Pour ses 40 ans d’existence, le FDI prévoit une distribution de prix

À la tête du Fonds de développement industriel (FDI) depuis le 3 septembre 2019, Édouard Clément s’apprête à commémorer, le 27 mars prochain, les 40 ans d’existence de l’institution de développement. Pour l’occasion, l’actuel directeur général du FDI, dans le cadre d’une interview exclusive accordée à Le Nouvelliste, a accepté volontiers de dévoiler les coulisses de cette commémoration imminente avant d’effectuer un bilan de sa gestion tout en levant le voile sur l’état de santé du Fonds.

Publié le 2021-03-26 | lenouvelliste.com

« On n’est pas dans le cadre d’une festivité mais d’une commémoration. Le temps ne s’y prête pas. Quand même il faut marquer cet anniversaire pour rendre hommage à ceux qui ont travaillé durement pour que cette institution soit encore debout », a déclaré Édouard Clément, directeur général du FDI.

Pour marquer les 40 ans d’existence du FDI, a confié Édouard Clément, nous avons prévu deux événements majeurs, dans le cadre du gala qui aura lieu à l'hôtel Karibe le 27 mars prochain : la remise du prix Lhermite François à l’un des meilleurs clients du FDI ainsi que le lancement du concours de projets.

« Lorsqu’on parle de meilleurs clients, on parle de quelqu’un qui a été régulier dans ses paiements, qui a renouvelé ses prêts et qui a toujours gardé le même profil dans un secteur productif », a fait savoir le directeur général du FDI, soulignant que le futur récipiendaire a été  sélectionné parmi 5 clients et à partir de certains critères.

Lhermite François, ancien directeur général du FDI, est celui qui a réellement fait connaitre le Fonds. Il a marqué l’histoire du Fonds, a souligné Édouard Clément, tout en rappelant que Marc Bazin a été le premier directeur général de l’institution.

Au cours de ce gala, a poursuivi Édouard Clément, le prix FDI sera décerné à l’issue d’un concours organisé en vue de sélectionner le meilleur projet qui sera soumis. Ouvert notamment aux étudiants, aux entreprises qui existent, ce concours récompensera le projet gagnant en lui accordant un montant assez substantiel comme fonds propre tout en fournissant un accompagnement au promoteur. Toutefois, a précisé Édouard Clément, le promoteur de ce projet sélectionné devra apporter le même montant que le FDI pour permettre le démarrage de son entreprise.

À travers ces deux initiatives, Édouard Clément espère intéresser les jeunes et tout promoteur ayant de bonnes idées à bénéficier d’une subvention et d’un financement à partir de la présentation d’un plan de projet bancable.

A la question de savoir pourquoi le FDI n’est pas connu du public

« Le FDI est connu dans certains milieux. Il n’est pas connu du grand public qui n’est pas nécessairement intéressé à l’investissement massif parce que le FDI n’est pas une banque commerciale », a reconnu Édouard Clément, notant que le FDI s’adresse à un public qui s’intéresse à l’investissement productif. La clientèle du FDI est une clientèle plutôt de type PME.

Doté d’un capital de 28,8 millions de gourdes à ses débuts, le FDI dispose actuellement de fonds propres évalués à 2,7 milliards de gourdes pour plus de 400 clients répartis dans toute la République et dans des secteurs clés contre 10 clients au départ. Pour Édouard Clément, il s’agit là d’une progression énorme. 

« Cela a pris certes 40 ans, mais il faut tenir compte des moments où il y a eu des flottements, des hauts et surtout des bas […] Chaque fois qu’il y a eu des turbulences, chaque fois l’économie a pris un coup, le FDI en a subi directement les contrecoups », a illustré le directeur général du FDI, soulignant qu’il  fallait en tenir compte à chaque fois que les entreprises-clients ayant contracté des prêts importants ont eu des difficultés.

Bien que le FDI soit une institution à but non lucratif, a indiqué le DG Clément, il faut quand même garder le cap en réalisant des bénéfices pour couvrir les pertes éventuelles. Sinon, on ne pourra pas continuer à desservir la population et réussir notre mission. « Il faut toujours viser un certain profit tout en étant flexible », a-t-il fait remarquer.

