L'Église catholique d’Haïti debout contre le kidnapping

Publié le 2021-04-16 | lenouvelliste.com

À travers les 10 diocèses du pays, l’Église catholique d’Haïti a célébré le jeudi 15 avril des messes pour exprimer sa solidarité avec les personnes victimes des actes de kidnapping dans le pays. À la paroisse Saint-Pierre de Pétion-Ville, la célébration eucharistique, concélébrée par l’assemblée des évêques, a été l’occasion pour exiger la libération de toutes les personnes victimes d'actes de kidnapping et protester contre l’insécurité.

Midi. Le son des cloches de l’église Saint-Pierre retentit à Pétion-Ville comme dans les 10 diocèses du pays. Le cri des fidèles qui s’est ensuivi témoigne de la douleur d’un peuple qui n’en peut plus. Comme pour sonner le glas du kidnapping, la Conférence des évêques catholiques a ordonné de faire parler les cloches des églises telle une marque de communion, de pensées et de prières pour les personnes victimes de kidnapping, de violence et de l’insécurité...

Au moment de rentrer dans une église déjà bondée, le poing levé, les fidèles accueillent les évêques en scandant « nou bouke ». Des militants, pancartes en main, ont couru dans les allées du temple. Mgr Kenel Alphonse a dû intervenir en réclamant le silence pour débuter ce qui allait être un psaume de libération pour Haïti et pour dénoncer les maux qui enfoncent tout droit dans l’abîme notre cher pays.

« Nous dénonçons énergiquement les actes de kidnapping dans le pays », a martelé Mgr Launay Saturné, président de la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH) qui présidait la célébration eucharistique organisée en signe de solidarité avec les personnes victimes des actes de banditisme et de kidnapping. L’évêque a indiqué que la Conférence des évêques d’Haïti et la Conférence des religieux d’Haïti exigent la libération immédiate, sans condition de toutes les personnes séquestrées par des ravisseurs dans le pays.

« Nou vin mande moun ki se sèvo kidnapin nan, moun ki sou teren yo k ap fe anlèvman yo sispann mete dlo nan je pèp ayisyen an. Sispann pratik kidnapin nan ! Nou pa ka negosye sou tèt moun tankou n ap machande yon bèt », a dénoncé le prélat.

Selon l’archevêque métropolitain du Cap-Haïtien, le kidnapping plonge le pays dans les ténèbres. Il menace la vie du peuple haïtien. « Nous nous demandons à quand la fin de cette situation dans le pays. Qui dira halte-là ? Le pays deviendra-t-il incontrôlable?», s’est interrogé Mgr Launay Saturné, expliquant que les évêques catholiques constatent avec beaucoup d’indignation et de révolte ce qui se passe dans le pays depuis des jours. Les bandits ont plus de pouvoir que l’Etat et la Police nationale d’Haïti, tandis que les autorités publiques sont passives devant la souffrance, le désespoir du peuple haïtien.

« On prie contre l’insécurité, le kidnapping. On rêve d’une Haïti sans insécurité, sans kidnapping et sans violence. On prie pour la libération de tous ceux qui sont kidnappés et pour la conversion de tous ceux qui sont impliqués dans les actes de kidnapping », a prêché l’évêque, invitant chaque citoyen à jouer son rôle pour une nouvelle Haïti. Il exhorte aussi les autorités publiques à prendre leurs responsabilités.

Aux hommes armés, il les exhorte à déposer les armes et à  se convertir. « Si quelqu'un verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé ; car Dieu a créé l'homme à son image », a-t-il indiqué en citant le verset 6 du livre de la Genèse. Sous une salve d’applaudissements, il a déclaré : « Sispann bay moun zam ak minisyon pou fè san koule». « Il faut que quelque chose change dans ce pays », a-t-il lancé, reprenant ainsi la célèbre phrase du pape Jean-Paul II lors de sa visite en Haïti le 9 mars 1983.

Dans la foulée de la messe, la présence du Dr Réginald Boulos, chef du Mouvement pour la transformation et la valorisation d'Haïti (MTV), de Me André Michel entre autres a été remarquée. Notons que des militants ont organisé un mouvement spontané. Des agents des forces de l’ordre ont lancé du gaz lacrymogène à profusion pour disperser les manifestants. Un véhicule a été incendié.

Ce 15 avril, l’Eglise catholique d’Haïti a recommandé la fermeture des écoles catholiques, presbytérales, congréganistes, universités et de toutes les autres institutions pour dénoncer le kidnapping, le dimanche 11 avril 2021, d’une dizaine de personnes, dont 7 religieux, par des bandits armés du gang 400 Mawozo. Les écoles n'ont pas fonctionné à Port-au-Prince, le grand commerce non plus.



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