3 avril 2021 : les femmes ont marché contre la dictature

Elles étaient plusieurs centaines de militantes féministes à marcher le samedi 3 avril 2021 dans des rues de la capitale pour commémorer le 35e anniversaire de la grande marche organisée le 3 avril 1986 afin de sonner le glas de la dictature en Haïti et de revendiquer par la même occasion leurs droits fondamentaux et libertés individuelles. 35 ans après, le problème semble rester entier. Les revendications sont presque les mêmes. Hormis l’initiative de référendum qu’elles dénoncent.

Publié le 2021-04-06 | Le Nouvelliste

À l’initiative d’une quinzaine d’organisations féministes, dont Kay Fanm, Nègès Mawon, plusieurs centaines de manifestantes ont manifesté samedi pour commémorer la date du 3 avril 1986, marquant un pan de l’histoire du mouvement féministe en Haïti. Cette marche s’inscrivait également dans une logique de dénonciation de l’administration en place qui, selon les protestataires, viole la loi mère du pays en voulant adopter une nouvelle Constitution à travers un référendum. Pacifiques, les femmes ont fait passer leurs différentes revendications en parcourant les avenues Martin Luther King et Lamartinière en direction du Champ de Mars sans incident.

« Les femmes du pays sont sorties pour défendre la démocratie et commémorer la plus grande marche des femmes en Haïti », a fait savoir Pascale Solages, l’une des organisatrices de cette marche. Selon la militante, elles ne pouvaient pas rester muettes face aux troubles sociopolitiques, à l’impunité, à la corruption, à l’insécurité qui affectent la vie des familles haïtiennes. Toutefois, Pascale Solages estime que de 1986 à nos jours, de plus en plus de citoyens se sont mobilisés pour défendre les droits des femmes. La Convention Belem do para, la loi sur la filiation et la paternité responsable, le quota, l’implication des femmes dans l’espace publique, politique et au sein de la société civile témoignent des avancées effectuées en la matière.

Cependant les questions relatives à la santé sexuelle des femmes, au planning familial, à la dépénalisation de l’avortement sont encore des pas à franchir. « Nous devons rester vigilantes », rappelle-t-elle, soulignant les risques de violations constantes.

Sur le plan politique, la défenseure des droits souligne qu’aujourd’hui on menace la démocratie et les droits des personnes à travers certaines mesures du gouvernement. Or, pour elle, le respect des droits humains nécessite une volonté politique. Autrement dit, l’implication de l’État. « Les femmes continuent à être victimes de violence. Il faut continuer à pousser nos actions pour éliminer ces pratiques », plaide-t-elle.

Pour la sociologue Danielle Magloire, cette marche est une façon de se remémorer et de réagir à la conjoncture dans laquelle on patauge. « On disait en 1986 plus jamais. Mais il faut veiller à ce que la dictature ne revienne », encourage la militante de renom. Représentant la génération des femmes qui lutte depuis le vingtième siècle, elle souligne que les décrets du gouvernement en place ressemblent comme deux gouttes d’eau au modèle duvaliériste et au processus mis en place pour accoucher de ce régime.

La sociologue reconnait que bien de changements ont été réalisés. Pourtant, des problèmes qu’on dénonçait en 1986 restent entiers. Il y a toujours de la misère, des enfants non scolarisés, des pratiques comme « alantran », entre autres. Après la chute des Duvalier, enchaîne-t-elle, nous réclamions participation, droits des femmes et démocratie. Aujourd’hui, ces causes restent toujours valables même si elles ne sont pas posées dans les mêmes termes. De nombreuses revendications ne sont jamais satisfaites.

« Cela signifie que ceux qui ont pris les rênes du pays ne défendent pas la population, mais leur cause », dénonce Danielle Magloire. Elle s’est démarquée de l’initiative du gouvernement d’adopter une nouvelle Constitution car cette démarche, précise-t-elle, fait fi de plusieurs acquis pour lesquels les femmes ont lutté. Notamment les redditions des comptes.

De nombreuses personnalités de la société civile, d’hommes politiques et des organismes de défense des droits humains, ainsi que des partis politiques ont rejoint les femmes à cette marche. C’est le cas du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), de la Plateforme des organisations haïtiennes de droits humains, l’Organisation du peuple en lutte (OPC) et MTV Ayiti.

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