« L’œuvre de Frankétienne, une offre généreuse pour le théâtre haïtien »

Publié le 2021-03-26 | lenouvelliste.com

Le Centre culturel Pyepoudre, de concert avec le ministère de la Culture et de la Communication, a organisé  une conférence sur l'œuvre de Frankétienne le mardi 23 mars 2021, dans la salle polyvalente Fritznel Fanfan Morisseau, à Bourdon. Autour du thème «L’œuvre de Frankétienne, une offre généreuse pour le théâtre haïtien», Paula Clermont Péan, invitée de la conférence, a abordé l’œuvre théâtrale de cet écrivain majeur.

Devant un public diversifié, cette conférence était une source de savoir sur l’œuvre théâtrale de Frankétienne. Que ce soit  «Troufobon » (1977), Les Presses Port-au- Princiennes, 1978. « Bobomasouri », port-au-prince, Koleksyon Espiral, 1986, «Mûr à crever (genre total), Port-au-Prince, Presses port-au-princienne (coll. "Spirale"), Kaselezo, (1985), Dérives. L’universitaire Paula Clermont a parlé de l’œuvre de Frankétienne avec enthousiasme et intelligence.

 «Au-delà du néant, du vide, de l’absence et du silence, au-delà de la crise qui ronge la vie ici, au-delà du spectre de la mort qui ne cesse de hanter jour et nuit, au-delà de la congélation socioéconomique et culturelle, il y a quand même le rêve et, par surcroît, l’art qui lui sert de voie/voix. C’est par là que depuis quelques années nous arrivons à prouver notre existence. C’est avec l’art que nous nous identifions sur la scène internationale, que nous gardons notre humanisme. Frankétienne est d’un apport fondamental dans cette résistance », a déclaré la fondatrice de Pyepoudre. 

Pour la comédienne, Frankétienne est «l’homme le plus universel de la littérature et de l’art en Haïti ». À propos de l’œuvre de « Dezafi », la critique littéraire voit en cette pépite une fête populaire où les combats de coqs tiennent une place centrale. « Cette œuvre phare de Frankétienne entraîne le lecteur dans un monde métaphorique où il évoque la lutte du peuple haïtien, zombifié par la dictature, mais aussi sa propre lutte pour survivre en écrivant dans une langue dominée », dit-elle. De poursuivre, le fin lettré voit en « Dezafi » une œuvre où les ruptures sont créées dans le texte lui-même. Selon lui, dans ce texte il y a « des fragments bien assortis et en même temps heurtés de ruptures déroutantes qui constituent un défi à l’imaginaire et au travail de mise en théâtre. 

«Des mots traversés d’une musicalité et d’un langage recherché, dynamique, savoureux, composé à partir de la matrice populaire. Un langage qui crie, murmure, se nourrit de plaintes, d’images. Un langage qui se construit à partir d’expressions curieusement associées ou inventées de toutes pièces », indique cette comédienne qui a incarné des personnages de Frankétienne sur les planches. 

Pour la conférencière, «l’esthétique théâtrale de Frankétienne, à des différences près, passe par les mêmes soucis, les mêmes éléments d’inquiétude et de réflexion : la langue, le mythe, le mystère, les dieux, les relations humaines et surtout des espérances pour le devenir d’un pays en quête de lui-même.  Dans toutes les pièces de Frankétienne, les spectateurs applaudissent non seulement à un spectacle divertissant, mais aussi à un questionnement de la réalité telle qu’elle s’offre à nous. Franck a compris que le théâtre, ce moyen magique de communication tout en s’alliant au social, peut fasciner et éblouir un public. On aurait dit que Frankétienne a une sorte de loupe magique qui lui permet de voir très loin, même au-delà du temps, au-delà du réel». 

Paula Clermont Péan s’est élevée à une dimension pour saluer ce mapou de la littérature haïtienne entré vivant dans la légende : «Je ne peux m’empêcher de comparer Frankétienne à ce Victor Hugo. Roman, poésie, théâtre, sans parler de peinture. Il est l’homme le plus universel de la littérature et de l’art en Haïti. Il y a apporté une écriture qui dérange, bouleverse et une lecture qui engendre la controverse et suscite des interprétations multiples. En ce sens, l’œuvre de Frankétienne est une offre généreuse, d’une richesse inouïe pour le théâtre haïtien.»

Marc Sony Ricot 
Auteur


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