Le projet MAAC : pour une meilleure découverte et valorisation des artistes afro-américano-caribéennes

« Matrimoine afro-américano-caribéen (MAAC) » est le nom de ce projet favorisant la découverte et la valorisation de différentes artistes afro-américano-caribéennes, dont la production est réinterprétée à la lumière de la notion de « matrimoine », pour pouvoir récupérer mais surtout valoriser le processus de transmission des « legs au féminin ». Ce projet, actuellement piloté par le professeur Patrick Attié, directeur de l’Ecole supérieure d'infotronique d'Haïti (ESIH), le professeur Daniel Rodrigues, de l’Université Clermont-Auvergne (France) et la professeure Karine Bienac- Giroux, de l’Université des Antilles et de la Guyane (UAG), est financé par l’Agence universitaire de la francophonie (AUF).

Publié le 2021-03-04 | lenouvelliste.com

Le projet implique des étudiants formant l’équipe de développeurs de l’ESIH ayant créé une plateforme numérique et interactive https://matrimoine.art, consacrée essentiellement à des artistes afro-américano-caribéennes. La plateforme rassemble des contenus vidéos, images, textes, bibliographies et des séquences pédagogiques favorisant une approche à la fois novatrice et ludique des œuvres qui peuvent être présentées à des étudiants en classe, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies, notamment celles liées à la réalité virtuelle et la réalité augmentée. Les contenus transmis au public permettent d’obtenir des informations sur les œuvres des artistes ayant été validées scientifiquement par des chercheurs, des spécialistes.

La partie technologique de cette plateforme est développée par l'ESIH. La plateforme présente, d’une part, une infrastructure web qui introduit les visiteurs aux contenus thématiques en rapport avec le projet MAAC. D’autre part, elle facilite une intégration aux contenus de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée reliant d’autres plateformes numériques disponibles. À l’Université Clermont-Auvergne, un groupe d’étudiants assure la conception d’une exposition photographique en collectant des photos d’archives et des photos contemporaines représentant des tisseuses et des tissages favorisant la transmission d’un savoir-faire et d’une culture au féminin, tandis qu’à l’École supérieure d’infotronique d'Haïti, l’équipe de développeurs assure la réalisation de l’exposition en réalité virtuelle et en réalité augmentée, disponible sur le portail MAAC, sous la coordination pédagogique du professeur Patrick Attié et de la professeure Stéphanie Urdician. Ainsi, une exposition sera mise en ligne le 8 mars 2021 sur le site https://matrimoine.art, selon cette dernière, maîtresse de conférences à l’université Clermont Auvergne, hispano-américaniste et membre du centre de recherche sur les littératures et la sociopoétique, qui a abordé la portée scientifique dudit projet, lors d’une rencontre virtuelle, vendredi 19 février, avec les acteurs universitaires, partenaires du projet. 

La professeure Stéphanie Urdician a expliqué la notion de « matrimoine » qui exprime la volonté de rendre visible la contribution des femmes au patrimoine mondial, majoritairement masculin. Le projet vise, selon elle, la constitution d’un matrimoine littéraire et artistique à partir de l’exhumation, la réappropriation et la légitimation d’œuvres et de biographies d’autrices et de créatrices (dans les arts de la scène et les littératures) invisibilisées tout en analysant leur impact sur la création contemporaine. Ce projet est une démarche de recherche-création assise sur le dialogue entre universitaires et artistes pour expérimenter de nouvelles méthodes de production et de transmission du savoir, selon la scientifique.

« Toute la richesse du projet repose sur une équipe internationale et pluridisciplinaire (composée de chercheurs et chercheures en littératures anglophone, francophone, hispanophone et lusophone, études théâtrales, études féminines, études de genre, histoire des femmes, sociologie, anthropologie et sciences politiques en lien avec la thématique du matrimoine et les sciences informatiques), une collaboration innovante qui met à disposition de la recherche en sciences humaines des technologies numériques de pointe », explique Stéphanie Urdician.

