La République dominicaine préoccupée par la crise politique et la lenteur du processus électoral en Haïti

Le gouvernement de la République dominicaine a publié mercredi 7 avril 2021 une déclaration dans laquelle il fait part de sa préoccupation face à la crise politique et sociale qui continue de secouer la République d’Haïti, et souligne la nécessité d'un dialogue inclusif devant permettre l’adoption de mesures nécessaires pour organiser un processus électoral démocratique.

Publié le 2021-04-07 | Le Nouvelliste

« Le gouvernement dominicain suit l’évolution des événements en Haïti avec une profonde préoccupation. Le pays voisin traverse une situation d'instabilité politique marquée par une violence et une insécurité accrues, ainsi qu'une grave crise alimentaire qui génère un mécontentement populaire considérable », indique le communiqué, lu par le ministre dominicain des Affaires étrangères, Roberto Álvarez.

Dans ce texte, le chancelier dominicain pointe du doigt les difficultés à respecter le calendrier électoral proposé par le gouvernement haïtien. « Nous sommes préoccupés par les difficultés à respecter le calendrier électoral proposé par le gouvernement haïtien », déclare la diplomatie dominicaine.

À en croire la déclaration publiée par la chancellerie dominicaine: «Cette difficulté découle de deux éléments fondamentaux: premièrement, le manque de dialogue entre les principaux acteurs appelés à participer aux différents processus électoraux. Deuxièmement, la grande lenteur avec laquelle l'inscription et l'identification des électeurs sont effectuées. À ce jour, toutes les estimations indiquent que l'objectif d'achever l'inscription des électeurs pour le processus électoral ne sera pas atteint ».

Contacté par la rédaction, l’économiste politologue, expert de l’Amérique latine, Joseph Harold Pierre, à l’instar des Dominicains, a également fait montre de sa préoccupation quant à l’absence des conditions politiques, légales, et de sécurité devant permettre la tenue des élections dans le pays.

Si les dominicains n’ont pas un langage aussi tranchant, Joseph Harold Pierre lui n’y va pas par quatre chemins. « Cette année, il n’y aura pas d’élections […] Peut-être un référendum. Même le référendum est hypothétique vu qu’il n’y a pas un minimum d’accord entre les acteurs », a tranché Joseph Harold Pierre estimant normale la préoccupation dominicaine car, selon lui, l’organisation des élections n’est possible sans un minimum d’accord, de légitimité, de confiance et de crédibilité.

Au côté du problème de sécurité rendant quasiment impossible toute velléité de tenir des élections dans le pays, 110 cas de kidnapping durant les mois de janvier et février contre 234 cas l’année dernière, le professeur Pierre insiste sur un autre problème d’ordre administratif qui n’attire pas trop l’attention.

« L’administration électorale ne fonctionne pas. On ne saurait avoir des élections et un référendum la même année. Nous n’avons pas d’administration pour cela. Notre administration compte parmi les plus faibles au monde », a souligné Joseph Harold Pierre, expert en partis politiques, administration électorale et systèmes électoraux, plaidant pour un minimum de consensus, un dialogue entre le gouvernement et l’opposition.

Une position également exprimée par la République dominicaine dans sa déclaration qui en appelle à un dialogue politique large, inclusif et de bonne foi qui rassemble les différentes forces nationales haïtiennes, à la recherche d'un accord de gouvernance pour la modification constitutionnelle et la tenue d'élections.

« En conséquence, le gouvernement dominicain lance un appel sincère à tous les secteurs engagés pour la démocratie, tant en Haïti que dans la communauté internationale, à contribuer autant que possible à la création d'un environnement propice à ce dialogue nécessaire », lit-on dans ce communiqué dans lequel le gouvernement dominicain réitère sa ferme adhésion au principe de non-intervention dans les affaires intérieures des autres États, au respect de la Charte démocratique interaméricaine, en particulier en ce qui concerne la participation des citoyens aux décisions relatives à leur propre développement, en tant que droit et responsabilité, condition nécessaire à l’exercice plein et effectif de la démocratie.

Par ailleurs, Joseph Harold Pierre n’en démord pas et pense que les Dominicains peuvent participer dans la résolution de la crise haïtienne. « Les Dominicains ne peuvent pas nous aider directement en s’immisçant dans nos affaires internes compte tenu des malentendus historiques, politiques, les contentieux non vidés […] Cependant, grâce au développement de la République dominicaine, à la transition et consolidation démocratiques dominicaines, ils sont mieux positionnés pour parler en notre nom devant les instances internationales », a affirmé le professeur, expliquant que les Dominicains peuvent intercéder pour nous auprès des États-Unis, de l’Union européenne pour les convaincre que l’organisation des élections pour le moment n’est pas possible en Haïti. « Tenir des élections dans ces conditions, c’est exacerber le chaos que nous vivons actuellement », a martelé le professeur Pierre.

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