Après « peyi lòk » et Covid-19, le tourisme haïtien tente de se donner un nouveau souffle

Interpellé par la situation d’instabilité politique interne et des conséquences néfastes de la pandémie du coronavirus, le ministère du Tourisme a lancé le lundi 15 mars 2021 en ses locaux une causerie sur les perspectives de relance du tourisme post-Covid-19, question de permettre à des acteurs d’horizons divers d’engager des réflexions sur le court, moyen et long terme.

Publié le 2021-03-17 | lenouvelliste.com

Pour avoir subi de plein fouet tour à tour les effets pernicieux et dévastateurs du « peyi lòk » et de la crise sanitaire Covid-19, le tourisme haïtien, qui déjà n'allait pas fort, doit lutter pour sa survie alors que dans le même temps les opérateurs touristiques galèrent pour garder la tête hors de l’eau.  

Les conséquences de Covid-19, véritable choc exogène pour le tourisme haïtien, sont multiples, dont la fermeture du port de croisière de Labadie, l'arrêt du transport aérien, le ralentissement de l'activité dans les sous-secteurs du transport, de l’hébergement, de la restauration et de l’événementiel.

« Cette causerie a pour but de présenter la vision, les missions et les réalisations du ministère, mais veut aussi susciter la réflexion autour des perspectives pour le court, moyen et long terme pour le tourisme haïtien post Covid-19 », a fait savoir via son compte Twitter le ministère du Tourisme avant de préciser au moyen d’un second tweet que le débat portait tour à tour sur le potentiel touristique du patrimoine naturel et culturel d’Haïti, les divers projets du ministère du Tourisme, le chantier juridique, et les partenaires sectoriels du tourisme.  

Contactée par la rédaction, la titulaire dudit ministère, Myriam Jean, a déclaré que « l’objectif est atteint » avant de considérer le  début de cette série de causeries comme étant un « succès ».

« Aujourd’hui avec la Covid-19, sans oublier les contraintes conjoncturelles et structurelles, le secteur a connu une grande baisse », a reconnu la ministre, soulignant avoir été perturbée par la situation de tension qui a régné lundi à Port-au-Prince.

« C’est une première série d’échanges. Il y a eu beaucoup de questions, de suggestions et de recommandations. Nous allons en discuter au plus haut niveau des autorités de l’État et nous laisserons aussi un cahier des charges pour les autorités qui viendront après nous pour la relance du tourisme », a précisé Myriam Jean, expliquant que cette causerie avec très peu de partenaires, loin du format colloque ou grand atelier, sera reprise dans d’autres départements autour de la relance du secteur à venir.  

La stratégie de relance envisagée par le ministère du Tourisme repose sur sept piliers qui se déclinent ainsi : renforcement des capacités des intervenants et organisation du secteur ; sanitaire et juridique ; formation aux métiers du tourisme et d’hôtellerie ; financements et investissements ; promotion et de communication ; développement du tourisme de croisière et relance du tourisme domestique.

Présent au lancement de la causerie, le ministre de l’Environnement, Abner Septembre, a suggéré à son homologue d’ajouter un 8e pilier au plan de relance, à savoir l’écotourisme. Une telle démarche contribuerait, selon lui, à une meilleure protection des sites touristiques du pays. 

« Nous ne restons pas les bras croisés prétextant l’insécurité, l’insalubrité, Covid-19 […] Nous nous préparons pour l’avenir », a assuré Myriam Jean, confiant que son équipe a surtout travaillé sur le structurel, sur la restructuration interne du ministère.  

Selon la feuille de route qui nous a été communiquée par le gouvernement, a poursuivi la ministre, nous devions travailler sur des études afin de développer de nouveaux pôles touristiques. « Nous travaillons présentement sur le Plateau central qui a beaucoup d’atouts naturels, de monuments et de patrimoines qui ne sont pas trop connus », a indiqué Myriam Jean, avouant faire de la consolidation pour de meilleurs jours.

D’après ce qui est écrit dans le plan de relance, le ministère poursuivra des objectifs ambitieux, mais réalisables pour déterminer le rendement de cette stratégie. À partir de 2024, quand débuteront les efforts pour mesurer les progrès réalisés, la stratégie cible une augmentation de 5% du taux de croissance annuel moyen de touristes de séjour, une augmentation de plus de 20 millions de dollars par année des recettes touristiques annuelles, une augmentation de plus de 20 000 arrivées annuelles de touristes de séjour, une augmentation de plus d’un millier d’emplois directs chaque année dans le secteur et enfin la construction de 1 000 nouvelles chambres d’hôtel chaque année.

Cependant, en évoquant les enjeux et contraintes actuels liés au développement du tourisme en Haïti, notamment la situation d’insécurité à l’entrée de Martissant qui tue le tourisme, la ministre a dit garder son optimiste. « Rien n’est éternel », a-t-elle lâché, fataliste. Elle a dit travailler avec le gouvernement pour désengorger cet axe routier et redonner au tourisme dans le Sud ses lettres de noblesse.  

Parmi les mesures envisagées, la ministre Jean a fait mention des travaux à l’aéroport des Cayes devant permettre l’accueil des petits avions régionaux et aussi une potentielle élimination de certaines taxes sur le prix du billet pour l’été qui s’en vient. En outre, Myriam Jean a fait part de son intention de discuter à nouveau d'un possible allègement avec les autorités financières pour les promoteurs touristiques endettés, en particulier ceux qui sont dans le Sud.

Les effets combinés «peyi lòk» et Covid-19 ont engendré, d’après la présentation du ministère, le tarissement des principales sources de revenus des entreprises du secteur, des pertes considérables pour les opérateurs, et d’importantes mises à pied de personnels.

Selon des données communiquées par le ministère, le secteur du tourisme en Haïti est un pourvoyeur d’emplois (376 000 emplois directs et indirects environ), un vecteur de croissance (4,2 % de contribution au PIB), un diffuseur de pouvoir d’achat (13 000 emplois directs pour 1.8 millions $US), et un générateur de devises  (184.8 millions $US d’apport à la balance des paiements).



Réagir à cet article