Pareilles à celle qui suit ma trace de Murielle Mishma

Publié le 2021-04-05 | Le Nouvelliste

Paru en septembre 2020, « Pareilles à celle qui suit ma trace » est le premier roman de Murielle Mishma. Ce livre raconte le rapport des jeunes filles avec les hommes mariés. Sensible et poignant,  il livre un portrait à charge de la réalité de la majorité des jeunes femmes haïtiennes d’aujourd’hui.

Un bon roman, c’est un peu une équation dont on suit la résolution, avec plus ou moins de bonheur. Si ce parallèle peut sembler quelque peu éculé, il est impossible de ne pas y songer, à la lecture très addictive, du premier roman quasiment réussi de  Murielle Mishma. Dans ce court récit, se déploient toutes les dimensions de l’amour, de la sensualité, de l’érotisme, de la tendresse et du jeu sentimental.

La vie de deux jeunes femmes, Rebecca et Carine, est mise en scène. Carine, respectueuse, gentille, âgée de 20 ans, mène une vie d’étudiante à l’Université de Port-au-Prince. Sa mère est tourmentée intérieurement avec quelques intervalles de lucidité. La petite sœur de sa mère ordonne qu’on expédie sa mère dans un centre psychiatrique.

Libre dans ses mouvements, dès que Carine n’a pas de cours à l’université, elle fréquente des hommes plus âgés qu'elle. Chaque jour s’amène un nouveau visage. Après quelques aventures, elle tombe follement amoureuse de Philippe, un homme marié. Lors de leurs ébats sexuels, ils mettent de la musique pour atténuer leurs râles, leurs cris éperdus dans des draps froissés.

Comment a-t-elle commencé cette histoire avec les hommes mariés ? Au début, ce n’était pas pour une histoire d’amour mais plutôt pour l’appât du gain. Elle avait besoin de sous pour l’achat d’un ordinateur et d’autres choses qui lui tiennent à cœur. Un homme d’État, un ministre lui promet de satisfaire son désir pécuniaire. Mais qu’est-ce que cette jeune étudiante a-t-elle à offrir en partage ? Ce ne sont pas les concepts,  les matières apprises sur les bancs de l’université qui feront le bonheur du ministre. Une partie carrée, une plongée dans son intimité pourrait changer la vie de cette fille qui a une vraie fringale d’argent. Mishma parle de plan cul.

Rebecca, la narratrice, est passée par le plan Q. Coucher avec les hommes mariés, se donner du plaisir, gagner de l’argent, voilà une vie facile pour les jeunes filles qui se donnent de la joie à tout prix. À 20 ans, elle rencontre son psychologue ; elle couche aussitôt avec le praticien. Pourquoi ? Après une belle cure thérapeutique, elle finira par comprendre que ses petits copains ne faisaient pas bien leur métier de baiseurs d’occasion. Mais le psychologue trouvait de bons mots pour mettre Rebecca dans son bain.

Rebecca rencontra sur son passage plusieurs hommes. Un exemple : Castiel. Elle a gardé cet amoureux pour toujours dans son cœur. Quand elle avait rencontré cet homme, c'était  le début d’un amour fou, un amour absolu, un amour en gros et en détail. Malheureusement, Castiel est parti vivre au Canada avec sa famille. Mais Rebecca trouvera d’autres hommes, d’autres destins. Pourquoi pas ? Notons qu’il est difficile de trouver un roman sur l’histoire d’un couple heureux. 

Murielle Mishma a mis le paquet dans ce roman sulfureux. La jeune écrivaine saisit les lieux et les gens avec une étonnante lucidité. Dans « Pareilles à celle qui suit ma trace » on rit, on pleure, on est tenu en haleine. C’est beau et c’est brillant.


 

Marc Sony Ricot  Auteur

Réagir à cet article