Le rara, l’expression de l’âme des Artibonitiens 

Publié le 2021-04-05 | lenouvelliste.com

Un an après l’état d’urgence, à la satisfaction de plus d’un, le rara a officiellement repris ses droits dans le département de l’Artibonite. Durant trois jours, les passionnés de cette fête populaire se sont détachés de la réalité quotidienne pour en profiter pleinement. Dans les plaines comme dans les hauteurs, le son des vaksin et des tambours a fait vibrer l’âme des milliers de citoyens qui n’ont que le rara pour loisir. 

Dans une large mesure, l’édition 2021 du rara a été spéciale. La population qui a été oppressée par le « peyi lòk » et la Covid-19, enfin, a pu trouver une bouffée d’oxygène. À l’œil nu, l’envie de vivre et la soif de bien-être se lisent sur le visage des participants. Vêtus de leurs « kalewès » ou d’autres habits reflétant leur identité, ils se laissent emporter par le rythme entraînant des musiciens qui maîtrisent bien leur art. En observant ces fétards, on dirait que la misère, l’insécurité et les autres problèmes récurrents n'existent plus. 

Selon les constats, l’ambiance a été à son point culminant dans la plaine des Gonaïves. Tant sur le plan mystique que sur le plan de l’animation, toutes les bandes ont assuré. « C’est une nouvelle dimension. Les choses ont évolué », a laché Wilner, un supporter de la bande Saint-Sauveur de Brunette, 1re section. Interrogé à son tour, l’administrateur de « Band Gwo Motè » de Souvenance, Angelot Louis, a déclaré avoir consenti de grands sacrifices pour garantir le succès de son équipe. Il a saisi l’occasion pour dénoncer l’État haïtien qui, confie-t-il, n’accorde aucune importance au rara qui est un symbole identitaire. Dans les autres communes du haut Artibonite, les festivités n’ont pas démérité. Les déclarations des participants sont une preuve probante. 

Les habitants de Dessalines et de Petite-Rivière de l’Artibonite n’avaient pas dansé le rara depuis 2019. Il y avait d'un côté les gangs armés qui semaient la terreur de l'autre le coronavirus  qui s’était introduit dans le pays en 2020. Dans ces zones réputées pour leur ambiance particulière, cette année, en dépit des grands festivals qui n’ont pas eu lieu, le rara a connu un vif succès. Plus de deux cents bandes soutenues par la diaspora ont rehaussé l’éclat des festivités. 

Joint par téléphone, le vice-délégué de l’arrondissement de Dessalines, Wadner Joseph, s’est dit réjoui du bon déroulement des festivités. De son avis, c’est l’une des rares fois que les bandes ont drainé autant de fans. « Le rara est un symbole d’unité et de réconciliation. Les fêtards issus de toutes les couches sociales l’ont prouvé par leur comportement », a indiqué M. Joseph.  À l’instar d’autres opérateurs culturels, le manager de Mass Konpa prône la sauvegarde du rara, ce patrimoine immatériel qui ranime la vie dans les campagnes. 

Jusqu’à présent, aucun bilan officiel n’est établi. Toutefois un mort est confirmé à Gran-Bera, localité de Dessalines. La victime aurait été tuée à la suite d'une dispute avec d’autres fêtards sous l’effet de l’alcool.  



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