Opération à Village-de-Dieu : des négligences dénoncées par des organismes de droits humains

Publié le 2021-03-16 | lenouvelliste.com

L'opération menée vendredi dernier à Village-de-Dieu soldée par la mort d'au moins quatre policiers est la cinquième opération de la PNH dans cette zone contrôlée par des gangs armés sans aucun succès probant, note la Fondation Je Klere (FJKL), dans un communiqué publié ce dimanche 14 mars. « Les gangs se sentent renforcés à chaque fois », poursuit le communiqué.

« Tout policier sait que le premier principe essentiel est de rester en vie. Or, le défaut de couverture de cette opération est susceptible de justifier son amateurisme, une opération sans plan tactique et technique », écrit la FJKL. Elle condamne les exploitations politiques de ces opérations des agents de Police comme l'intervention du chef de l'État sur Facebook live avec un discours menaçant les « bandits » de Village-de-Dieu au moment où les policiers étaient en danger, lit-on dans le communiqué soulignant que « ces déclarations malheureuses empêchent à la Police de développer et de maintenir des relations positives avec la population.»

« Le fiasco de cette opération montre clairement que les autorités policières n'ont pas déployé la vigilance nécessaire pour que toute mise en danger de la vie fût réduite autant que possible dans la préparation et la direction de cette opération. Elles ont fait preuve de négligence coupable dans le choix des mesures et des moyens. L'équilibre entre le but recherché et les moyens employés n'a pas été une préoccupation pour les décideurs dans la préparation de l'opération, ce qui engage la responsabilité de la chaine de commandement », dénonce la FJKL. « Une mission irréaliste a donc été confiée à des responsables de l'application de la loi, laquelle s'est exercée aux dépens de leur vie et de celle d'autrui. La responsabilité du supérieur hiérarchique est là encore engagée », précise le communiqué.

« La démission ou le renvoi de l'institution policière des commandants responsables de ce fiasco; le respect du droit à une sépulture des policiers tués en récupérant leurs cadavres; des hommages à la mémoire des policiers victimes; le développement de bonnes relations police-population pour éviter la répétition de tels échecs; la prise en charge des parents des policiers victimes; la réalisation, avec succès, d'autres opérations mieux préparées et mieux exécutées afin de rétablir la confiance de la population dans sa police ». Telles sont les recommandations de la FJKL qui estime que « tout défaut de précaution dans l'organisation et le contrôle d'une opération de police aboutissant à un fiasco doit entraîner la démission des commandants responsables ».

De son côté, le Collectif Défenseurs Plus pointe du doigt aussi « des problèmes de planification » dans le cadre des opérations de Village-de-Dieu, dans une note de presse parue le dimanche 14 mars. Le Collectif Défenseurs Plus dénonce du même coup le comportement du haut commandement de la police nationale face à la détresse des policiers qui avaient eu le temps d'informer que leur vie était menacée. Comment peut-il ne pas avoir des stratégies en place pour venir en aide à des policiers en danger ? Comment peut-on ne pas pouvoir récupérer des corps sans vie des policiers assassinés dans le cadre de leur travail afin qu'ils puissent avoir des funérailles dignes ?» se questionne le Collectif.

Par ailleurs, le Centre d'analyse et de recherche en droits de l'homme (CARDH), dans une communication du 13 mars dernier tenant « la hiérarchie policière et l'administration Jovenel Moïse responsables de ce carnage », recommande entre autres une enquête internationale sur ce qui s'est passé, la démission des responsables de l'opération et des autorités politiques concernées, des funérailles nationales pour ces policiers.

Diery Marcelin dierymarcelin@yahoo.fr
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