 À ma prise de fonction, s’est rappelé Édouard Clément, ce qui m’a intéressé au premier chef a été le taux d’improductif assez important à l’époque. « Pour contrer tout ça, j’ai mis en place une campagne de recouvrement à partir d’une approche de proximité, une approche au cas par cas […] J’ai aussi monté une cellule de suivi, c’est-à-dire une cellule, pour accompagner les entreprises défaillantes », a énuméré l’analyste financier visiblement très satisfait des retombées de ses mesures.

« La campagne de recouvrement marche très bien. On a eu de très bons résultats. C’est une campagne de proximité avec les clients […] J’ai été personnellement voir les clients et avec la cellule de suivi et d’encadrement, nous avons réalisé de très bons recouvrements », s’est félicité Édouard Clément.

 Depuis mon entrée en fonction, a-t-il déclaré, les prêts sont accordés à partir de comités de crédit. « On a monté deux comités de crédit. Un premier comité de crédit interne et un second où on a des intervenants externes qui analysent avec nous le projet pour voir s’il est viable ou s’il vaut la peine d’être financé par le FDI […] Ce n’est pas le directeur général qui signe », a fait savoir Édouard Clément, estimant  qu’à partir de cette mesure, l’allocation du crédit par le FDI est devenue plus transparente.

« Nous accordons des prêts pour des projets rentables, viables mais en même temps on doit se couvrir à partir de garanties […] Il s’agit de projets dits de transformation dans l’agriculture, dans la construction et aussi dans le tourisme. On ne finance pas les projets commerciaux », a affirmé le directeur général du FDI, précisant que l’analyse très poussée de ce type de crédit doit tenir compte de la pertinence du projet, de l’historique de crédit du promoteur, du marché visé et le risque de contrepartie ou encore du risque de défaut du crédit.

« Le FDI accorde des prêts à très long terme pour des investissements en capitaux fixes qui sont très élevés de l’ordre de plusieurs millions, et c’est naturellement beaucoup plus risqué », a ajouté Édouard Clément.  

Actuellement, le portefeuille du FDI pour le secteur agricole est de 3 milliards de gourdes. Évoquant les risques liés au secteur agricole, Édouard Clément a estimé qu’il y a toujours moyen de mitiger les risques. « On a compris que le secteur agriculture n’est pas plus risqué que le secteur touristique par exemple », a-t-il lâché, expliquant qu’à un certain moment, le FDI a financé massivement le tourisme qui a été mis à plat à cause des turbulences sociopolitiques et de la Covid-19.

S’agissant du processus de remboursement du prêt accordé à Agritrans pour démarrer son projet de plantation de bananes, le directeur général du FDI a répondu ceci : «Tous les clients du FDI sont traités de la même manière. »

« Nous n’avons pas une manière particulière de gérer un client […] Quel que soit le nom qu’il porte », a tranché Édouard Clément. Il y a des procédures et des directives écrites pour la gestion d’un dossier à toutes les phases de son exécution.

« Est-ce qu’on peut pénaliser un client parce qu’il est en difficulté à partir de facteurs exogènes ? Non, on ne peut pas. Il faut être flexible et lui accorder les moyens de se reprendre, c’est-à-dire lui accorder des moratoires, allonger la durée de paiement », a admis Édouard Clément, qui se dit confortable avec le taux d’improductivité actuel du FDI. Cependant, a-t-il fini par concéder, financer le développement dans les conditions actuelles ou encore dans un environnement aussi instable, aussi chaotique, ce n’est pas une mince affaire.

« Depuis le remaniement des directives, le plafond qu’on peut accorder nous-mêmes en tant qu’institution financière à partir de nos fonds propres est de 750 000 dollars américains. Exceptionnellement, on pourrait aller jusqu’à 1 million de dollars mais il faudrait dans ce cas avoir l’avis du conseil d’administration », a révélé Édouard Clément signalant que les projets dans l’agriculture peuvent être financés à hauteur de 1 million de dollars moyennant l’agrément du comité de crédit du FDI et ensuite celui de la BRH. À noter que le conseil d’administration de la BRH est également le conseil d’administration du FDI.

En guise de perspectives pour le FDI à l’aune de ses 40 ans d’existence, Édouard Clément a assuré que le FDI continuera à grandir à partir des fonds qu’il gère. Il en a profité pour adresser le message suivant aux promoteurs haïtiens : « Vous devez investir dans des projets viables et continuer à faire confiance au FDI pour vous accompagner dans vos projets. »  



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