« Les référendums n’ont jamais apporté de bonnes choses  à Haïti, sinon la dictature », alerte Georges Michel

Publié le 2021-04-06 | Le Nouvelliste

Ce lundi 29 mars marque le 34e anniversaire de la Constitution de 1987 que l’actuel occupant du Palais national, Jovenel Moïse, veut changer à tout prix, prétextant qu’elle est source d’instabilité dans le pays. Le Dr Georges Michel est vent debout contre ce projet. Selon lui, le chef de l’Etat veut mettre à mort cette Constitution pour asseoir la dictature dans le pays.

Pour l’essentiel, Jovenel Moïse veut établir une dictature dans le pays. Son projet de changer la Constitution le montre clairement, selon Georges Michel. « En regardant le projet de Jovenel Moïse, on peut voir clairement la dictature. Il a éliminé le Sénat de la République, annulé la Chambre des députés. Il s’est donné une clause d’impunité où le président peut tuer des millions de gens, voler des millions de dollars, violer des droits humains », a-t-il dénoncé dans une entrevue accordée à l’émission Panel Magik, ce lundi.

« Monsieur (Jovenel Moïse) a pris des mesures pour permettre au président de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains. Il a éliminé toutes les institutions du pays, a ouvert la possibilité de revenir avec des visas pour maintenir des personnes en exil, a donné la possibilité à l’Etat  de saisir des biens pour des causes politiques. On peut être déchu de son droit de nationalité "si w vire bouch ou mal" », a poursuivi M. Michel, qui a comparé l’avant-projet de Constitution de Jovenel Moïse à celle de François Duvalier en 1964 qui a reconnu une chambre unique ayant la possibilité de changer la Constitution à son gré tout en faisant n’importe quoi au sein de l’Etat.

 « On ne peut pas accepter ça du président Moïse ; le peuple haïtien a travaillé dur pour obtenir la Constitution, pour sortir de la dictature. Lui, il a dit que c’est une nouvelle Constitution, qu’il peut organiser le référendum constituant . Moi, je dis qu’il ne peut pas parce que l’article 283-4 de la Constitution l’interdit. On  peut changer une partie de la Constitution mais pas l’intégralité », a soutenu M. Michel.

La Constitution de 1946 a interdit le référendum constituant suite à un coup de force de Sténio Vincent  qui a mis de côté la Constitution de 1932, a rappelé le journaliste qui, en soulignant les retombés des référendums qu’a déjà connus le pays notamment l’ascension de Jean-Claude Duvalier au pouvoir, a conclu que les référendums n’ont jamais apporté de bonnes choses  à Haïti, sinon la dictature.

Le médecin prévoit que le jour de ce référendum il y aura un « lòk » dans le pays. Après quoi, a-t-il ajouté, la Constitution va rester comme « yon doub 6 nan men prezidan an ». Personne ne va accepter ce texte et des partis politiques continueront de manifester leur refus de ne pas aller aux élections avec lui au pouvoir.

La Constitution de 1987 a été élaborée durant les 29 ans des Duvalier au pouvoir, affirme l’historien, qui révèle que ce texte a une double finalité : faire respecter les libertés fondamentales et empêcher le retour d’un pouvoir totalitaire dans le pays. Sur la durée, a-t-il précisé, cette Constitution vise à débarrasser le pays d’un problème qui existe depuis 1918 : le changement fréquent de Constitution, et d'ajouter que c’est un texte qui a permis la stabilité constitutionnelle dans le pays.

Germina Pierre Louis Auteur

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