« Twa Fèy » : quand l’art dénonce les violences sexuelles

Mardi 16 mars, pour la deuxième fois, le moyen métrage « Twa Fèy » a été projeté à l’Institut francais en Haïti (IFH). Le film réalisé par la cinéaste Eléonore Coyette et Séphora Monteau est à la hauteur de ses prétentions : dénoncer les violences basées sur le genre et effectuer un tour d’horizon dans le quotidien des femmes et filles violentées pour sensibiliser les acteurs judiciaires et le citoyen lambda. C’est aussi un moyen de mettre à nu la chaine pénale haïtienne qui manque des maillons. Inscrit à de nombreux festivals internationaux et adopté par des organisations féministes, « Twa Fèy » mérite d’être vu.

Publié le 2021-03-19 | lenouvelliste.com

Quelques dizaines d’étudiants, membres d’organisations et acteurs du système judiciaire haïtien, ont fait le déplacement mardi 16 mars 2021 pour assister à la projection du moyen métrage de création « Twa Fèy », à l’Institut francais en Haïti. En 28 minutes, à travers ce film, les réalisatrices Eléonore Coyette et Séphora Monteau abordent des sujets aussi tabous que subtiles en Haïti. Son nom sied bien aux histoires réelles racontées. Ce moyen métrage est basé sur le parcours de trois femmes de trois générations différentes qui sont toutes victimes de violences physiques et sexuelles.

Ce film reprend des histoires vraies de certaines bénéficiaires du programme d’assistance légale et  droits humains du Bureau des droits humains en Haïti (BDHH). Les narrations des comédiennes et comédiens rendent ce film vivant. Comme « 407 Jou » qui l’a inspiré, ce moyen métrage revient avec des marionnettes à fil pour illustrer les personnages. Ces marionnettes ont été conçues par Pauline Lecarpentier et Paul Junior Casimir, respectivement secrétaire générale du BDHH et marionnettiste de profession.

Les images prises sans cacher la poussière sous le tapis ainsi que la réalité carcérale décrite telle quelle sont à même d’engendrer des larmes et de l’émoi. Les chants, notamment celui composé à la prison civile de Cabaret par une détenue pour assouvir sa désolation sont des couperets. La sensibilité du sujet traité fait l’originalité de cette œuvre cinématographique dont le producteur exécutif est Guerlinx Laforêt.

Selon Séphora Monteau, environ 100 témoignages ont été recueillis auprès d’anciennes détenues légalement assistées, avant de passer à la rédaction des scénarios. Ce moyen métrage dont la production a débuté en avril 2019 pour être présenté en septembre 2020 en Haïti est palpitant. Il entraine le spectateur vers la fin du récit avec l’intérêt de savoir ce qui advient de l’agresseur et des femmes en détention préventive prolongée injustement et arbitrairement.

D’autres questions pourraient guetter tout spectateur : « l’impunité est-elle le propre du système judiciaire haïtien ? Pourquoi ce système est-il aussi partial ? » Twa Fèy, c’est un film à la fois beau et triste, didactique et dénonciateur.

Ce moyen métrage permet aussi de comprendre le mutisme des enfants victimes de violences. Le personnage principal, Esther, violée à plusieurs reprises par son père violent, montre aux parents qu’il faut chercher à saisir le comportement de leurs enfants quand ceux-ci n’arrivent pas à communiquer avec des mots.

La singularité du film s’explique aussi par son fil rouge. Chacun a la possibilité d’appréhender des faits selon leurs compréhensions. Comme ces carnettes de lait condensé - que l’on retrouve dans les supermarchés comme sur les tréteaux des marchands de fortune - baptisé dans le film bwat mizè (boite à misères). Certains les interprètent comme la résilience des femmes alors que, pour d’autres, elles symbolisent les fardeaux et les traumatismes avec lesquels les femmes et les filles violentées sont obligées de composer pour le reste de leur vie.

« Twa Fèy » est inscrit à de nombreux festivals internationaux. Pour l’instant, il est sélectionné au festival international de films des femmes de Créteil et au festival international de cinéma vues d’Afrique de Montréal. Reste à savoir s’il va glaner lui aussi des lauriers comme 407 qui a remporté trois prix internationaux. Par contre, des organisations féministes l'ont adopté en organisant des projections-débats durant les 16 jours d'activisme qui se sont déroulés en décembre 2020 et dans d’autres activités parallèles.

Ce film a été très prisé à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme. Financé par l’ambassade de France en Haïti dans le cadre du programme d’assistance légale et droits humains du BDHH, appuyé par l’ambassade de Suisse et la FOKAL, Twa Fèy a fait une tournée dans toutes les alliances françaises du pays.

« Twa Fèy » est à l’origine de Kawòl Kowosòl », un film d’environ deux minutes qui rentre aussi dans le cadre du plaidoyer que réalise le Bureau de droits humains en Haïti pour lutter contre les violences basées sur le genre notamment. « Kawòl Kowosòl » est diffusé à partir du vendredi 19 mars 2021 sur les réseaux sociaux, notamment sa page Facebook. « Twa Fèy » dispose lui aussi de sa page Facebook.



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