La soupe joumou, un patrimoine culturel immatériel qui commémore l’abolition de l’esclavage

Publié le 2021-03-31 | Le Nouvelliste

L’inscription des « savoirs, savoir-faire et pratiques liés à la préparation traditionnelle de la soupe au Giraumon » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité auprès de l’UNESCO dans le cadre de la Convention de 2003 constitue une grande première pour le peuple haïtien.

La consommation de la soupe joumou était réservée aux colons blancs et interdite aux esclaves, considérés comme des biens meubles, des êtres vivants, mais privés de tous les droits naturels qui sont censés être inaliénables et inhérents à la personne humaine. Le 1 er janvier 1804, Haïti est devenue la première République noire indépendante du monde à la suite de sa victoire contre l’armée de Napoléon, la plus puissante de l’époque. C’est le début du cycle de l’abolition de la servitude des noirs à travers le monde. La consommation de la soupe joumou le 1 er janvier 1804 par les esclaves constitue un symbole fort de liberté, de rupture avec la traite transatlantique des esclaves qui a duré plus de 400 ans. La soupe joumou a une dimension historique, une portée universelle incontestable.

Le jour de dépôt de cette candidature officielle de la soupe de l’indépendance haïtienne, soit le 25 mars, a été choisi consciemment. Chaque année le 25 mars est célébrée la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves. « Cette candidature est pour nous un événement majeur, et ce jour s’y prêtait parfaitement », explique la Déléguée permanente d’Haïti auprès de l’UNESCO, Dominique Dupuy. Il faut rappeler que la traite transatlantique des
esclaves est la plus grande opération de déplacement involontaire des personnes de toute l’histoire de l’humanité. Selon l’UNESO, environ 15 à 20 millions d’Africains ont été capturés, séquestrés et amenés de force dans les Amériques et les Caraïbes. Cette tragédie humaine est un crime contre l’humanité, le chapitre le plus dramatique de l’histoire de cette planète. « La soupe au giraumon est une ode à la liberté », renchérit l’Ambassadeur.

L’indépendance d’Haïti constitue la première décolonisation avérée d’un territoire autochtone. Elle a un caractère universel en raison notamment de sa conception d’un État ouvert aux assujettis du monde entier à la recherche d’un refuge. Autrement dit, c’est la révolution haïtienne qui a donné un sens à la notion de la dignité de la personne humaine comme dimension ontologique des droits de l’homme. Elle est unique. Elle est la seule au monde à être à la fois antiségrégationniste, antiesclavagiste et anticolonialiste. « La soupe joumou est en continuité historique avec cette tradition révolutionnaire », nous dit l’ethnologue Ricarson Dorcé.

La candidature officielle de notre traditionnelle soupe joumou sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité auprès de l’UNESCO est le résultat d’une nouvelle orientation de la diplomatie haïtienne mise en œuvre par le Chancelier haïtien, Dr Claude Joseph depuis son arrivée à la tête du Ministère des Affaires étrangères. Une orientation qui mise sur la jeunesse, le dynamisme et la défense de nos valeurs historiques.

Wisnique Panier
New York, le 26 mars 2021

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