La BRH : pour une meilleure compréhension des mécanismes de politique monétaire

Publié le 2021-03-31 | Le Nouvelliste

«Sur les six premiers mois de l’exercice fiscal en cours, la gourde a perdu 18,87% de sa valeur. Entre le 30 septembre 2020 et le 23 mars 2021, le taux de référence est passé de 65,9193 à 78,3574 gourdes. En plus des explications liées au comportement des agents économiques, d’autres facteurs contribuent à cette évolution tels que : un niveau élevé du financement monétaire, le déséquilibre entre l’offre et la demande de devises (bien que les transferts aient cru en glissement de 33,8% d’octobre à février 2021, la demande de dollars dans l’économie a augmenté plus que proportionnellement, les importations d’octobre à février 2021 ont augmenté de 21%. Le contexte sociopolitique difficile, encourageant les anticipations négatives, vient renforcer la demande de dollars à des fins de précaution », a fait savoir le gouverneur de la banque centrale haïtienne, Jean Baden Dubois, lors d’une rencontre jeudi avec la presse.

La conjoncture économique très difficile que traverse le pays est en grande partie tributaire de la dépréciation incessante de la gourde vis-à-vis du dollar américain quasiment introuvable sur le marché. Face au tollé que suscite ce phénomène inexplicable, la Banque de la République d’Haïti a jugé opportun de rencontrer la presse en vue d’une meilleure compréhension des mécanismes de contrôle et de certains indicateurs relatifs au marché des changes.

L’impact du financement monétaire sur le marché des changes n’est pas à négliger non plus dans ce débat. La reprise des activités post-Covid n’a pas permis d’améliorer la perception fiscale en comparaison aux dépenses souvent incompressibles pour assurer le fonctionnement de l’État. Malgré l’augmentation de 19.5% des recettes en glissement annuel à 45.2 milliards de gourdes, elles n’ont pas su compenser la faible progression de 0,8% des dépenses qui se portent à 80 milliards actuellement. « Cette situation couplée à l’absence de support en appuis budgétaires s’est traduite par un déficit financé à hauteur de 35.75 milliards de gourdes par la BRH », soutient le gouverneur.

Évoquant les actions de la BRH pour supporter le marché des changes et de l’importation, Jean Baden Dubois a précisé que du 1er octobre au 23 mars 2021, les interventions de la BRH ont totalisé 654.4 millions de dollars américains. De ce montant, 346 millions de dollars ont été injectés sur le marché des changes et 308.4 millions ont été alloués au paiement d’importation de produits pétroliers. Ces opérations ont eu un impact négatif sur les réserves nettes de change induisant une baisse de 257.9 millions de dollars.

À ce sujet, le responsable de la banque des banques a signalé que les paiements des produits pétroliers effectués d’octobre à mars dépassent de plus de 50% le montant total payé pour l’exercice fiscal dernier. « En même temps qu’elle intervient soit pour alimenter le marché, soit pour honorer des paiements extérieurs, la BRH est contrainte de garder un niveau appréciable de ses réserves nettes de change », a fait remarquer M. Dubois qui a souligné au passage que les réserves brutes en mois d’importation de bien et de services ont atteint 5.5 à la fin de décembres 2020.

Revenant sur la multiplicité des taux de change sur le marché haïtien, Baden Dubois a relativisé le phénomène en arguant qu’aucun pays avec un régime de change, flottant n’a un taux de change unique. Cela, même avec un taux de dollarisation faible.

 « Sinon, il n’y aurait pas de compétition entre les bureaux et les agents de change en République voisine par exemple », indique le gouverneur qui souligne qu’au niveau du marché des changes haïtien, les banques utilisent des taux affichés et des taux pratiqués. Le taux affiché est tributaire de la situation du marché de la journée antérieure en termes d’offres et de demande. Quant aux taux pratiqués, ils sont négociés, appliqués et pondérés dépendant de certains facteurs tels que le volume et la nature des transactions (espèce, virement, chèque, transactions en ligne, etc.).

« Le marché des changes peut être vu comme n’importe quel marché des biens où les prix se forment par le rapport entre l’offre et la demande. Pour capter le comportement du marché, les instituts de statistique utilisent un indicateur qui prend en compte l’ensemble des prix sur le marché », estime Jean Baden Dubois. Ce dernier poursuit pour dire que le taux de référence est calculé comme étant  la somme de la moyenne des taux d’achat pondérés par les volumes du système bancaire et de la moyenne des taux de change pratiqués sur le marché informel en tenant compte du poids de chaque segment de marché.

« Avec la mise en application du décret sur les intermédiaires de change et de la Circulaire 114-2 sur le paiement des transferts sans contrepartie en gourdes, l’utilisation du taux de référence s’est élargie. De plus, la formalisation de plus en plus grande du marché des changes qui découlera du décret sur les intermédiaires de change impliquera ultérieurement la prise d’un nombre plus important de point de collecte sur le territoire et la révision du poids attribué au secteur informel du marché des changes dans le calcul des taux de référence ».

Le TMA ou Taux moyen d’acquisition par les banques est le taux moyen auquel les clients acquièrent le dollar auprès du système bancaire. Autrement dit, c’est le taux de vente moyen du système bancaire.

« Les taux sur les marchés informels ont le même mécanisme que ceux du marché formel. Ils dépendent du volume, de la nature de la transaction (généralement espèce) et certainement du taux d’impatience du demandeur et du vendeur. À cela vient s’ajouter la baisse de volume sur le secteur informel à la suite de la circulaire 114-2. Ce segment de marché étant désormais faiblement alimenté (moins de touristes ou de rentrées de la diaspora ces derniers mois) a dû procéder à une augmentation de ses taux », révèle le gouverneur de la BRH.

Il a conclu son exposé en rappelant à tous l’engagement de la banque centrale à limiter l’impact des imperfections de marché sur le fonctionnement de l’économie. « C’est pour cela qu’au-delà des données macroéconomiques, nous multiplions nos efforts de collecte d’informations à travers les enquêtes réalisées afin de pouvoir mieux identifier et cerner les causes de distorsions de ce marché. »

Cyprien L. Gary Auteur

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