage l’accès aux soins de santé et à l’éducation des travailleurs.

Les deux principaux objectifs : une croissance de 3% et la création de 69 mille emplois dont 58 mille dans le secteur de l’habillement.

PREPOC prévoit 3 milliards de gourdes pour accompagner l’amélioration de la sécurité sociale des 60 mille ouvriers de la sous-traitance. Ce qui, selon l’intervenant M. Pedro Andres-Amo, est une avance très importante pour le secteur surtout par rapport au thème du Sommet cette année qui tourne autour du renforcement du capital humain. Le cadre de l’IFC pense également que cet apport de 3 milliards de gourdes alloué à l’amélioration de la sécurité sociale est conforme aux exigences du Congrès américain qui encourage l’accès aux soins de santé et à l’éducation des travailleurs.

Le client le plus important pour le secteur de l’habillement haïtien est les États-Unis. Pour preuve, on a pu remarquer que selon les chiffres avancés par M. Andres-Amo, la chute des importations américaines causée par la Covid-19 était plus importante que celle causée par la crise économique de 2008. Cependant, il y a lieu d’espérer a fait savoir l’intervenant compte tenu des prévisions d’une récupération plus rapide de ce secteur dans les jours qui viennent.

Comment la pandémie a-t-elle affecté le secteur de l’habillement en Haïti ?

Fragilisé par la récurrence des crises sociopolitiques depuis juillet 2018, le secteur a été frappé par la pandémie au cours de 2020 à partir de plusieurs facteurs : incertitude et dysfonctionnement de la chaîne de valeur internationale de l’habillement ; mesures restrictives nécessaires pour endiguer l’expansion de la Covid-19 ; difficultés de liquidités et d’accessibilité des matières premières ; nouvelles dispositions fiscales et monétaires adoptées.

Conséquences

De ces facteurs il en résultait une série d’éléments très préjudiciables au secteur tels qu’entre mars et mai 2020, un total de 723 jours de production perdus rapporté par 90% des compagnies ; des pertes de chiffres d’affaires pour la majorité des entreprises dues à la réduction des commandes ; une baisse de plus de  20% en valeur des exportations vers les États-Unis entre 2019 et 2020 ; constat d’un ralentissement des plans d’investissement et fermeture d’au moins trois entreprises en 2020 ; en avril 2020, les revenus de plus de 30% des travailleurs ont été affectés ; au début de l’année 2021, récupération de la majorité des usines qui travaillent  à plus de 80% de la moyenne de leur effectif ;  forte réduction des emplois à temps complet.

À côté des pertes constatées dans le secteur, le représentant de l’IFC a également noté quelques opportunités que la Covid-19 a offertes au secteur textile haïtien notamment au niveau des produits. Parmi ces opportunités, il a mentionné l’explosion de la demande des produits de protection utilisés comme articles de mode ; 40% des compagnies qui ont réduit leur force de travail sont intéressées à la production d’Équipements de protection individuelle (EPI) ; les produits sophistiqués demandent des investissements, mais il y a des opportunités avec une adaptation raisonnable de la production ; forte concurrence avec l’Asie et la production mécanisée.

 Le commerce en ligne a été le principal moteur des ventes (75% des ventes locales) ; les défis de la logistique maritime mondiale offre des opportunités pour la stratégie de nearshiring ; préférence croissante pour l’approvisionnement au sein des régions ; besoin de rapidité et d’agilité, lots de commandes 10 fois plus petits.

Selon le constat de l’expert de l’IFC, les entreprises de l’habillement en Haïti sont confrontées au paradoxe de l’œuf et de la poule. Elles sont prêtes à investir dans de nouvelles lignes de production pour achat à moyen et long terme, tandis que les acheteurs préfèrent observer les résultats d’une petite commande avant de s’engager sur le long terme.

Améliorer la position d'Haïti comme destination d'investissement

En guise de conclusion, Pedro Andres-Amo a présenté un résumé du plan d’action de son projet : créer des opportunités d’investissement en Haïti dans le secteur de l’habillement. Ce plan est divisé en trois étapes différentes. La première étape qui s’étend sur une période de six mois (février à juillet 2021) consiste à travailler pour aider le secteur à avoir une réponse rapide, ciblée et focalisée aux effets nocifs de la pandémie. Une réponse permettant aux fabricants haïtiens de se développer rapidement pour produire des EPI ou de relancer la production additionnelle de vêtements. Deux actions sont nécessaires pour cette première étape : fournir des informations sur les marchés ; aider à faire correspondre les propositions et les commandes entre les producteurs, les acheteurs et les institutions financières.

Dans la deuxième étape « Engagement à moyen terme » qui s’échelonne sur 18 mois (août 2021 à janvier 2023), on planifie de travailler à aider à travers un dialogue multipartenaire les producteurs déjà sur place à gérer les défis et lever les obstacles et améliorer les services aux acteurs du secteur. Ainsi les démarches à entreprendre consistent à réaliser une analyse de la chaine de valeur et d’une analyse comparative du secteur ; mener une analyse des principaux obstacles au secteur ; fournir des conseils opérationnels ; renforcer les capacités de conformité.

La troisième étape dénommée « Aftercare, Sensibilisation et Attraction » qui s’étend sur 36 mois, consiste en soutien technique pour le suivi et la sensibilisation des investisseurs afin d’assurer la croissance durable de l’industrie de l’habillement, une fois que la menace de la Covid-19 aura quasiment été dissipé. Les actions nécessaires à la réalisation de cette étape : analyser de potentiels investisseurs ; renforcer le suivi avec des investisseurs existant pour résoudre leurs problèmes et faciliter leur expansion ; améliorer la proposition d’Haïti comme destination d’investissement.

En guise de modèle de plan de relance économique post-Covid, Pedro Andres-Amo invite les acteurs à se tourner vers le Bangladesh qui a vécu à peu près les mêmes problèmes en matière de perte de commandes, d’arrêt de travail, de fermeture d’usines et perte d’emplos.  Face à cette situation, l’IFC, dans le cadre de son programme de soutien au secteur de l’habillement intitulé Partnership for cleaner Textile (PaCT), a préparé un plan de relance économique pour le secteur textile du Bangladesh.

Cyprien L. Gary

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