La justice fonctionne en « catimini » aux Gonaïves 

Depuis la recrudescence des actes de violences au centre-ville des Gonaïves, l’appareil judiciaire fonctionne au gré des militants armés. Les justiciables éprouvent d’énormes difficultés à jouir pleinement de leurs droits. Les professionnels du secteur ne sont pas non plus épargnés par l’impact néfaste de cette crise. Dans l’objectif de ne pas laisser la juridiction sombrer dans l’impunité, des voix s’élèvent. 

Publié le 2021-04-08 | lenouvelliste.com

Deux mois après l'incendie du palais de justice des Gonaïves, aucun travail de réhabilitation n'est entrepris dans les locaux de ce dernier. Ce bâtiment mythique érigé à la rue Lamartinière, à quelques mètres du commissariat de police, est abandonné par les membres de la basoche. Depuis plusieurs semaines, ils ont emménagé dans un local inapproprié, à l’avenue des Dattes, au nord de la ville. L’espace étant exigu, les sièges ne peuvent pas avoir lieu comme à l’accoutumée. Entre-temps, des prévenus croupissent à la prison de fortune de la juridiction. 

« Nous fonctionnons en catimini », a indiqué la doyenne du tribunal civil des Gonaïves, Me Fonie Charles Norgaisse dans une courte interview téléphonique. Selon le magistrat, vu que les conditions de travail ne sont pas réunies, la priorité est accordée aux affaires urgentes. L’interrogeant sur les démarches entreprises pour la régularisation de la situation, la juge a fait savoir qu’une visite d’évaluation a été effectuée sur le site par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ). « Nous attendons la réparation de l’espace », a-t-elle soutenu d’une voix impuissante. 

« Dans la juridiction des Gonaïves, l’appareil judiciaire n’existe pas », s’est indigné le coordonnateur de MEDHA-Droits humains, Me Michelet Dorgilles. Sans mâcher ses mots, il s’est élevé contre le sort des justiciables particulièrement, « les prévenus qui sont enfermés dans le cachot servant de prison ». Il est inacceptable, a tempêté Me Dorgilles, que l’Etat continue de violer les droits des citoyens. L'homme de loi dit lancer un vibrant appel aux instances concernées en vue de les exhorter à garantir le bon fonctionnement du tribunal. « Si rien n’est fait, le département sera livré aux malfrats », a prévenu le défenseur. 

De leur côté, certains avocats dont les dossiers sont en souffrance ont critiqué ce qu’ils appellent le « manque de leadership » de la doyenne. Ils restent persuadés que les activités reprendront leur cours si les responsables concernés avaient redoublé d’efforts. « La crise à une conséquence catastrophique sur les avocats », a regretté le bâtonnier, Me Jaccène Jacques. Des justiciables impatients, a-t-il avancé, ne se font pas prier pour injurier ses collègues qui sont également victimes du système. M. Jacques qui estime que l’honnêteté des avocats est en jeu appelle les décideurs à accomplir leur devoir.

Parallèlement, il importe de signaler que presque tous les soirs, des détonations ont retenti dans plusieurs coins de la cité de l’Indépendance. Des cas de vols à mains armées sont également rapportés.  



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