Stéphanie Guerrier, la musique comme porte-étendard

Publié le 2021-04-07 | Le Nouvelliste

L’étudiante finissante en psychologie à la Faculté d’ethnologie de l’Université d’État d’Haïti Stéphanie Guerrier construit pas à pas son chemin avec sa voix comme porte-étendard. Elle a son entrée dans diverses associations : membre de « Samedi à la bonne femme », une initiative de Carline Bélizaire, alias maestro Tica, elle s’épanouit avec ses pairs tous les week-ends ; membre de la compagnie artistique Palto Vanyan, dirigée par Fritz Évens Moïse (John Vanyan), elle pose sa marque sur cette structure en concrétisant, l’année dernière, le spectacle de comédie musicale « Manno Mannia » pour saluer feu Emmanuel Charlemagne, dit Manno.

Stéphanie se met toujours en chemin. Cette Port-au-Princienne cherche de nouveaux filons pour aller vers son public avec la voix du cœur qui l'accompagne dans cette voie. Sa vie a tout son sens grâce à la musique, son point de départ et d’arrivée pour boucler la boucle.

Yeux amendes, teint clair, la tête nouée de foulard, Stéphanie affiche un beau sourire sur son visage. Bien structurée dans sa personne, elle a fréquenté de très tôt des personnalités importantes dans la sphère culturelle haïtienne, tel le maestro Tica, ce qui lui permet de partager ce qu’elle a comme talent et d’acquérir en même temps certaines expériences. Ceux qui la côtoient voient en elle une chanteuse porteuse d’espoir sur la scène de la musique en Haïti.

Pour parfaire son art, elle s’est fait inscrite à Schenatsar pour des cours de techniques vocales en 2018, une école de musique dirigée par le chanteur Nicky Christ, une icône de la musique évangélique en Haïti.

La musique, une arme de combat

Chez Stéphanie, la musique est arme de combat. « Dès mon enfance, j’avais l’habitude de chanter quand ça allait mal. Ma mère disait toujours que j’étais une rebelle. J’ai composé moi-même des chansons courtes avec des messages brûlants (ou fè m soufri ti manman/ yon jou solèy va leve/ w a konprann pouvwa lavi genyen) pour lui montrer mon désaccord avec elle. Si je n’avais pas les mains pour riposter quand elle me faisait mal, ma bouche était ma meilleure arme de défense. J’ai toujours pensé que la musique est une arme de transformation. Je chante le mal du pays partout où je passe. C’est pourquoi j’adorais Toto Bissainte, mon mentor. À présent je m’attache aux chansons de Manno Charlemagne pour continuer à éclairer ma conscience. » Stéphanie pense qu’on ne peut pas être artiste sans conviction. Cette étoffe-là fonde sa personnalité.

Sa participation à différents spectacles porte l’empreinte de son dévouement et son professionnalisme. Dans « Ode à l’amour », un spectacle de comédie musicale qu’elle a mis en scène avec son groupe Acte-aire en 2017, elle a interprété des artistes de renom : Patricia Kaas, Michel Legrand, Françoise Hardy, Gilbert Bécaud, pour ne citer que ceux-là. Ce spectacle au parfum nostalgique a fait remonter au bon vieux temps, le temps où la musique, dans sa forme et dans le fond, s’appuyait sur des beaux textes. À ce spectacle, les générations confondues se sont retrouvées dans la voix de Stéphanie.

Elle a attisé le cœur du public en interprétant « Si m te konnen », la chanson inoxydable de Carole Desmesmin au festival international de la musique au féminin, réalisé par l’Association pour la promotion de la culture et des arts (APCA). Durant toute la soirée, le courage de la femme était mis en relief dans le répertoire de morceaux choisis. Stéphanie se souvient encore de ce spectacle, le ton empli d’émotion : « C’était l’un des moments les plus vivifiants  dans ma vie d’artiste. »

L’artiste ne se cantonne pas seulement dans le monde de la chanson, elle s’ouvre aussi au théâtre. Avec la comédienne et metteure en scène Paula Clermont Péan, qui avait fait vendredi dernier un bonheur, à l’Institut français, avec « Kaselezo » de Frankétienne. Stéphanie se met avec enthousiasme dans l’art dramatique, l’art du comédien par excellence ! Elle suit aussi une formation au Petit conservatoire d’art dramatique avec Daniel Marcelin sur la formation de l’acteur et  travaille en même temps sur son projet de spectacle, « Au cœur de l’ailleurs ». Définitivement, elle veut se  mettre en relief pour une bonne maîtrise de la scène quand elle chante et danse.

Douglas Zamor douglaszamor@yahoo.fr Auteur

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