A la Martinique, l’enseignante-chercheure spécialiste de littérature française et des arts du spectacle Karine Bénac-Giroux, coordonnatrice « Genre et société dans la Caraïbe (GESCA), axe 3 de l’équipe FRACA-GE du Laboratoire caribéen de sciences sociales (LC2S-UMR 8053), a constitué, en 2019, l’équipe pour lancer le projet MAAC en partenariat avec les autres universités. L’équipe se compose de chercheurs en anthropologie, sociologie, sciences politiques, littérature et arts du spectacle. Il y a des chercheurs titulaires et des doctorantes de l’Université des Antilles et de la Guyane à la Martinique. L’équipe obtient l’appui du l’AUF, de la direction des affaires culturelles de Martinique et du ministère des Outre-Mer.

Une journée d'études est prévue le 11 mai 2021 à l’université Clermont-Auvergne, sous la responsabilité de Stéphanie Urdician et de Karine Bénac-Giroux, qui réunira pour la première fois les chercheurs des deux équipes et celle de l’ESIH. Une exposition en réalité virtuelle et augmentée sera présentée au public à cette occasion. Cette journée d’études est financée par le ministère des Outre-Mer et l’Université Clermont-Auvergne, et pour l’exposition par l’AUF.

Le 15 mars prochain, et lors des journées du patrimoine, deux actions complémentaires vont se réaliser. D’une part, il y aura le lancement de l’exposition « Legs et transmissions au féminin » dans laquelle une vingtaine de tableaux (d’artistes) seront exposés en réalité augmentée. Des étudiants auront la possibilité d’y assister, des tablettes numériques, à l’aide de la réalité augmentée. D’autre part, il y aura une démonstration et une navigation avec les casques oculus dans la salle lecture du CDI aménagée à cet effet. Ils entreront grâce à la réalité immersive, dans les deux plateformes Haïti et Deglise », selon la professeure Karine Bénac-Giroux.

Pour sa part, l’enseignante-chercheure en études hispaniques à l'Université Clermont-Auvergne, Assia Mohssine, membre du Centre de recherche sur les littératures et la sociocpoétique (CELIS) et membre du conseil scientifique de projet MAAC, annonce la tenue d’un colloque international : « Les travestissements de la voix dans les littératures contemporaines », les 1er, 2 et 3 juillet 2021. « Ce colloque proposera, selon la professeure, d’interroger le phénomène du travestissement dans ses différentes acceptions (linguistique/textuelle et de genre). L’analyse littéraire des œuvres pourra mettre à jour à la fois le travestissement de la voix et les représentations des corps hybrides, travestis ou en métamorphose, échappant aux systèmes identitaires binaires. On pourra également mettre en perspective le lien entre le travestissement de la voix et la recréation littéraire de l’espace », précise-t-elle.

Les 16, 17 et 18 juin 2021, se tiendra également le « 18e Congrès international de sociocritique », autour de la thématique « Sociocritique et tournant décolonial. Convergences et perspectives », qui réunira environ 70 chercheurs internationaux de différents pays. Cet événement se déroulera en partenariat avec l'université de Cordoue, en Espagne, l´AUF Caraïbes et la Chaire Sá de Miranda. Les intervenants viendront des Amériques (Nord, centrale et Sud), d'Europe (Espagne, Belgique, Pologne, France métropolitaine et d'outre-Mer : la Nouvelle Calédonie et la Guyane).

Le directeur régional de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), Saulo Neiva, s’est plutôt réjoui de ce partenariat avec ces institutions universitaires. « On a un partenariat extraordinaire. L’AUF accompagne ces universités qui font un travail extraordinaire au niveau de la recherche tournée vers l’action, la création et la pédagogie », ajoute-t-il lors de la présentation de la plateforme par le professeur Patrick Attié, directeur de l’ESIH, au sein de laquelle les étudiants ont fait une démonstration avec des lunettes dotées d’un dispositif technologique qui ont permis de visiter  une salle d'expositions en interaction avec d’autres visiteurs de l'autre bout de la planète, comme s’ils se trouvaient tous dans un musée réel.  



Réagir à cet article