Volley-ball haitien et probleme sanitaire

Le point sur le volley-ball haïtien avec Margareth Graham

Dans une longue interview accordée à la 222e édition de l’émission « 109 sports », la présidente de la Fédération haïtienne de volley-ball, Margareth Graham a fait le point sur la situation du volley-ball haïtien en ces moments rendus difficiles tant par la crise sanitaire que par la situation sociopolitique. Et à l’arrivée tout n’est pas rose.

Publié le 2021-03-04 | Le Nouvelliste

Le volley-ball ne va pas bien. Pire, ce ne sont pas les dirigeants aux différents paliers de ce sport qui en sont les premiers responsables. Certes, l’administration du volley-ball n’est pas synonyme de perfection, seulement ce ne sont pas les petites imperfections qui mettent le volley-ball à genoux. Ce sont surtout l’insécurité et le climat politique délétère qu’il faut pointer du doigt, si l’on considère les déclarations de la présidente de la fédération.
« Plusieurs clubs ont dû faire défection cette saison en avançant comme arguments l’incapacité à assurer les entraînements tant à cause de la situation sociopolitique et sécuritaire qu'à cause du ralentissement des affaires qui entraîne des conséquences financières dans le financement des clubs », avance en substance la présidente de la fédération.
Trois clubs seulement (Tigresses, Unasmoh et Magic) disputent le championnat régulier de la LVBRO cette saison. Même situation en catégorie masculine. Banzaï, Volley 2000, IHECE, Atlanta, Apex sont les formations qui ont dû déclarer forfait cette saison. Le nombre de matches se trouve réduit de par cette situation et beaucoup d’athlètes sont sans compétitions. « Tout problème a une solution et nous planifions de faire des équipes avec les joueurs libres pour les porter à disputer une compétition spéciale. Après la compétition nous allons mettre sur pied des formations, disons des équipes non formelles qui permettent aux joueurs, joueuses qui ne jouaient pas de pouvoir jouer une compétition spéciale afin de leur donner de la compétition », a continué madame Graham. Sur l’implication réelle des joueurs dans ces équipes contextuelles et fabriquées de toutes pièces : « Á toute situation d’exception il faut des décisions d’exception. On fait une compétition en marge de la compétition et une compétition hors normes. On fait une compétition spéciale. Seulement je ne peux présumer de ce que sera le rendement des joueurs et joueuses, ni de ce que seront leurs implications dans leurs équipes circonstancielles », a-t-elle continué.
Interrogée sur le financement de ces équipes circonstancielles, Mme Graham a répondu : « La fédération travaille sur les éléments logistiques qui devront tout financer, tout de l’entraînement aux uniformes. Seulement, on n’est pas encore à tout finaliser. On y travaille », a-t-elle assuré.
Sur le développement du volley-ball dans les autres départements : « Le Nord a fait beaucoup de progrès et ils ont 8 équipes masculines et féminines, et dans le Nord-Est on va jouer aussi avec environ 7 équipes masculines féminines. On essaiera d'organiser le championnat national, sinon on fera des mini-championnats régionaux » a-t-elle expliqué.
L’hypothèse que les mésententes de 2011 refassent surface n’a pas ébranlé M. Margareth Graham : « Nous n’avons aucun problème avec les responsables des clubs qui ne se sont pas fait inscrire comme ce fut le cas en 2011. On ne revient pas sur le passé. On n’en a tiré des leçons et elles ont été bien apprises. Aujourd’hui, on a de très bonnes relations avec les dirigeants des clubs et l’absence des clubs non-inscrits n’a rien de personnel », a-t-elle avancé.
Sur la situation de certains responsables de volley-ball petit-goâviens qui crient souvent à la dictature et aux abus : « Nous avons de très bonnes relations avec des dirigeants de Petit-Goâve seulement il y en a aussi, qu’en tant que dirigeants, ils ne veulent pas s’astreindre à la discipline de la fédération. Le championnat national des clubs réunit des clubs vainqueurs de compétitions régionales mais eux, ils veulent plutôt que leur Ligue soit représentée par une sélection. On leur dit que nous n’acceptons pas une sélection représentante de la ville, mais plutôt que leur ligue organise une compétition et que cette compétition de ligue soit représentée par les meilleurs classés. En championnat interscolaire de volley-ball, ils ne veulent pas se conformer au calendrier de la compétition. Par exemple quand on est en phase nationale, eux, ils sont en phase régionale. Ils veulent tout faire à leur tête. C’est ça le problème », a-t-elle poursuivi.
Sur la situation économique de la fédération et de l’aide reçue pour pouvoir aider les clubs : « On sait que la situation économique est précaire ; nous avons très peu de ressources, mais nous les gérons parcimonieusement. Nous avons reçu l’aide d’une instance qui apprécie ce que nous faisons, mais qui ne tient pas trop que son nom soit cité. Nous avions des présélections nationales en activité jusqu’au mois de décembre 2020 ; cependant, nous avons dû arrêter de les maintenir en activité car la situation sanitaire sur le plan mondial fait que ni la Norceca ni la Cazova ne peuvent organiser des compétitions pour le moment. Nous attendons encore l’aide promise par le ministre D'Méza qui, en octobre, nous avait des promesses à son arrivée, notemment une aide qui n’est pas encore arrivée aujourd’hui alors que nous sommes en mars 2021 », a-t-elle confié.
«La Fédération internationale de volley-ball ne donne pas un sou vaillant à donner aux fédérations qui y sont affiliées. Par contre, ils financent les voyages des formateurs et leur hébergement quand ils viennent assurer une formation chez nous. Du côté de la Norceca aussi, l’aide consiste à financer une partie des dépenses des formations que nous recevons en plus de l’aide en équipements sportifs qu’elle nous apporte », a-t-elle détaillé pour clarifier l’appui international reçu par la Fédération haïtienne de volley-ball.  
La Norceca aide avec des équipements et parfois aussi finance en partie les formations internationales.
« J’ai l’impression d’avoir échoué en matière de formation en tant que responsables de la fédération. car ça a été une déception de constater que nous avons investi dans la formation et que nous sommes encore à la case de départ à ce niveau. En effet, entre 2011 et 2013, on a formé environ 250 entraîneurs de volley-ball et ils sont repartis chez eux et sont restés dans leur mauvaise habitude. Ensuite ils se sont adonnés à autre chose en ne consacrant qu’un temps minime au volley-ball. Il faudrait faire entrer des entraineurs cubains qui passent deux ans pour aider à changer la discipline, l’approche des entrainements et la rigueur en vue d'aider à la progression des athlètes. Nous avons le sens de l’indiscipline dans le sang. L’entraîneur doit avoir une séance à 9h, il arrive à 9h 15, s’assure alors que son filet n’est pas en place, cherche son matériel et finalement commence à 9h30 ou dix heures moins. Et pendant la séance de travail, il est au téléphone, il ne supervise pas le travail. Autant dire que nous avons besoin d’apprendre à respecter l’heure, à avoir un plan d’entraînement, être un entraineur méthodique et, comme je l’ai dit plus haut, il nous faudrait avoir l’aide d’entraîneurs cubains qui travailleraient avec nous pendant au moins deux ans pour inculquer une nouvelle manière de faire à nos entraîneurs », a laché Madame Graham.

Enock Néré
Auteur
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