Vers une culture de la solidarité citoyenne en Haïti

Publié le 2021-03-29 | lenouvelliste.com

Un pays ne meurt jamais, ne cesse-t-on de répéter. C’est surtout, je crois, quand le goût d’y rester ou d’y retourner ne s’effrite pas, du jour au lendemain, au moindre désappointement. Il est, certes, de ces expériences malheureuses qui désarçonnent et qui ne sont pas vécues de la même manière par les uns et les autres.  La résilience n’est ni héréditaire ni partageable; elle est individuelle et personnelle. Il y va donc de la profondeur du déchirement national en soi.

Les attaches de type régionaliste sont la plupart du temps indexées et jugées d’intérêt mercantiliste ou même d’engouement purement électoraliste.  Comme si la perspective de développement n’avait d’autre fin que l’enrichissement personnel, par la prévarication ou par le biais du pouvoir politique. C’est là, en particulier, toute la complexité, et même tout le drame des approches indépendantes en matière d’offres culturelles au pays. Cette suspicion vous met des bâtons dans les roues et arrive même à tuer chez les moins résistants les meilleures intentions d’engagement personnel dans une perspective de développement régional.

Qui pis est, dans la conjoncture actuelle de désenchantement national, provoqué par le banditisme légal, d’aucuns qui se la coulent douce à l’étranger pensent que l’artiste ou l’écrivain, déjà engagé sur le terrain dans le combat des idées, devrait avoir constamment la larme à l’œil ou adopter un discours démagogique comme nombre d’entre eux, vautrés dans l’eldorado du pays d’accueil.  Voyons plutôt comment le concept voulant qu’un pays ne meure jamais s’explique largement au Rwanda de Paul Kagame, cette nation africaine, jadis exsangue, par suite d’hostilités tribales, et qui s’est relevé d’une saga nationale d’inspiration internationale.

L’effort dans le bien

Il est venu le temps de raccommoder le tissu social déchiré du pays, par l’expression d’une solidarité agissante. Le cri d’Émile Zola  « J’accuse », dans la fameuse Affaire Dreyfus, aussi bien que le constat permanent de Louis-Joseph Janvier,  « L’effort dans le mal », doivent nous interpeller, à ce carrefour alarmant de notre descente aux enfers. Osons placer le mot du droit là où il s’avère nécessaire, mais aussi en nous efforçant de traiter nos blessures sociales, devenues malheureusement putrides avec le temps.  Surtout depuis la fameuse prescription contre Haïti, de Franklin Delano Roosevelt, au Département d’État américain.

Il faut coûte que coûte s’inscrire en faux contre cette absurde rhétorique du « pays perdu », programmée à nos dépens depuis au moins deux siècles, par idéologies religieuses occidentales mal véhiculées. De la colonisation territoriale à la colonisation mentale, il s’est creusé un vide béant entre nous, toutes classes sociales confondues, favorisant ainsi des divisions intestines qui plongent de plus en plus le pays dans les profondeurs abyssales de la pauvreté absolue.

Le Grand Sud, grandement ouvert

Le Grand Sud, de Jérémie à Jacmel, en passant par Les Cayes, voit dans le « Marathon de la lecture », initié par le Petit Lectorat, dans les dix départements géographiques du pays, une occasion inespérée de recoudre le tissu social déchiré du pays.  La nouvelle orientation de la nation haïtienne, réclamée dans des marches citoyennes à la grandeur du pays, témoigne d’une attache indéfectible à cette terre que nous ont léguée nos ancêtres.  Sans exclusive. 

L’accueil reçu aux Cayes par ce marathon de la lecture a dépassé toutes nos espérances, en considérant les accommodements infrastructurels que nous a offert la présidente de la Chambre de commerce des femmes, Madame Kénia Delva, en nous favorisant, respectivement, la rencontre de l’incontournable entrepreneur Thierry Vanté, pour des facilités d’hébergement et de restauration à Vétiver Hills Hôtel, ainsi que l’entière disposition de Madame Johanne Brinius Banatte, docteure de son état, qui nous a offert d’ouvrir  les portes de son propre domicile à quelques membres de la délégation. Quant à l’époux de Kénia Delva, l’infatigable Benson Antoine, notre conducteur volontaire, il constitue la clef de voûte de cet inoubliable séjour du Petit Lectorat dans la troisième ville du pays. 

Mérès Weche
Auteur


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